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BAGNOLS/CÈZE Pour Philippe, qui fait la manche tous les matins, le confinement a été compliqué

Philippe fait la manche depuis six ans à Bagnols. Il en a besoin pour vivre et s'occuper de deux chiennes, mais pendant les deux mois de confinement, il n'a pas pu s'installer rue Fernand-Crémieux pour demander l'aumône. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Tous les matins, de 9h à midi, Philippe s'assied en bas de la rue Fernand-Crémieux pour faire la manche. Sauf durant ces deux mois, où il a été contraint de rester dans son petit appartement dans le centre-ville. Ne touchant que le RSA, la charité des passants est indispensable pour lui et ses deux chiennes, Rita et Nina. Le confinement a donc été particulièrement compliqué pour lui.

Six ans que les Bagnolais aperçoivent Philippe, rue Fernand-Crémieux, en train de faire la manche. Toujours accompagné de ses deux fidèles compagnons à quatre pattes et souvent en train de dévorer un roman policier. Certains le surnomment "Philou" en tendant une pièce et en caressant la tête d'une des chiennes. Mais pendant deux mois, il a dû rester chez lui, dans son petit appartement, en attendant le déconfinement: "135€ d'amende pour gagner si peu, ça ne vaut pas le coup".

"Je touche 400€ de RSA. Sorti du loyer, de l'électricité, l'eau, les charges, je n'ai plus rien. Sans la manche, je ne survivrai pas longtemps", assure Philippe, qui poursuit : "C'était plus facile quand j'étais à la rue. Quand on est SDF, on touche 530€." Âgé de 55 ans, il est handicapé à 50%. Après avoir enchaîné les boulots physiques dans la maçonnerie, la charpente et le jardinage, il a commencé à faire des crises de tétanie. Depuis six ans, il ne peut plus travailler. Il y a trois ans, il a même dû se faire opérer de l'aorte et des artères. "Je ne peux pas porter plus de 20 kg. Je ne peux pas faire de gestes répétitifs... Et si jamais, je fais une crise au travail, c'est le patron qui prend, donc non... Je fais le seul travail que je puisse faire : la manche."

Pendant toute la durée du confinement, il a dû puiser dans ses économies pour compenser le manque à gagner. Les bons mois de manche, il arrive à se faire jusqu'à 50€. "Le premier mois, j'ai puisé sur mes réserves. Le deuxième mois, j'ai puisé sur celles de mes chiennes", déplore-t-il. Il a l'habitude de garder toujours de côté pour elles au cas où elles auraient besoin de voir le vétérinaire: "Elles passent toujours en premier." Il est juste sorti trois fois 20 minutes par jour pour les promener pendant le confinement.

Aujourd'hui, il n'a plus d'argent de côté. Alors ce mardi, il a enfin pu se réinstaller rue Fernand-Crémieux. Quelques passants ont déposé des pièces dans sa casquette mais c'est moins que d'habitude. Le virus ne lui fait pas peur et il lance : "Ma vie, elle est derrière moi, chaque jour qui passe, ce n'est que du bonus."

Marie Meunier

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