Santé
Publié il y a 6 mois - Mise à jour le 23.05.2022 - marie-meunier - 4 min  - vu 692 fois

FAIT DU JOUR Pénurie de médecins : les professionnels de santé s'organisent

Alain Chelloul, directeur de la CPAM Sud, Didier Jaffre, directeur de l’ARS Occitanie et le docteur Philippe Serayet, ont signé l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI) pour la CPTS Regards. (Marie Meunier / Objectif Gard)

25 %. C'est le pourcentage de médecins installés au nord et au nord-est de Nîmes qui doivent partir à la retraite dans deux ans. Cela pose un vrai problème pour l'accès aux soins de la population. En attendant que les pouvoirs publics remédient à ce problème, les professionnels de santé tentent de s'organiser au mieux pour passer le cap. 

Dans le Gard, neuf projets de CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé) sont créés. L'un d'eux a connu un bel avancement la semaine dernière. Il s'agit de la CPTS Regards (*), qui s'étend sur 71 communes (de Lussan à Marguerittes et d'Estézargues à Saint-Mamert-du-Gard) et concerne 93 000 habitants. Son président, le médecin généraliste de Remoulins, Philippe Serayet, a signé un accord conventionnel interprofessionnel (ACI) avec Alain Chelloul, directeur de la Caisse primaire d'assurance maladie du Gard, et Didier Jaffre, directeur générale de l'Agence régionale de santé d'Occitanie. C'est le premier ACI signé dans le département.

Le périmètre couvert par la CPTS Regards. (DR)

Mais à quoi sert-il ce document ? Il va fixer des objectifs à atteindre et garantir pendant cinq ans des budgets pour apporter des solutions concrètes aux problématiques sanitaires et organisationnelles du territoire. Pour Julia Fidry, médecin généraliste à Arpaillargues et porteuse du projet, "c'est une grande victoire pour ce projet qui compte déjà deux ans de travail." Mais le véritable chantier débute maintenant.

Un numéro unique pour avoir un rendez-vous chez un généraliste rapidement

La priorité sera vraiment portée sur l'accès aux soins et plus particulièrement aux soins non-programmés. Si une personne développe une infection urinaire ou une grosse otite, il est parfois difficile d'obtenir un rendez-vous chez le médecin rapidement. Au point que ces pathologies embêtantes, mais pas d'une gravité extrême, viennent engorger les urgences. C'est pourquoi la CPTS Regards veut mettre en place une plateforme d'appel avec un numéro unique sur le territoire. La personne au bout du fil sera formée pour différencier ce qui relève de l'urgence vitale et ce qui peut attendre un peu. Dans ce deuxième cas, elle proposera un créneau dans les 24h ou 48h avec un des médecins généralistes du secteur, situé au maximum à 30 minutes du domicile. Tous ces libéraux se sont engagés à se mettre à disposition des plages horaires pour recevoir ces patients non-programmés.

L'objectif étant de mettre ce système en place d'ici la fin de l'année. Cette organisation répond aussi à un enjeu de taille : "Il faut savoir que sur notre territoire, plus de 7 000 personnes n'ont pas de médecin traitant. La volonté est de ne laisser personne sur le bord de la route, mais on ne peut pas augmenter ad vitam æternam notre patientèle", contextualise le président de la CPTS Regards, le docteur Serayet. Une réflexion est aussi en cours pour prendre en charge plus efficacement et plus rapidement les personnes isolées ou fragiles en coordonnant mieux les professionnels de santé sur le calendrier.

Devenir maître de stage pour favoriser l'installation de futurs médecins

Le docteur Serayet, qui porte aussi la casquette de président syndical national des enseignants de médecine générale, milite pour la densification. Comme l'a dit le directeur général de l'ARS Occitanie, "les futurs médecins ne s'installent que là où ils ont déjà été." Alors Philippe Serayet encourage ses confrères à devenir maîtres de stage, même et surtout dans les territoires reculés, pour "apporter une dynamique et favoriser l'installation de nouveaux médecins." Le tout rémunéré bien sûr.

Là encore, la démarche paraît essentielle quand on regarde les projections : une vague de médecins qui partent à la retraite et des maladies chroniques qui augmentent car on vit de plus en plus longtemps. "Selon notre diagnostic, on a 700 personnes sur le territoire qui vivent avec une maladie chronique", indique le docteur Serayet.

"La médecine générale a été la grande oubliée des politiques de santé"

Pour lui, davantage de médecins généralistes permettrait d'endiguer en partie le cercle vicieux. Cela leur laisserait plus de temps pour faire de la prévention en amont et ainsi réduire le risque de maladies chroniques. "Ce sont les médecins généralistes qui font les soins de premier secours. C'est eux qui peuvent soulager les autres maillons de la chaîne (les spécialistes et les hôpitaux, NDLR). (...) La médecine générale a été la grande oubliée des politiques de santé d'il y a quelques dizaines d'années. On le paye aujourd'hui. Il faut trouver les moyens de relever ce défi car on va vers une catastrophe sanitaire", alerte-t-il.

Déjà 25 % des professionnels du secteur géographique ont adhéré à la CPTS Regards (médecins généralistes, kinés, infirmiers, pharmaciens...). (Marie Meunier / Objectif Gard)

À leur échelle, lui et une centaine d'autres professionnels libéraux du territoire (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés...), tentent de trouver des solutions pour résorber ces carences médicales. Il y a une vraie dynamique collective pour faire face aux problèmes, puisque déjà 25 % des professionnels du secteur géographique ont adhéré à la CPTS Regards. Chiffre qui devrait encore augmenter dans les prochains mois. "Quand il manque quelques paires de bras, être ensemble apporte plus de paires de bras que si on reste seul dans son coin", applaudit Didier Jaffre, le directeur général de l'ARS Occitanie.

Marie Meunier

(*) Dans le nom de la CPTS "Regards", on retrouve "Gard", le "re" de "regroupement" et le "s" de "santé".

Marie Meunier

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