Publié il y a 19 jours - Mise à jour le 11.05.2024 - Propos recueillis par Louis Valat - 7 min  - vu 1779 fois

L'INTERVIEW SPORT Yann Djabou, capitaine de l'OAC : "Je pars du principe que l'on descend en N3"

Yann Djabou.

- Photo Corentin Migoule

Exemplaire serait le parfait adjectif pour le qualifier en cette fin de saison. Dans ce sprint final pour le maintien en N2, Yann Djabou se positionne plus que jamais comme le capitaine de ce navire, qui tangue entre bonnes performances et regrets. Interview grand format.

Objectif Gard : Quelle saison, Yann !

Yann Djabou : Incroyable. Beaucoup de déconvenues, de déceptions aussi... Lorsque l'on regarde ce qu'on produit depuis des semaines, on peut avoir beaucoup de regrets. 

Comment expliquez-vous cet instinct de survie que vous avez en cette fin de championnat ?

Par respect pour nous-mêmes, pour le staff, notre club et les supporters. Nous étions obligés de rester dignes et fiers de notre institution et de l'ADN du club. Mais s'il y a une explication, il va falloir la trouver. Parce que depuis la deuxième partie de saison, on produit les mêmes performances... En ce moment, on est peut-être plus rigoureux, on joue avec plus d'insouciance. De toute façon, nous n'avons pas le choix, on joue à fond. 

"On se nourrit de regrets parce que sur ces trois matchs, il n'y a pas photo. Collectivement, je ne vais pas dire que c'est la perfection mais c'est ce que nous recherchons depuis un bon moment."

Yann Djabou, capitaine de l'OAC

Avez-vous des regrets sur l’ensemble de la saison ?

Il y en a. Il n'y en aurait pas eu si on avait perdu nos trois derniers matchs, mais aujourd'hui bien sûr. On se nourrit de regrets parce que sur ces trois matchs, il n'y a pas photo. Collectivement, je ne vais pas dire que c'est la perfection mais c'est ce que nous recherchons depuis un bon moment. Du lundi au vendredi, dans le groupe, tous les joueurs, même ceux qui ne sont pas inclus dedans, il y a cette atmosphère non pas de sérénité mais de tranquillité, de travail. Et naturellement, le week-end, cette ambiance se traduit par des résultats. Mais je nourris des regrets parce que tous les joueurs sont performants, donc on remporte les matchs et on se dit "pourquoi aujourd'hui et pas il y a deux mois ?". 

Comment expliquez-vous la solidité défensive de l'OAC sur les derniers matchs, avec trois clean sheets consécutifs ? 

Je ne vais pas parler des défenseurs ni d'Éric (Moreau, gardien, NDLR) car aujourd'hui les premiers défenseurs ce sont nos trois attaquants et Lucas (Franco, meneur de jeu, NDLR) que l'on peut inclure. Lorsque je vois les courses d'Arnold (Abelinti, NDLR), de Joris (Correa, NDLR) ou encore de Wilfried (Baana-Jaba, NDLR), on voit une débauche d'énergie qui nous, derrière, nous facilite le travail. On récupère et on peut enchaîner. Il n'y a pas non plus eu de consignes différentes depuis le début de la saison. Il y a simplement plus de tranquillité. De toute façon, nous sommes aux portes de la N3, qu'est-ce que l'on risque ? 

Tout au long de la saison, vous avez personnellement affronté la situation, vous avez discuté de nombreuses fois avec les supporters. Puis depuis de nombreux matchs vous êtes le leader que le club attendait dans ces moments. Comment percevez-vous votre rôle de capitaine cette saison ?

On peut le voir de deux façons. Je suis capitaine donc je dois assumer ce rôle-là lorsque les supporters et le club sont déçus, je suis en première ligne. Certains joueurs sont discrets mais tout aussi agacés que moi et ils assument autant que moi. Et soit tu l'affrontes, soit tu restes un peu en retrait et on voit ce qu'il se passera à l'avenir. Il y a deux types de caractères différents. Il y a aussi l'ancienneté : ça fait un moment que je suis ici, je me dois de répondre. 

