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ALÈS. Quand l’implication excessive au travail mène au surmenage

Photo d'illustration. DR/EL
Photo d'illustration. DR/ Christophe Manquillet.
Photo d’illustration. DR/ Christophe Manquillet.

Plus de 12% de la population active seraient « en risque élevé de burn out », selon une étude réalisée par Technologia, cabinet de prévention des risques au travail. Si ce chiffre ne constitue qu’une estimation, on sait toutefois que le nombre de Français qui consultent un professionnel pour surmenage ou épuisement professionnel est en croissance. Rencontre à Alès avec une jeune femme dont le corps a dit « stop ».

Pauline*, jeune maman dynamique et impliquée, travaille comme secrétaire médicale depuis 5 ans dans le secteur hospitalier, à Alès. « Il y a quelques années, on exerçait notre métier normalement, et ça se passait bien. Mais depuis plusieurs mois, tout a changé, on nous demande de plus en plus pour faire face à la demande, et on refuse d’embaucher pour compenser la surcharge de travail. Avec mes collègues, on aimait notre travail et on faisait des heures supplémentaires pour palier au retard accumulé. On ramenait même du travail à la maison.  Sans compter que les gens étaient désagréables puisqu’on était peu disponible pour eux. On n’en pouvait plus. Je pensais que je n’étais pas prise au sérieux, et j’avais un sentiment d’insatisfaction du travail bien fait. Je passais toutes les émotions possibles en quelques heures, et j’avais l’impression d’être bipolaire!

Un jour j’ai craqué. J’ai fait une crise d’angoisse doublée d’une crise de tétanie. Mon médecin m’a arrêtée 2 semaines. Mais ça n’allait pas mieux pour autant. D’abord, je culpabilisais de laisser mes collègues, mes patients, mes médecins. Ensuite, mon praticien m’a ordonné de me couper totalement du travail, mais mes collaborateurs m’appelaient régulièrement pour prendre des nouvelles. Enfin, je suis tombée malade. Mon corps a tellement relâché la pression que j’ai passé ma semaine chez le docteur, entre angine et fièvre. Au bout de deux semaines, alors que je devais reprendre le travail, j’ai fait une nouvelle crise d’angoisse dans la salle d’attente du médecin. Il m’a à nouveau mise en arrêt une semaine mais j’ai refusé davantage. J’avais peur de ne jamais revenir.

J’ai donc repris depuis peu de temps. J’y vais en douceur. J’ai de la chance d’avoir une chef compréhensive et à l’écoute. Des embauches sont en pourparlers pour nous soulager. Je vis donc au jour le jour. Je suis toujours sous anxiolytiques. Certains jours ça va, d’autres c’est plus compliqué. Je ne sais pas comment ça va se passer, mais je veux continuer de me battre. Aujourd’hui, je comprends mieux ceux qui sont aigris. Ils se protègent. De mon côté, je ne m’étais jamais mise en arrêt avant, je suis une bosseuse. J’aime mon travail et je veux le faire bien. J’ai eu de la chance de n’avoir aucun problème personnel en plus. De mes collègues, l’une a été arrêtée 3 mois, car elle angoissait à l’idée d’y retourner. Une autre n’est jamais revenue.

Si je pouvais donner un conseil, je pense qu’il faut s’écouter, ne pas oublier que personne n’est irremplaçable et que le temps perdu avec nos proches et nos enfants ne se rattrape jamais. Faire la part des choses quand on est passionné c’est très difficile, il ne faut pas hésiter à se protéger, à prendre du recul ».

* Nom d’emprunt

Dominique Fenouillet, psychologue à Alès : « Le burn out ne touche que ceux qui sont très impliqués dans leur travail »

« J’exerce mon métier depuis 20 ans, et je reçois de plus en plus de patients en situation de surmenage professionnel, souvent des cadres ou des professionnels du corps médical. Il touche souvent des femmes qui ont des responsabilités et des enfants. L’une de mes patientes est à son compte dans l’artisanat et a une petite fille qui ne va pas encore à l’école. Elle se fixe des objectifs trop élevés et elle est épuisée. Elle a l’impression de tout rater. Je lui ai conseillé de mettre son activité professionnelle entre parenthèses pendant plusieurs années. Ce symptôme peut avoir de lourdes conséquences, il touche l’estime de soi, la libido, la motivation professionnelle. Un autre de mes patients est médecin à l’hôpital, et il enchaînait les gardes. Pour l’instant, il ne peut plus travailler. Son angoisse s’est transformée en anxiété généralisée. Le terme « burn out » n’a pas été choisi au hasard : on brûle toutes nos cartouches, et on est vidé. A noter toutefois que le « burn out » s’inscrit souvent sur une angoisse déjà existante. Les gens réagissent différemment en fonction de leur vécu ».

Eloïse Levesque

Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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