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PORTRAIT DU DIMANCHE Suzie Platiel, linguiste passionnée

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À 83 ans, Suzie Platiel est passionnée comme au premier jour. Ce jour où elle a décidé qu'elle étudierai l’ethnologie, c'est-à-dire l'étude scientifique des différents peuples dans leurs manifestations culturelles et plus particulièrement linguistiques. Et c'est venu très tôt, à l'âge de 11 ans. Originaire d'Algérie et juive non pratiquante, Suzie Platiel a souffert de la stigmatisation du peuple pendant la seconde guerre mondiale. "Je voulais comprendre comment la différence faisait que l'on ne pouvait pas être solidaire". À 31 ans, elle décide donc de reprendre ses études et obtient deux diplômes : un en ethnologie, l'autre en linguistique. Après une première expérience d'un an à Rome, elle est engagée en 1967 comme linguiste au Burkina Faso, dans le cadre de la coopération de la France avec les anciennes colonies. Elle rencontre alors le peuple Sanan, une ethnie qui à l'époque, ne connaît pas l'écriture et où le seul mode de communication est la parole en communication directe. Sa mission : transcrire leur langue en mettant au point un alphabet, une grammaire, une syntaxe ainsi qu'un dictionnaire. Ces deux années de recherche l'ont alors poussée à faire l'hypothèse que leurs méthodes éducatives pouvaient compléter positivement nos méthodes classiques d'enseignement essentiellement fondées sur l'écriture. "J'ai donc voulu étudier leur modèle éducatif pour comprendre comment les enfants devenaient des adultes heureux et accomplis sans école et sans écriture". Et d'après elle, c'est possible si on utilise les contes. Ces contes qui nous ont souvent bercés dans notre enfance auraient, à travers leur structure, une fonction éducative "qui enseigne les codes de comportement dans la société et permet le développement de l'individu. Inconsciemment, l'enfant acquiert la morale de l'histoire et donc, les règles de bonne conduite". Aujourd'hui, Suzy Platiel continue à se battre pour rétablir l'équilibre entre la communication écrite et orale dans les classes et réintroduire la lecture des contes. "Je suis pour la reconstruction du lien oral à travers la parole et pas à travers Facebook", lance t-elle. Pour ce faire, elle travaille actuellement avec le Centre méditerranéen de littérature orale pour mettre en place cet automne un groupe de travail et de réflexion sur la façon de restaurer l'usage de la parole en communication directe dans l'éducation et l'enseignement des jeunes en France.

Elodie Boschet

Elodie Boschet, journaliste à Objectif Gard depuis septembre 2013.

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