Yann Djabou. • Photo Corentin Migoule

Votre attachement au club et à la ville d'Alès est évident. Qu'est-ce qui définit votre lien avec l'OAC et la ville, notamment depuis votre arrivée en 2020 ?

Il est important. Je suis arrivé en tant que cadre de l'équipe et au fil des années, des joueurs sont partis, puis j'ai récupéré le brassard, à juste titre ou pas d'ailleurs parce que ça aurait pu être d'autres joueurs. J'ai une attache forte avec Alès, j'ai vécu de belles émotions ici avec la montée, des parcours en Coupe de France, un maintien exceptionnel l'année dernière, je me suis marié ici aussi. L'année passée, c'était la saison la plus belle au niveau de l'humain, au niveau du groupe et du staff. On sentait qu'il se passait quelque chose autour du club.

Votre maintien en N2 dépend désormais non seulement de vos performances, mais aussi des résultats des autres équipes. Suivez-vous de près les performances des concurrents ?

Non, parce que je pars du principe qu'on descend en N3 cette année. Nous sommes en survie depuis le match de Toulon. Chaque match que l'on joue depuis, si on le perd, on descned. Donc j'essaie de profiter un maximum de chaque entraînement, de chaque match, de chaque moment où je porte le maillot de l'OAC. On se doit de prendre chaque match. Il en reste deux, et de prendre six points. À la fin, on fera les comptes.

À l'approche de ces deux derniers matchs, comment le groupe se sent ?

Beaucoup d'engouement, de joie mais aussi beaucoup de sérénité. Nous avons paniqué à un moment, on ne réussissait pas à marquer - Grasse, Cannes - alors qu'on faisait de bons matchs. Puis cette série où on a enchaîné Andrézieux, Hyères, Évian, Jura Sud, où on a paniqué. Mais depuis que l'on ne panique plus, et cela parce que les résultats sont là, on est beaucoup plus tranquille. Pas apaisés non plus parce que la situation est catastrophique, mais a contrario nous sommes calmes parce que nous avons un pied en N3, il faut l'assumer. Ces deux matchs (Toulouse ce samedi et Bourgoin-Jallieu samedi prochain, NDLR) ne seront pas les plus faciles. Nous allons jouer contre des équipes libérées, avec des joueurs qui auront à cœur de prouver pour rebondir l'année prochaine aussi.

"Entre nous, personne ne parle pas du futur, on se dit juste "tout ça pour ça ?". Parvenir à se maintenir l'année dernière pour vivre une saison comme ça... Avec un président qui annonce la couleur dès le début de saison pour au final rendre cette copie, ça fait tâche."

Yann Djabou, capitaine de l'OAC

Qu'est-ce qu'il se dit entre vous dans les vestiaires ?

Pour être honnête, depuis les trois derniers matchs, on a tous des regrets. On est content de les remporter, mais évidemment on ne saute pas de joie non plus. On se dit "merde", pardonnez-moi le terme, mais ça fait vraiment râler. Entre nous, personne ne parle pas du futur, on se dit juste "tout ça pour ça ?". Parvenir à se maintenir l'année dernière pour vivre une saison comme ça... Avec un président qui annonce la couleur dès le début de saison pour au final rendre cette copie, ça fait tâche. Nîmes Olympique, félicitations à eux, même si je sais qu'il y a de la concurrence entre Alès et Nîmes mais en tant que sportif, je me dois de reconnaître que c'est beau ce qu'ils font. Mais nous c'est pas beau du tout. Sportivement, on va pratiquement descendre. 

"Le Cap 2024 reste un échec. Que le président et les dirigeants aient fait des annonces, ou pas, ce projet reste un échec aujourd'hui."

Yann Djabou, capitaine de l'OAC

Votre avis sur le Cap 2024 qui fait beaucoup jaser au vu de la position au classement de l'OAC ?

