À 9 heures, les claquements de sabots résonnent sur le bitume de Saint-Génies. Ce dimanche 2 août, la capitale de Leins Gardonnenque accueille la cinquième et, toute dernière étape, des qualifications du concours Traditions et Aficion. Une compétition inédite d'abrivado, organisée depuis six ans par Nîmes Métropole, sous le patronage de Gaël Dupret, délégué à la culture et aux traditions. « Ce concours permet aux manades de se mesurer les unes aux autres. Il apporte une dimension de prestige. Il met aussi en avant les chevaux de race Camargue, offrant une prime aux manadiers qui en présentent », souligne l'édile.
Cinq manades en compétition
Avant de s'élancer sur le parcours, les cinq manades (La Lauze, Leron, Grimaud, du Levant et du Seden) présentent leurs neuf cavaliers, trident levé. Le jury observe minutieusement leur présentation ainsi que celle de leurs montures. Le moindre détail compte : harnachement des chevaux, tapis de selle mais aussi pantalon et chemise à boutons des gardians… Rien n'échappe aux sept jurés. Posté derrière les barrières, le public n'a pas manqué ce rendez-vous populaire, mettant à l'honneur les traditions locales. La présidente du Conseil départemental, Françoise Laurent-Perrigot, le sénateur du Gard Laurent Burgoa ou encore la conseillère départementale du canton de Calvisson, Maryse Giannaccini, comptent parmi les spectateurs.
Les portes du camion s'ouvrent, les taureaux de la manade du Seden s'élancent, encadrés par neuf cavaliers. Serrés, ils forment le fameux « fer à cheval », que tant apprécient. Un tableau d'entrée qui subjugue les spectateurs tant par sa beauté que la dextérité qu'il nécessite. Cet « emmaillage » de départ est scruté de près par Bernard, responsable des sept juges. Ce bénévole, ancien raseteur, originaire de Sernhac, s'est levé tôt pour inspecter le parcours et préparer la compétition. Sur son tableau, il note les cavaliers sur 50 points. Rien ne lui échappe. Pas même ce fer, perdu par une monture sur le chemin du retour.
« Les chevaux sont ferrés au diamant pour éviter qu'ils ne glissent sur le bitume », explique-t-il, en ramassant la pièce métallique. Comme lui, les jurés sont des passionnés, amoureux de la bouvine. Une abrivado peut réserver quelques surprises, comme lorsque les taureaux de la manade du Levant sont sortis du fer à cheval des manadiers. Vif, l'animal, qui doit être âgé entre 4 à 11 ans, est redirigé dans le camion par les manadiers. Plus loin, on apprend que quelques gardians ont chuté de leur cheval dans le virage, près de la fontaine. Les risques du métier.
Finale en octobre à Manduel
Ici, les manadiers sont avant tout des passionnés. Tous amateurs, ils perpétuent un héritage familial et font vivre les traditions d'un territoire, profondément attaché à la culture camarguaise. L'événement contribue aussi à renforcer l'attractivité du secteur Leins Gardonnenque et de la commune de Saint-Génies. « Nous accueillons de nombreux touristes qui viennent séjourner chez nous. Notre commune, idéalement située entre Nîmes et Alès, bénéficie pleinement de ce type d'événement qui fait vivre le territoire », se réjouit le maire, Florian de Luca.
À l'issue des abrivados, le palmarès est dévoilé : la manade de La Lauze remporte cette étape qualificative. Toutes les équipes repartent récompensées d'une coupe, de vin, d'un seau destiné aux animaux et d'aliments pour leurs bêtes. Les cinq manades victorieuses des qualifications ainsi que le deuxième de l'étape de Domessargues et la manade lauréate de l'édition précédente se retrouveront en finale, à Manduel, en octobre. La journée s'achève au son de la peña reprenant la Coupo Santo, ultime hommage à l'identité camarguaise et à un patrimoine vivant que ce concours contribue, année après année, à faire rayonner.