Lors du lancement du projet quasi finalisé, en 2023, l’ADIL du Gard (Agence départementale d’information sur le logement) observe l’accentuation de la précarité sur le territoire avec la hausse du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, la hausse du taux de chômage et l’augmentation du nombre de bénéficiaires du RSA. Un ménage sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.
Le Gard est le huitième département le plus pauvre de France avec un taux de pauvreté qui s’élève à 19,4 % (14,6 % au niveau national). Ce taux s’élève à 22,4 % sur Nîmes Métropole, avec un taux de chômage de 17,8 % en 2019.
En 2023, le département du Gard comptait 41 280 logements sociaux et recense une attribution pour 4,5 demandes. Sur la métropole (18 476 logements sociaux) la tension s’accentue : on compte une attribution pour 5,6 demandes.
Le département avait alors reçu 849 recours au DALO en 2021 avec un taux de décisions favorables à 15,3 %. Au niveau de l’hébergement, en 2017, le Gard comptait 2 050 places d’hébergement en structure ou à l’hôtel. Sur les 8 600 demandes, 76 % n’avaient pas abouti, soit seulement un quart des demandes qui aboutissent à un hébergement.
Jusqu’au 31 mai 2026, c’est la sixième édition de la semaine nationale des pensions de famille !
Aujourd’hui, 25 000 personnes habitent en pension de famille après avoir connu la rue. Dans ce cadre, elles habitent un logement individuel, sans limite de temps, et ont accès à un espace partagé animé par un binôme d'hôtes.
Une pension de famille
Dans une pension de famille, la personne logée trouvera « une atmosphère familiale ». Il ne s’agit donc pas d’accueillir des familles mais de proposer à des personnes en difficulté et souvent seules, un logement dans un cadre de vie collective à taille humaine, en les accompagnant pour leur permettre de se sentir chez elles et de recréer des liens avec les autres.
Le logement est autonome et durable. Il permet à celui qui l’occupe de renouer progressivement, à son rythme, avec l’usage d’un logement privatif. La pension de famille est de petite taille pour pouvoir offrir un lieu de vie chaleureux.
Elle possède également des espaces collectifs auxquels les résidents ont accès, et de taille suffisamment importante pour permettre la tenue d’activités collectives.
Enfin, la pension de famille est animée par des hôtes, dont la présence garantit aux résidents un soutien dans leurs démarches individuelles et l’organisation d’une vie collective. Cette présence quotidienne de l’hôte est primordiale car elle offre un accompagnement social spécifique basé sur l’écoute et la convivialité.
Lors de sa création en 1847, la Société protestante des amis des pauvres de Nîmes s’était donnée comme mission d’intervenir en faveur des personnes les plus précaires de la ville et de sa banlieue, en particulier pour toutes celles et ceux dont la situation paraissait ne devoir exiger qu’un soutien temporaire en vue de se passer de secours et de les aider à recouvrer leur entière indépendance.
L’évolution des modes de prise en charge, des difficultés sociales, les partenariats établis avec les collectivités locales n’ont pas ébranlé les fondements de l’association.
Consciente de l’importance du dispositif dans le logement des plus défavorisés, l’association Société protestante des amis des pauvres (SPAP) crée en 2008 sa première pension de famille « Lumière et Vie ». Il s'agit d’une petite structure de 17 logements sur site et trois logements diffus, entièrement meublés. Des parties collectives sont à disposition des habitants : salle commune, salle TV informatique, bureau, terrasse, buanderie et salle d’activité.
Les pensions de famille proposent un « chez soi » et une « famille ». Un chez-soi pour se stabiliser, s’installer, retrouver son intimité, vivre. Une « famille », composée des hôtes et des habitants, qui offre une écoute, une solidarité, une ouverture, une convivialité, une vie collective avec ses avantages et ses contraintes. Un cadre chaleureux et sécurisant lorsque les parcours de vie ont été marqués de ruptures (familiales, professionnelles, sociales…), de pertes de lien et/ou d’autonomie.
Les personnes sont locataires de leur logement de manière durable, et ce dernier est rendu solvable pour le paiement de sa redevance mensuelle par les APL versées par la CAF.
Le plan de relance 2017-2022 (nous sommes maintenant à celui 2024-2029) a fixé l’objectif d’ouvrir 10 000 places supplémentaires en pension de famille sur cette période. En 2021, 4 459 places avaient été ouvertes.