J'ai vu et entendu beaucoup de choses... Honnêtement, Cap 2024, c'est mon avis personnel, le président a laissé entendre qu'il fallait viser le plus haut possible. Tous les clubs de N2 veulent monter en N1, mais pour y parvenir, il faut beaucoup de choses. Le président a laissé entendre qu'on allait passer une magnifique saison en N2, chose ratée. Le Cap 2024 est raté. Il n'est pas au rendez-vous. Tu restes un beau club de la poule, l'équipe est très belle sur le papier, mis à part Le Puy, Grasse et Aubagne qui montent et ont montré qu'ils étaient solides collectivement, et je pense qu'on aurait pu faire partie de ces clubs. Mais sur le terrain, c'est nous. Cette série noire nous a longtemps collé, on n'a jamais réussi à sortir la tête de l'eau. Le Cap 2024 n'était pas une invention non plus. Quand tu finis la saison comme l'année passée, on se disait qu'il n'avait pas tort. Au fil des mois, oui, on s'est dit qu'on s'était trompé. Il s'est peut-être passé des choses négatives : les départs de Nordine, d'Alain, de Joachim, de Brice, d'Abdou et des arrivées entre-temps... Mais en tant que joueur, on doit faire abstraction de tout ça. Peu importe les arrivées et les départs, on doit être à 200 % dans le projet.

Le capitaine Yann Djabou à l'entraînement • Archives Corentin Migoule

Les supporters de l'OAC ont brandit une banderole « Direction démission » lors du précédent match à domicile face à Fréjus. Quel est votre avis sur la question et sur la colère des supporters ?

C'est compliqué à dire. Il y a quand même des gens qui travaillent. C'est comme lorsque je suis sur Facebook, en étant complètement honnête, je vois les émissions des supporters, la banderole... Comprendre leur colère, oui, elle est légitime, ils font partie du club, du projet. Plus que nous d'ailleurs. Après deux ans, trois ans, quatre ans, on n'est plus là, eux seront toujours derrière leur club. C'est leur club à eux aussi, je comprends leur colère, elle est légitime mais nous n'avons tué personne, les dirigeants non plus. Là on parle de virer des gens. Si tu dois virer des gens qui travaillent pour le club, tu dois aussi virer le staff et les joueurs. La logique voudrait ça. Il y a une part de responsabilité des dirigeants parce que ce sont eux qui construisent un groupe à la pré-saison, mais quand la saison est lancée, il y a le staff et les joueurs. Tout le monde doit se remettre en question face à cet échec. Les supporters aussi d'ailleurs. Il y a des moments où c'était vraiment chaud, des paroles, des actes très durs. On reste des humains, nous ne sommes pas que de simples joueurs. Il ne faut pas remettre la faute seulement sur monsieur Bilange, monsieur Pasqualetti, monsieur Mallaroni et sur tous les bénévoles. Il y a des gens qui travaillent ici gratuitement pour le bien du club. D'accord ou pas d'accord avec cette banderole, je ne m'exprimerai pas sur le sujet mais c'est une phrase trop forte, parce que nous sommes tous dans le même bateau.

"Notre pain noir, on l'a mangé."

Yann Djabou, capitaine de l'OAC

Comment certains joueurs ont-ils réagi face à certaines critiques qui leur ont été adressées ?

J'ai toujours dit que je comprenais la colère, elle est légitime. Mais il y a des mots, des phrases sur certains joueurs... On est entre joueurs, on en parle, je ne vais pas dire qu'ils ont été touchés mais "wow" ! Le lundi, ils (les supporters, NDLR) retournent au travail, leur semaine continue et ils viennent nous encourager le samedi. Leur déplacement à Evian a été magnifique et je les en remercie, au nom du groupe, bravo à eux ! Mais le lundi, nous, on y retourne. Notre pain noir, on l'a mangé. Et des paroles sur leur Web TV, qui est super par ailleurs, mais ils ont été bien trop dures.

Vous avez récemment fêté vos 32 ans. Vous voyez-vous poursuivre l'aventure avec l'OAC, même en cas de descente en N3 la saison prochaine ?

Pour être transparent, ce serait irrespectueux envers mon groupe et mon club de parler de mon avenir aujourd'hui. Ce n'est ni le moment, ni le lieu pour discuter de mon avenir. Je reviendrai sur le sujet d'ici dix jours.

Propos recueillis par Louis Valat

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