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GARD Grisou, le coup historiquement romancé de Georges Vierne

Siècle d'or et d'horreur, les décades florissantes des cités minières sont loin derrière nous. L'auteur gardois nous en rappelle les valeurs.

La vie dans la mine... (Photo : DR)

" Grisou " tel est le nom du onzième livre de Georges Vierne. Un roman très local édité chez Nombre 7 et qui évoque la vie à la mine et un monde qui n'existe plus en France. Interview.

Objectif Gard : Qui est Georges Vierne pour ceux qui ne le connaissent pas encore ?

Georges Vierne : J'ai 68 ans. Je suis né en Cévennes, originaire de Portes. J'ai travaillé à Nîmes pendant 38 ans en tant que contrôleur à la Mutuelle sociale agricole. J'habite à Marguerittes. J'ai pris ma retraite, anticipée en 2008 et je me suis demandé ce que j'allais faire. Écrire un livre et créer une association.

Georges Vierne et son nouveau livre.

Comment vous est venue l'idée d'écrire ?

Mon premier livre rassemblait une cinquantaine d'anecdotes sur mon activité de contrôleur. Il y a du rire et des pleurs. Le virus m'a pris. J'ai continué avec un regard sociétal puis je me suis lancé dans le roman avec Libellule, le surnom que l'on donnait à mon père, mineur. C'était un roman de terroir. J'en ai publié cinq autres dont un sur le Nîmes Olympique et la saison durant laquelle il a été amputé de huit points avant de se maintenir en Ligue 2.

Et pour Grisou ?

Au début, je voulais le voir sous la forme de bande dessinée. J'avais vu un DVD, "C'est notre histoire" à Noël 2017. Je suis issu de ce milieu, j'ai vu et revu le DVD et il fallait que je rende hommage à mon tour en écrivant.

Une Sainte-Barbe en Cévennes (Photo : DR)

Certains thèmes vous tiennent à cœur ?

Ce livre n'est pas neutre. L'action se situe entre Portes et La Grand-Combe. On revit tout ce qui était vécu "à l'ancienne". On y voit les années 1950-1960. Les villages sont valorisés. On voit très bien les aventures humaines de l'époque. Le racisme me touche profondément et je voulais démontrer la réalité. Oui, on a toujours été montés contre les immigrés : les Ritals, les Mange-tomates, les Arabes, les Polaks... Mais les mineurs, entre eux, étaient tous des frères !

 

Grisou n'est-il pas né pour un concours ?

Oui, en effet, j'ai participé à un concours organisé par le conseil départemental mais je n'ai eu aucune nouvelle... Ils ont perdu mon mail et je pense que c'était plus pour les amateurs. Bref... C'est comme le Cabri d'or à Alès, il y a deux ans tout a failli exploser. On récompense aujourd'hui des auteurs qui ne parlent même pas des Cévennes !

Pourquoi l'avoir publié sous une autre forme qu'une simple nouvelle ?

J'en ai fait un devoir de mémoire pour une population oubliée. Le mode de vie était à l'italienne : les mère criaient à leurs enfants de venir manger, le linge était étendu aux fenêtres. Il n'y plus rien à voir avec la vie d'aujourd'hui ! On ne voit plus personne dans les rues. Même au bistrot c'est difficile de trouver quelqu'un pour une belote... Il n'y a pas de nostalgie mais je dépeins une manière de vivre oubliée et un métier perdu.

Libellule, le père de Georges Vierne, ici au clairon (Photo : DR)

On y retrouve par contre les valeurs humaines...

La solidarité est constante dans les métiers difficiles. L'humain reprend le devant quand il le faut. Par exemple, en octobre 1988, pendant les inondations nîmoises, nous sommes tous partis du bureau pour aider les sinistrés. Hélas, il faut souvent une catastrophe pour en arriver là. C'est cet esprit que l'on retrouve dans Grisou. Ça crée des liens qu'on ne connaît que dans les moments difficiles. On a tous en soi, à divers degrés, la valeur morale nécessaire à cela.

Vous connaissez particulièrement bien les lieux, non ?