Dominique Bernard, présidente de la Société protestante des amis des pauvres a le plaisir est heureuse d’avoir posé la première pierre de la pension de famille « La Camisarde » sur le site du chantier, impasse des Mases. Une pension de famille est un logement destiné à des personnes dont la situation sociale et psychologique rend difficile l’accès à un logement ordinaire.
La Camisarde
Sur une superficie de 2 762 m2, et une parcelle créée en mai 2003, Le projet doit permettre une dynamique positive et collective, tout en assurant un équilibre financier, la pension de famille aura une capacité de 22 à 25 logements. Sur l’exemple du béguinage, la structure s’articulera autour de logements individuels et de parties collectives, de manière à vivre en toute indépendance dans un esprit de convivialité et collective.
Au début, le projet ne devait concerner que des logements de plain-pied aux normes PMR afin de garantir l'accessibilité à tous en évitant les coûts de gestion d’un ascenseur. Il est possible d’imaginer quelques logements en R+1 à destination de personnes valides, mais cette option est difficile à mettre en place puisqu’elle implique de devoir faire déménager les personnes en fonction des besoins.
Les logements devraient faire une surface minimum de 25 m² et devront être pensés de manière à optimiser l’espace et les usages. L’espace chambre et l’espace cuisine doivent être distincts, voire séparés (cloison, rideau…). La salle de bain doit être dans une pièce séparée.
Les habitants devront avoir accès à une buanderie, un garage à vélo, une cuisine collective et une salle de repos/télé/informatique.
Le terrain permet de penser un espace jardin et terrasse ainsi qu’un abri pour vélo.
Le bureau des hôtes doit être situé stratégiquement : il doit être accessible, proche à la fois des logements et des espaces collectifs. Il doit pouvoir permettre un agencement accueillant et spacieux. Idéalement, il doit être composé de deux bureaux, dont l’un pouvant servir de salle de réunion.
Pour qui et pourquoi ?
La pension de famille a pour vocation d’attribuer des logements de manière pérenne à des personnes fragilisées. Qui dit pérenne dit long terme. C’est pourquoi après 15 ans de fonctionnement nous pouvons constater que les habitants restent et vieillissent dans leur logement.
Cette question du vieillissement en pension de famille au niveau national n’est pas un phénomène nouveau. Déjà en 2008 des indicateurs étaient présents : 10 % des habitants avaient moins de 30 ans ; 49 % avaient entre 30 et 50 ans ; 37 % avaient entre 51 et 65 ans et 4 % avaient plus de 65 ans, selon la Direction générale de l’action sociale.
De plus, d’après la DIHAL les indicateurs du vieillissement évoluent à la hausse et nous pouvons constater que 88 % des habitants souhaitent vieillir et finir leur vie en pension de famille.
On ne devient pas vieux à un âge donné. Les habitants ont connu pour la plupart l’errance, la maladie, la perte d’un emploi ou d’un logement, la précarité, chacun de ces éléments aura un impact sur le vieillissement qui sera bien souvent prématuré. Le parcours de vie est déterminant dans le vieillissement, il ne correspond pas toujours au schéma classique.
C’est pourquoi, l’enjeu du vieillissement en pension de famille a conduit à réfléchir à pouvoir offrir aux personnes un autre mode de vie, une autre manière d’accueillir, dans un nouvel environnement.
Cependant, si la Société protestante des amis des pauvres veut s’adapter aux problématiques de vieillissement, elle veut continuer de promouvoir la mixité et donc la diversité des profils des futurs habitants.
D’ailleurs, si certains s'épanouissent dans un mode de vie urbain, il semble important de pouvoir proposer une pension de famille dans un milieu plus rural (accès au centre-ville de Saint-Chaptes en cinq min à pied) : plus d’espace et de calme, possibilité de jardiner/cultiver, vie de village, plus de tranquillité.
Le projet s’adressera au public type des pensions de famille. Des personnes ayant eu un parcours résidentiel chaotique, alternant des périodes d’hospitalisation, d’errance, de prise en charge familiale et d’autonomie dans un logement et permettra, par sa situation, de diversifier l’offre présente sur le territoire.
La commune de Saint-Chaptes comptait 1 979 habitants en 2020. Située à 16km de Nîmes, elle a intégré Nîmes Métropole en 2008 et dénombrait récemment 10,1 % de logements sociaux et est une commune non SRU.
Elle dispose de tous les commerces et services de première nécessité : un bureau de poste, une pharmacie, des cabinets médicaux, une épicerie, une boulangerie, un bar-tabac et même d’une ligne de bus (Nîmes à 45 minutes).