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FAIT DU JOUR Avec Olivier Diomandé, la Côte d’Ivoire rêve du Mondial en France

Olivier Diomandé, ancien joueur du RCN, vit à Nîmes et a été nommé manager général des sélections de Côte d'Ivoire (Photo Corentin Corger)

Ancien rugbyman professionnel notamment au Rugby Club Nîmois (1998-2000/2010-2011), Olivier Diomandé vit à Nîmes depuis 20 ans. Depuis ces derniers mois, il partage son temps avec la Côte d'Ivoire qu'il a pour ambition de qualifier à la Coupe du monde de rugby 2023 qui se disputera en France. 

Dans quelques heures, Olivier Diomandé se mettra sur son canapé pour regarder la finale de la Coupe du monde 2019 de rugby opposant l'Angleterre à l'Afrique du Sud. Avec forcément quelques étoiles dans les yeux et des rêves pour la prochaine édition qui va se dérouler en France, en 2023. Cet ancien rugbyman professionnel, qui a disputé plus de 300 matches en Top 14 notamment sous les couleurs de Montpellier et du Racing 92, a été nommé manager général des sélections de la Côte d'Ivoire en août dernier. Une double nationalité qu'il tient de son papa et qui lui a permis de porter à une vingtaine de reprises le maillot des Éléphants de 1997 à 2010.

Encore jeune lorsque la Côte d'Ivoire a participé à la Coupe du Monde 1995, le talonneur veut désormais apporter son expérience de manager pour amener cette nouvelle génération au Mondial. Avec une majorité de joueurs et de membres du staff français ou qui ont grandi dans l'Hexagone, l'histoire n'en serait que plus belle. Mais la tâche est ardue et le chemin très long. "On va viser la lune pour tomber dans les étoiles", assure Olivier, s'inspirant du célèbre adage d'Oscar Wilde. Avant de reprendre des fonctions dans l'Ovalie, l'homme de 47 ans s'est reconverti en chef d'entreprise. Vivant à Nîmes depuis son passage au Rugby Club Nîmois (1998-2000), Olivier "Best Concept", une société spécialisée dans l'agencement mobilier.

Un éloignement du rugby survenu après une expérience amère lors de son retour au RCN en 2010 : "j'ai voulu mettre un coup de pied dans la fourmilière et déterrer le conseil d'administration. Mais ça n'a pas plu", résume-t-il. Alors si l'histoire est terminée avec un de ses clubs de cœur, il va se tourner vers sa sélection. "Cela faisait des années que je voulais m'investir dans la Fédération mais les présidents étaient peu sérieux". L'arrivée du président Elvis Tano va changer son regard "c'est quelqu'un de sain." Le patron du rugby ivoirien a fait le déplacement jusque dans le Gard pour rencontrer Olivier.

Durant leur carrière sous le maillot de Montpellier, en bleu, et désormais avec la Côte d'Ivoire, Jean-Michel Meunier et Olivier Diomandé sont ensemble dans tous les combats (Photo DR)

Convaincu, l'ancien pro a carte blanche pour développer la formation et répondre aux fortes ambitions de la sélection : JO 2020 pour le rugby à 7 et la Coupe d'Afrique des Nations 2020 puis la Coupe du monde 2023 pour le rugby à 15. "C'est un projet compliqué car en Côte d'Ivoire, le foot est un mammouth et le basket commence à fleurir largement", constate notre interlocuteur conscient de l'enjeu. Mais la barrière financière est loin de le décourager, l'investissement et le réseau du staff qu'il a formé semblent pouvoir franchir de nombreux obstacles : "j'ai une idée à la minute." 

Avec une sélection qui réalise des résultats médiocres depuis dix ans, positionnée 43e au classement World Rugby (10e en Afrique), c'est comme repartir quasiment de zéro. Alors Olivier a décidé dans un premier temps de s'entourer des bonnes personnes. "L'expérience malheureuse du RCN m'a servie. Maintenant j'ai compris, je suis venu avec des gens légitimes et en qui j'ai confiance." Parmi eux, Jean-Michel Meunier qui a joué avec Olivier au MHR, Silvère Tian, passé par le Top 14 et son frère Laurent Diomandé, tous intégrés dans le staff technique. Un investissement bénévole pour des passionnés du rugby : "ils travaillent avec le cœur. C'est hallucinant de tous retrouver là-bas."

