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QUAND LES CAMISARDS S’EMPARENT DES RUES D’ALÈS

Ce samedi 3 mars, à partir de 17 heures, ont défilé dans les rues d'Alès à l'occasion de la 3ème Semaine Cévenole, 30 chevaux avec des cavaliers dragons et Camisards, des musiciens, 160 participants au total en costumes variés. Des tirs au canon, au mousquet, des combats...
400 costumes confectionnés par Laurence Magnanelli, costumière professionnelle, ont été mis à disposition du public, durant ce week-end festif.

Conséquence directe de la Révocation de l’Édit de Nantes, la Guerre des Camisards éclata en Cévennes en 1702.

Alimentée par les arrestations, condamnations et persécutions redoublées dans cette région où beaucoup, malgré les abjurations de façade, étaient restés protestants, la révolte grondait. Elle commença le 24 juillet 1702 par le meurtre de l’abbé du Chayla. Cet abbé, grand vicaire de l’évêque de Mende et inspecteur des missions, s’était rendu odieux aux populations par ses abus de pouvoir et la rigueur de sa surveillance sur les Nouveaux convertis. Il avait à ce moment là emprisonné des suspects dans sa maison du Pont de Montvert. Un jeune homme qui prophétisait, Abraham Mazel, après avoir réuni quelques compagnons, donna l’assaut à la geôle, et délivra les prisonniers. L’abbé fut tué en cherchant à fuir. Les assaillants formèrent la première troupe de Camisards.

Pourquoi « Camisards » ?

Les révoltés, paysans et artisans n’avaient comme seul uniforme et signe de reconnaissance que leur chemise (camiso en occitan).

Ce fut la guerre des Camisards, non point guerre civile, mais révolte armée contre une domination qui se voulait spirituellement totalitaire. Les Camisards se soulevèrent pour défendre la liberté religieuse, plus concrètement la liberté d’être protestant en France. Ils ont toujours protesté de leur fidélité au roi, ne se donnant d’autre but de guerre que le rétablissement de la liberté de leur culte.

C’étaient des gens du peuple, paysans, tisserands, cardeurs de laine, de jeunes gens pour la plupart. Ils ne furent jamais que 2 500 à 3 000, qui tinrent en échec pendant deux ans, de 1702 à 1704, les 25 000 à 30 000 soldats des troupes royales. Leur mobilité, leur familiarité avec un terrain sauvage, les complicités qu’ils rencontraient parmi les habitants leur permirent de tenir bon face à une armée qui n’était pas habituée à une guerre de maquis. La Vallée des Camisards, avec son pont, aussi bien que le panorama des hautes montagnes cévenoles, sont typiques de l’environnement où se situa ce que plus tard on appela le Théâtre sacré des Cévennes.

Deux chefs s’imposèrent pour la conduite des opérations, autant par l’exaltation de leur foi que par leur habileté tactique, Roland et Cavalier. Roland est chez lui au Musée du Désert, avec sa Bible de famille, usée à force d’avoir été méditée.

Cavalier est présent par le portrait qu’en a donné le peintre Labouchère : il y est peint en pleine action de guerre, à cheval, escorté de son prophète (c’était l’habitude camisarde de ne pas engager le combat sans avoir écouté ces inspirés). De ces deux compagnons d’armes, la séparation marqua la fin de la guerre des Camisards, encore qu’il en soit sorti des étincelles éphémères jusqu’en 1710 : Roland fut trahi et tué en août 1704 ; Cavalier jugeant perdue la cause des révoltés, avait déjà traité avec le Maréchal de Villars ; il obtint de sortir de France avec sa troupe et poursuivit comme colonel une carrière dans l’armée anglaise.

La rébellion écrasée, les assemblées demeuraient interdites, traquées et sévèrement réprimées.

La liberté de culte tant attendue par les Camisards ne sera obtenue qu’à la Révolution française en 1789.

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