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FAIT DU JOUR Thibault Arnal, une lumière qui scintille en Formule électrique

Cet ingénieur nîmois est double champion du monde en titre de Formule E avec le team DS Techeetah.

Thibault Arnal est l'ingénieur performance de Jean-Eric Vergne en Formule E. Le voici à son poste de travail pendant une course (Photo Techeetah)

Thibault Arnal est un ingénieur nîmois spécialisé dans les courses automobiles. Après des passages en Formule 3 et en GP3, il est désormais ingénieur performance du pilote Jean-Éric Vergne en formule électrique qui reste sur deux titres de champion du monde. Portrait. 

Il suffit de parler à peine quelques minutes avec Thibault Arnal pour se rendre compte que l'on a affaire à une "tronche". Bachelier à 16 ans, ce natif du quartier de la Tour Magne à Nîmes intègre une école d'ingénieur à Bordeaux en 2007. "Je voulais être pilote d'avion, mais j'ai été refusé à l'école de l'air. J'étais aussi passionné de voiture, mais je ne pensais pas à en faire mon métier", commente-t-il.

Il se dessine alors une carrière d'ingénieur avec une spécialisation dans les courses automobiles en fin de Master. Un apprentissage qu'il effectue outre-manche à Cranfield. "Les Anglais sont beaucoup plus portés sur le sport auto. Il y a une vraie industrie à part entière. Tu peux te créer un réseau plus facilement." Diplômé à 21 ans, Thibault recontacte un de ses intervenants à l'école, un directeur d'écurie de Formule 3.

L'antichambre de la Formule 1, le passage obligatoire pour les jeunes pilotes et les jeunes ingénieurs. "J'ai côtoyé la plupart des pilotes actuels de F1 en F3." Le Nîmois intègre en novembre 2012, Fortec Motorsport en tant qu'ingénieur data. Une fois la monoplace rentrée au stand, il analyse les différentes données récoltées. Ce team est présent dans toutes les catégories, alors l'année suivante Thibault accède en Formule Renault 3.5. Des débuts transcendants car son pilote, le Belge Stoffel Vandoorne, termine vice-champion du monde.

Thibault au côté du pilote finlandais Niko Kari en 2017 sur le circuit de Catalogne (Photo Jed Leicester/ GP3 Series Media Service)

Forcément, Thibault se fait remarquer. En 2014, toujours chez Fortec Motorsport, il est nommé ingénieur principal en Formule Renault 2.0. Une écurie où il croisera notamment la route de Charles Leclerc, alors âgé de 17 ans, aujourd'hui chez Ferrari en F1. "J'étais présent lors de ses premiers essais officiels dans une monoplace", se souvient-il. L'année suivante, Thibault cumule Renault 2.0 et GP3 avec le team Arden International. "C'est une catégorie où l'on cohabite avec la F1 sur les grands prix européens." 

Thibault se rapproche du Graal et gravite autour de ce qui se fait de mieux dans le monde de la course. Une année de transition pour basculer définitivement en GP3 lors des saisons 2016 et 2017 avec Arden. "J'étais plus impliqué. J'avais des responsabilités sur l'équipe en elle-même." Une deuxième saison auréolée d'une deuxième place au classement par équipes avec notamment trois victoires pour l'écurie anglaise sous la houlette notamment de Jack Aitken. En 2017, Thibault connaîtra un succès par le biais du pilote finlandais Niko Kari.

Arrivée triomphante en Formule E

Thibault accompagné de Jean-Éric Vergne, double champion du monde en titre en Formule E (Photo Techeetah)

En fin de saison, Thibault est débauché pour rejoindre le team Techeetah en Formule électrique dont le championnat existe seulement depuis 2014. "J'ai été attiré par l'aspect technologique de ce nouveau challenge. C'est un championnat très prometteur et je ne me voyais pas rester trop longtemps en GP3", confie l'homme de 29 ans. Une découverte qu'il fait dans une écurie chinoise qui, lors de la saison 2017/2018, n'est pas associée à une marque et qui aime recruter des Français dans son staff. Et même pour le groupe motopropulseur de la monoplace achetée à Renault.

Techeetah a fait ses débuts en Formule E la saison précédente avec parmi ses quatre pilotes, Stéphane Sarrazin. L'Alésien a notamment terminé à la troisième place à deux reprises sur une des courses de New York et Montréal. Le pilote phare du team est Jean-Éric Vergne, qui a participé à trois saisons de F1 chez Toro Rosso (2012-2014)  et qui a terminé 5e cette saison-là. À partir de décembre 2017, il travaille désormais avec un nouvel ingénieur performance, en la personne de Thibault. "Je suis la liaison directe entre le pilote et l'ingénieur de course", résume-t-il.

L'ingénieur nîmois en train d'opérer des réglages sur la monoplace (Photo Techeetah)

L'objectif de cette saison est d'aller chercher des victoires, mais pas forcément de jouer le titre. La première intervient à Santiago au Chili dès la quatrième épreuve. Jean-Éric Vergne en gagne trois supplémentaires (Uruguay, Paris et New York) et remporte en fin de saison le championnat pilote devant l'Audi de Lucas di Grassi. Les allemands s'adjugent en revanche le titre constructeur pour deux petits points. Une arrivée fracassante pour Thibault qui voit sa voiture l'emporter devant le team officiel de Renault. "Je pense que l'on a su mieux l'exploiter et nous sommes arrivés à rester terre à terre", justifie-t-il en toute humilité.

Le Gardois voit la récompense de tous ses efforts avec l'obtention de ce titre majeur : "cette première année a été difficile avec des premiers mois de pression. J'ai été jeté dans le grand bain sans y être préparé et il a fallu être opérationnel rapidement. C'est un accomplissement personnel important", réagit-il. Galvanisé par ce premier titre, Thibault enchaîne une deuxième saison (2018-2019) pour tenter un doublé historique, jamais réalisé dans cette jeune compétition.

Le team au complet fêtant le deuxième titre consécutif ! (Photo Techeetah)

L'écurie évolue avec l'arrivée du constructeur français DS automobiles, du groupe PSA, et s'appelle désormais DS Techeetah. "C'est une machine plus puissante et dès la première course on voit que le potentiel est là. Mais l'écart s'est réduit et tout le monde a amélioré", prévient-il. Après deux premières courses intéressantes (2e et 5e), les résultats chutent avec un abandon et deux 13e places pour Vergne. "On a dû se remotiver car on n'était pas où on devait être." Le pilote français sollicite fortement son compatriote ingénieur pour faire progresser sa monoplace. La fin de saison est prolifique avec trois succès et un deuxième titre consécutif.

Et pour que la domination soit totale, l'équipe remporte également le championnat constructeur devant Audi et fait le doublé. Un coup d'éclat qui pourrait se prolonger la saison prochaine où Thibault sera encore au côté de Vergne avec une voiture similaire. Le championnat démarre le 22 novembre en Arabie Saoudite. En attendant, celui qui est également fan du Nîmes Olympique développe des nouvelles idées et réalise des tests privés pour sans cesse améliorer les performances de la machine.

Un attachement à ses racines qui pourraient bientôt faire revenir le Nîmois, qui s'est marié cet été. "J'ai beaucoup voyagé à l'étranger donc un retour est prévu à court ou moyen terme", laisse-t-il suspendre. Et professionnellement, la Formule 1 c'est pour quand ? "J'ai toujours eu dans la tête la F1 pour le prestige. Mais je suis bien où je suis et il y a beaucoup de contraintes, je devrais redescendre dans la hiérarchie." En tout cas en Formule E, on ne peut que lui souhaiter de rester au top.

Corentin Corger

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