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BOUILLARGUES Julien Barral : « Nous devions y aller… mais aussi en revenir »

L'équipe au complet qui est intervenue sur l'incendie (photo Franck Chevallier / Objectif Gard)

Ce vendredi 28 juin 2019 va rester dans les mémoires gardoises pour la canicule, mais aussi pour son très grand nombre de départ de feu. À Bouillargues, des gendarmes se sont mués en héros en sauvant quatre personnes de leur maison au cœur de l’incendie.

Le maréchal des logis-chef Julien Barral, en poste depuis 10 mois, a raconté cette mission hors du commun dans sa gendarmerie de Bouillargues. Ce vendredi vers 16h c'est le centre opérationnel de Nîmes qui les appellé pour un feu situé Chemin du Baud à Bouillargues. Il est avec le gendarme Franck Diamante. Ils sont l'équipe Premier à marcher (PAM) comme disent les gendarmes. À ce moment-là ils ne savent pas du tout ce qu’ils vont trouver.

Le lieu est situé à 500 m de la brigade dans une zone de campagne avec des maisons. La chaleur est accablante et le feu bien présent. Le départ de feu se trouve dans un enclos à chevaux. Les flammes sont fortes déjà et un cheval se rue dans le pré, mais il est saisi par le feu. Sur place les pompiers et leur camion-citerne feu (CCF) sont présent tout comme la police. Devant la présence de badauds et de riverains, Julien Barral décide d’appeler en renfort les réservistes de la brigade pour interdire la circulation. Le feu est fort et le vent lui fait gagner du terrain sur la RD 6113 et les habitations toutes proches.

Une intervention héroïque

Les gendarmes se dirigent alors vers la scierie Wagner située juste à côté. Il y a du bois et des cultures sous serres. Sur place l’équipe PAM retrouve l’équipe de réserve. Dans le même temps, ils ont au téléphone une femme qui leur indique la présence de quatre personnes bloquées dans leur maison, au sein de la scierie. Il s’agit d’une villa juste en face de la position des gendarmes. Le site est à 300 ou 400 du départ de feu initial.

« On voit la villa en question. Il y a plein de fumée partout qui arrive, des haies végétales coupe-vent s’enflamment. On voit nos deux réservistes qui nous explique avoir vérifié et que la maison est vide ! En même temps on se doit d’entrer pour réaliser la levée de doute », explique Julien Barral. La vérification est méthodique, mais rapide et efficace. Il faut vérifier tous les niveaux, ne rien oublier, mais aller vite, la fumée est omniprésente et les flammes se rapprochent. Ils doivent trouver quatre personnes. La maison était vide. Mais en sortant, les flammes sont là dans les haies de cyprès qui forment un entonnoir.

Au même moment la femme insiste et dit que les quatre personnes sont là, elle précise alors qu’il s’agit d’une seconde maison située derrière la première. Les gendarmes sont alors seuls et sans l’appui des pompiers, les flammes sont présentes partout dans le chemin et quand ce ne sont pas les flammes c’est la fumée qui est là prenant à la gorge et enlevant la visibilité.

Le maréchal des logis-chef prend au téléphone les victimes et leur demande de se regrouper dans la maison et leur indique qu’ils vont venir les chercher. Dans la voiture des réservistes ils sont trois : Julien Barral, le major réserviste Patrick Di Meo et Lisa Saigne, brigadier réserviste. Dans le second véhicule s’installent le brigadier Quentin Rodrigues et le réserviste Franck Diamant.

Des flammes attisées par le vent

La femme qui a donné l’alerte connait le terrain elle leur indique le chemin à emprunter. La situation est tendue, la chaleur, les flammes, la fumée sont partout à la fois, le temps presse, il y a des gens à sauver, mais les gendarmes ne sont pas des pompiers et ils n’ont pas non plus le même équipement.

« Il fallait faire très vite, c’était vraiment une question de seconde. Le vent poussait le feu d’une haie à l’autre, les flammes et la chaleur se rapprochaient. On devait y aller, sauver les gens et revenir, avec ces personnes, mais nos gendarmes aussi », explique le maréchal des logis-chef.

Il fait alors signe aux collègues de rester dans leur véhicule en retrait du début du chemin et du mur de fumée. L’idée est de ne pas engager deux véhicules et tous les hommes et femmes sans savoir comment était le reste du chemin.

Sur près de 100 mètres la visibilité est d’un 1,50 m à peine. Il faut deviner ou rouler mais avancer en espérant que le moteur tienne bon. D’un seul coup la fumée se dissipe devant la maison, mais la chaleur est comme dans un four. Les flammes attaquent le toit, les haies s’enflamment, la chaleur est suffocante. La voiture des gendarmes se pose sur une dalle en béton devant l’entrée de la maison.

Aussitôt ils font chercher les sinistrés. Il s’agit d’un couple de 82 et 83 ans et de leurs deux fils de 66 et 68 ans. La haie végétale fait office de cheminée. La chaleur devient insupportable pour tous. Un tracteur est dans les flammes, l’incendie est autour d’eux désormais. Les gendarmes embarquent les quatre personnes à l’arrière de leur Partner et eux trois grimpent à l’avant.

« On était alors poursuivi par le feu qui nous pousse littéralement », continue le maréchal des logis. Dans la voiture la fumée est de nouveau partout. Un des hommes indique aux gendarmes le chemin à prendre pour sortir du piège. La voiture siglée Gendarmerie nationale s’arrache de là en quelques secondes.

« L’adrénaline était à son comble. On a agi dans l’urgence et à l’instinct. On a été bien soulagé en sortant tous indemne des flammes et de la fumée » poursuit Julien Barral.

Ils ont confié les personnes sauvées in extremis à leur famille, puis après un bref contrôle par les pompiers ils ont continué à travailler pour sécuriser leur secteur. Sans savoir qu’ils avaient réussi cet exploit hors du commun, le directeur du magasin Aldi est venu leur apporter des bouteilles d’eau fraîches qui ont été les bienvenues.

Franck Chevallier

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