J'habitais à sept kilomètres du Pontil (là l'accident est survenu le 18 décembre 1958, NDLR) quand le coup de grisou a tué neuf personnes. Avec mes yeux d'enfants, je sentais quelque chose mais on ne parlait pas de tout cela la maison.

Combien de temps avez-vous mis pour l'écrire et comment vous y êtes-vous pris ?

Je pense avoir mis un an et demi à mûrir et écrire ce livre. Il m'a fallu collecter entre 300 et 400 documents et photos, les trier et écrire le texte. J'ai commencé par la nouvelle pour le concours du conseil départemental puis j'ai poursuivi plus en détails. Le livre est sorti le 14 juillet, c'était un souhait. Toutes ces iconographies n'existent plus, on ne peut plus les retrouver. Un jeune de 30 ou 40 ans ne peut pas connaître s'il ne l'a pas vu alors il fallait illustrer tout cela. De nombreuses personnes aiment voir des choses qui leur rappellent leur jeunesse et cette époque. Je ne pouvais pas simplement faire un roman.

Cette vie était dure malgré tout... Aujourd'hui, les Cévennes et les cités minières ne sont plus heureuses, pourquoi ?

La Grand-Combe est une ville pauvre où le taux de chômage bat des records et où la population est vieillissante. Il y a un maire qui s'efforce de la faire vivre tant bien que mal mais le mode de vie a changé. Les gens travaillent à Alès et n'ont plus cinq ou six enfants comme c'était le cas à cette époque. Cet esprit a un peu disparu mais il demeure le souvenir des gens qui l'ont vécu. Grisou rappelle cela. On ne peut pas refaire le monde. On élève des stèles pour n'importe qui... Là, c'est un livre qui rend hommage, qui fait plaisir.

Le chevalement de Ricard, seigneur de la mine (Photo : DR)

Pourrait-on de nos jours revivre cela ?

Je ne crois pas, non. Même les médecins veulent moins travailler ! La nature humaine, en France en tout cas, n'en serait plus capable. À l'époque, on vous arrachait les dents sur la place publique. On entendait dire que les mineurs étaient riches... Mon père chassait, pêchait, cultivait son jardin mais nous n'étions pas riches ! Si, nous étions riches de courage, de volonté, de solidarité. La mentalité a changé. Le monde agricole est aujourd'hui en danger... Il ressemble un peu à la mine quand on y pense. Je vais, d'ici deux ans, sortir un roman sur le monde agricole.

Et le rapport à la mort était-il différent ? 

La mort faisait partie de la vie. C'est comme quand on prend la voiture, cet engin de mort qu'on a entre les mains et avec lequel on passe à travers les mailles. Quand on voit les photos des mineurs entassés à 25 dans une cage pour descendre à 800 mètres sous le sol... C'est une autre vie ! Mais cette vie avait déjà bien changé car les mines, à la fin, étaient toutes à ciel ouvert.

Pourquoi avoir choisi ce titre évocateur ? Pourquoi pas l'autre, " Mans negros, pan blan " (*) ?

Le titre est venu spontanément ! Cette histoire devait rendre hommage et le grisou était le danger suprême, l'urgence, la peur constante. On vivait avec ça dans un coin de la tête mais on vivait quand même. On allait de l'avant et on retournait dans la mine. " Mans negros, pan blan " est un hommage à La Grand-Combe, c'est aussi un remerciement envers Patrick Malavieille, son maire.

Avez-vous une dernière chose à dire ?

Deux ! Je suis un auteur raïolo-rachalan ! J'aime mes Cévennes mais j'aime aussi ma garrigue, je m'assimile à ces deux vies. Je n'ai rien oublié du Nord, des mines, des châtaigniers et des pélardons mais j'aime aussi mes chemins de garrigue. Autre chose, début mars, je vais sortir mon premier polar qui aura pour décor Nîmes et pour titre " Œil pour œil... " vous pourrez le trouver directement chez moi au 06.12.14.38.68 ou sur le site des éditions Nombre 7.

* "mains noires, pain blanc"

Georges Vierne a aussi un site web.

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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