Plus de privilèges

La patte Diomandé c'est d'abord de faire table rase du passé : "les joueurs actuels avaient des primes pour venir jouer et gardaient les maillots en fin de match. J'ai mis le holà. Quelques uns sont partis." Une majorité de joueurs qui évolue dans les différents championnats français, quasiment tous en Fédérale 1 sauf deux en Pro D2 et Evrard Dion Oulai qui joue à Bayonne, promu en Top 14. Une équipe déjà attendue au tournant avec le match décisif à domicile face au Rwanda, le 23 novembre, pour se qualifier pour la CAN 2020. Une sélection que le Nîmois veut authentique : "il faut mêler la joie de l'Afrique et la rigueur du rugby." Une volonté d'offrir aux Ivoiriens une équipe qui leur ressemble. Notamment avec des tenues plus typiques.

Des enfants jouant au rugby lors d'un tournoi organisé en Côte d'Ivoire (Photo Sergio Vicente)

Après les présentations par téléphone, Olivier va rencontrer pour la première fois tous les joueurs pour leur expliquer le projet et les impliquer dedans. La mission est aussi de vendre l'image du rugby ivoirien que ce soit la sélection nationale et le championnat. "Canal + Afrique commence à s'y intéresser, il ne faut pas rater le virage", sent venir l'ancien héraultais concernant de potentiels droits télés. Un aspect marketing qu'Olivier a confié à la société Team One créée par Philippe Spanghero, petit dernier de cette famille mythique du rugby, avec deux anciens pros Vincent Clerc et Grégory Lamboley. Cette agence est spécialisée dans l'événementiel et le marketing sportif afin d'associer des entreprises à l'essor du rugby ivoirien.

L'objectif est aussi de développer le championnat local et de l'étendre au-delà d'Abidjan où est concentrée la plupart des clubs. Pour cela il faut pouvoir donner les moyens matériels aux joueurs. "Ceux qui font du rugby, ils aiment vraiment ça. C'est le parcours du combattant : les terrains ne sont pas éclairés, la pelouse et les ballons sont pourris. Quand on va leur donner les moyens... je sens que ça peut prendre", croit dur comme fer l'aîné des frères Diomandé. Et pour augmenter la qualité du rugby ivoirien, ça passe forcément par la formation.

Création de l'académie Max Brito

"Courant 2020, on veut installer l'académie Max Brito et former les joueurs de demain", explique-t-il. Un nom en hommage à cet ancien rugbyman de 48 ans, qui s'est retrouvé paralysé après une blessure survenue face aux Tonga lors de la Coupe du monde 1995. Trouver des talents sur le territoire comme le football a su le faire à travers l'académie Jean-Marc Guillou. Pour leur progression, le réseau est nécessaire pour nouer des liens avec des clubs français comme Montpellier et Annonay pour que ces rugbymen terminent leur apprentissage au plus haut niveau. "Il faudra aller les détecter dans les autres sports. Un mec de deux mètres au basket, ça peut faire un deuxième ligne, celui qui court vite en athlétisme peut devenir ailier", conclut Olivier. 2023 ne sera qu'une première étape, Olivier vise à long terme et si la tâche est grande, l'envie d'y arriver est débordante.

Corentin Corger

Bio express : Olivier Diomandé (45 ans) né à Lyon le 6 avril 1974. Clubs : CS Annonay (1992-1994), US Romans (1994-1997), RC Nîmes (1998-2000), CA Bègles-Bordeaux (2000-2002), Montpellier HR (2002-2008), Racing 92 (2008-2010), RC Nîmes (2010-2011), Le Pontet-Avignon (2012-2013).

Palmarès : Champion de France de rugby Pro D2 2003 (Montpellier), Vainqueur du Bouclier Européen 2004 (Montpellier) et Champion de France de rugby Pro D2 avec le Racing Métro 92 en 2009.

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