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FAIT DU JOUR Jacky Chazalon, des Cévennes au panthéon mondial du basket

L’Alésienne est considérée comme la meilleure basketteuse française du XXe siècle.

Jacky Chazalon travaille sur les cartes de basketteurs (photo Norman Jardin)

Reconnue et honorée dans le monde du basket, la Cévenole partage sa vie entre Paris, la Lozère et Saint-Hilaire-de-Brethmas.

Son palmarès est vertigineux et il serait trop long de le décliner dans son intégralité. Mais pour situer le niveau qui était celui de Jacky Chazalon, il convient de rappeler qu’elle a été neuf fois championne de France, et quatre fois vice-championne d’Europe des clubs.

2 270 points avec les bleues

Avec l’équipe de France, elle a participé à six championnats d’Europe et elle comptabilise 189 sélections entre 1963 et 1976. Durant cette période, la meneuse de jeu a marqué la bagatelle de 2 270 points avec les Bleues. Elle a tellement marqué le sport Français que des gymnase portent son nom. C'est le cas à Feytiat (Haute Vienne) et Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne).

Jacky Chazalon portant son célèbre numéro 10 (photo : archives privées Jacky Chazalon)

Dans les années 1970, elle est tout simplement considérée comme une des meilleures joueuses d’Europe. Mais avant de connaître les honneurs de basket mondial, c’est dans le Gard que son histoire débute. Elle voit le jour à Alès, le 24 mars 1945. Pour autant, elle n’oublie pas les racines lozériennes de sa mère : « J’ai une petite ferme du côté de Châteauneuf-de-Randon ».

Le geste technique dans le détail (photo archives privées Jacky Chazalon)

La future internationale grandit jusqu’à l’âge de 17 ans dans le quartier de Chantilly, à Alès. Déjà passionnée de sport, Jacky pratique successivement l’athlétisme, le volley-ball et le handball.

« Je voulais être Jacques Anquetil »

Mais ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est le cyclisme : « Je regardais le Tour de France et je voulais être Jacques Anquetil. J’achetais tous les magazines où il figurait et j’ai fini par le rencontrer dans les années 1970. C’était mon idole », se souvient-elle.

La meneuse va encore inscrire un panier (photo : archives privées Jacky Chazalon)

Finalement, le basket vient à elle à 12 ans, à la suite d’une détection où on remarque ses qualités pour ce sport. « J’ai joué au CES Pasteur. C’est madame Duport, la prof de sport, qui nous donné l’envie de jouer. J'étais dans l’équipe de garçons de la Jeunesse Sportive Alésienne et j’ai joué quelques matches avec l’ABC », souligne Jacky.

Très vite, elle est recrutée par l’Elite. Une première saison à Valence (Drôme), puis sa carrière s’envole quand l’AS Montferrand, l’équipe championne de France en titre, la recrute en 1963. L’année d’après elle passe au CUC (Clermont Université Club).

Cinq finales de coupe d'Europe

Avec les "Demoiselles de Clermont", Jacky Chazalon va marquer de son empreinte le basket français. Elle décroche neuf titres de championne de France et elle joue cinq finales de coupe d’Europe. « On avait un petit salaire, mais tous nos frais étaient payés et nous voyagions beaucoup avec la coupe d’Europe »

Jacky Chazalon avec l'ancien footballeur Bernard Lacombe (à gauche) et l'ancien basketteur Alain Vincent (Photo via MaxPPP)

Avec l’équipe de France, elle participe à l’exploit de l’année 1970 en atteignant la finale du championnat d’Europe. Avant le début de la compétition, un dirigeant français lui dit : «Si on va en finale je t’offre un dalmatien». À cette époque, la France fait partie des petites nations européennes. Contredisant tous les pronostics, les Françaises font sensation en atteignant la finale.  «Nous n’avions aucune chance d’y parvenir mais on y est arrivées. Contre l’URSS en finale on a pris la casquette de notre vie (94-33, NDRL), elles étaient injouables. Mais j’ai eu mon chien. Ça a été le premier pas vers le haut niveau », se souvient l'Alésienne.

« J’ai peut-être pris la grosse tête au début »

La Cévenole est au faîte de sa gloire et elle est régulièrement invitée dans les médias, y compris à la télévision. « J’ai peut-être pris la grosse tête au début. Le journal La Montagne nous consacrait des pages entières. Nous avions une notoriété nationale », se souvient-elle.

En 1976, après 13 ans au plus haut niveau français, Jacky Chazalon décide de raccrocher : « J’en avait ras la casquette ». Pourtant, elle a bien failli revenir au terrain : « J’ai eu une proposition en Italie et une offre pour monter la ligue professionnelle aux États-Unis mais le projet ne s’est pas réalisé. Cela m’a quand même permis de rencontrer Julius Erwing (dit Docteur J), une de mes idoles. » Dix ans après sa retraite sportive, le professionnalisme arrive en France. « Je pourrais regretter d’être née 30 ans plus tôt, pour jouer à un meilleur niveau. Mais mon époque était plus humaine », analyse la championne.

En 1984, Jacky Chazalon (en jogging blanc) entourée de grands sportifs français parmi lesquels Daniel Morelon, Jean-Claude Bouttier, Raymond Kopa, Guy Drut, Michel Hidalgo... (photo archives privées Jacky Chazalon)

Finalement c’est vers la formation qu'elle se dirige et, sur le modèle américain, elle développe des camps de basket.

« Beaucoup de gens ont repris mon idée et ils m’ont virée »

C’étaient des camps où des enfants pouvaient, pendant les vacances, apprendre les fondamentaux du sport. Les camps poussent comme des champignons à Istres, Toulon et Méjanes-le-Clap. Mais l’expérience se termine mal, en 2004 : « Beaucoup de gens ont repris mon idée et ils m’ont virée. »

Les cartes d'anciens d'anciens internationaux (photo Norman Jardin)

La même année, elle fait partie de la première promotion de l’académie de basket français, fraîchement créée et en 2009 elle est introduite au FIBA Hall of fame, le panthéon du basket. Alors Jacky profite de son temps libre pour voyager et elle fait le tour de monde. En reprenant contact avec d’anciennes joueuses, elle va aux États-Unis, au Brésil, au Pérou, en Corée de Sud et visite bien d’autres endroits du globe. Déjà en 2003, elle est nommée "Gloire du sport français".

Les cartes des anciens internationaux

Avec le Club des internationaux français (et françaises) elle se lance, il y a quelques années, dans la réalisation de cartes de joueurs de basket : « J’en ai fait 70, payées par le Club des internationaux, et 50 vidéos sur internet. » L’Alésienne se rend aussi régulièrement sur les compétitions internationales. Aujourd'hui, c’est en toute discrétion qu’elle partage sa vie entre Paris, la Lozère et Saint-Hilaire-de-Brethmas où elle habite. Pour autant, les fans de basket ne l'ont pas oubliée et elle restera à jamais la plus grande basketteuse française du XXe siècle.

Norman Jardin

 

 

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