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FAIT DU JOUR Le Monsieur de Notre-Dame

Boris Hoff, un Fourquésien, est à Paris pour contribuer à la restauration de la cathédrale la plus célèbre du monde.

Boris Hoff et une partie de l'équipe du chantier de Notre-Dame de Paris (Photo Boris Hoff).

Qui êtes-vous pour travailler sur un tel chantier ?

Je suis tailleur de pierre depuis 1987 et mon CAP. J'ai passé un BP avec une mention complémentaire en sculpture puis j'ai passé trois ans chez les Compagnons. Je n'ai pas fait le tour de France avec eux mais j'ai toujours baigné dans les bâtiments historiques. En 2003, j'ai eu quatre hernies discales alors j'ai mis le frein sur la taille de pierre et je me suis spécialisé dans les prélèvements de pierre sur divers bâtiments à travers l'Europe, surtout sur des gros chantiers. J'ai aussi fait du moulage, du mobilier et je suis revenu à la taille car ça me manquait trop...

 

Nous sommes encore loin de Notre-Dame et de Paris !

Je n'ai jamais vraiment quitté le monde de la taille car je participe toujours aux Rencontres de la pierre à Junas. L'an dernier, c'est d'ailleurs là-bas que j'ai revu un collègue, Régis Deltour (société Mollard-Deltour en Savoie), qui m'a proposé de bosser. Il est en Savoie et est spécialisé dans le patrimoine historique. Il travaillait déjà sur la Tour Saint-Jacques à Paris et il a fait un boulot exceptionnel.

Un chantier pas comme les autres... (Photo Boris Hoff).

Et vous l'avez suivi ?

Après l'incendie à Notre-Dame, cette société savoyarde a été appelé sur les lieux car il fallait du monde pour démarrer le chantier et mon aventure a commencé comme ça... J'ai commencé à la mi-juillet 2019 pour des missions variables de quelques semaines à quelques mois. Nous devions nous occuper du système d'évacuation des eaux dans les tours. Nous devions purger les gargouilles et pratiquer un épaississement de culée des arcs-boutants.

Une vue aussi bien magique que terrorisante (Photo Boris Hoff).

Que faites-vous sur le chantier. De quelles parties de la cathédrale vous êtes en charge ?

Nos missions étaient de permettre à la cathédrale de ne pas se refermer sur elle-même en consolidant la pause des veaux de la charpente (morceaux de bois enlevés avec la scie du dedans d'une courbe droite ou rampante). Nous devions aussi assuré l'étanchéité de la cathédrale en nettoyant les exutoires. C'est solide car tout est en pierre mais il faudra le refaire car nous avons travaillé dans l'urgence.

Il va y avoir du boulot... (Photo Boris Hoff).

Avez-vous déjà travaillé sur un tel chantier ?

C'est un chantier incroyable à tous les points de vues et à tous les niveaux. Plus personne ne fait des voûtes gothiques car quand elles sont encore debout, elles tiennent ! Les autres ont déjà été bombardé ou n'existent plus depuis belles lurettes. J'avais travaillé sur des gros chantiers comme les arènes d'Arles par exemple. Nous y changions des pierres d'1,5 tonne mais là, nous faisons du sauvetage à l'état pur. Pour nous, il s'est agit d'aller vite car cinq voûtes sont touchées dont trois plus gravement. C'est dangereux pour la stabilité de l'édifice.

Une équipe bien soudée (Photo Boris Hoff).

Où en est le chantier aujourd'hui ?

Ce chantier a d'emblée joué de malchance. Il y a eu cette histoire de plomb mais au final on se rend compte que tous les intoxiqués le sont car ils vivent sur l'Île de la Cité et dans des logements insalubres. Pas forcément à cause de  Notre-Dame ! Ensuite, il y a eu les deux mois d'arrêt à cause de la Covid-19 mais c'est la vie ! Nous logions à l'hôtel mais avec la crise, il n'y aura plus de chambre double. Idem pour la restauration, je ne sais pas si de plateaux-repas seront livrés en tout cas je n'ai jamais fait de sieste sur ce chantier, avec nos fenêtres de travail, c'est tout simplement impossible !

On sourit mais le travail est délicat (Photo Boris Hoff).

La crise a forcément impacté le chantier...

Cela a entraîné tout un tas de mesures à respecter. Nous sommes, pour certains endroits où nous devons travailler, à cinq douches par jour ! Vous vous imaginez monter, masqué, 300 marches, car il n'y a pas d'ascenseur, six fois par jour en plein été comme ce fut le cas en juillet et août dernier ? On ne peut travailler que deux heures avec ce genre de masque et honnêtement je ne sais pas comment ils font pour filtrer le coronavirus. Pendant une semaine à tour de rôle, on nous a équipé d'un capteur qui contrôlait l'air ambiant et petit à petit nous réduisons les zones où le port d'un masque est obligatoire. C'est une vraie usine à gaz...

Là aussi on sourit mais avec les masques ventilés, il faut se l"imaginer (Photo Boris Hoff).

Les choses avancent-elles convenablement à présent ?

Maintenant, il faut démonter le vieil échafaudage qui a fondu et qui s'est pris dans la pierre et le bois. Il est tordu, c'est un moment critique pour le chantier car c'est une nouvelle fois très dangereux. Cela se passe à proximité de ce qui était la flèche mais nous sommes obligés d'attendre qu'il soit enlevé pour intervenir dessous. Nous devons aller sous la nef mais nous ne savons pas quand car nous sommes tributaires des échafaudistes. C'est compliqué, ils estiment le poids de l'échafaudage à 400 tonnes, c'est démesuré.

Un travail de consolidation (Photo Boris Hoff).

Le chantier sera fini dans les temps ?

Actuellement, la cathédrale est encore " mise en péril " mais après, il y aura les appels d'offre et nous ne serons pas assez, en France, pour terminer le chantier. Il faudra peut-être rappeler les vieux, je ne sais pas comment ça va marcher, l'objectif est tenable mais il faut y mettre les moyens. Le cap des cinq ans est réalisable pour l'extérieur mais si on veut rouvrir l'intérieur en toute sécurité, il faudrait compter peut-être 15 ans avec beaucoup de monde !

Le Monsieur de Notre-Dame (Photo Boris Hoff).

Dans quel état est la cathédrale Notre-Dame de Paris ?

La cathédrale est pourrie... Depuis des années elle a été mal entretenu, les pinacles sont minables, les balustrades sont parfois en simple bois, c'est incroyable ! Surtout quand on dit que c'est un fleuron de l'architecture française. On en est loin sauf pour les tours Nord et Sud qui ont été très bien restaurées mais cela ne représente que 20 % de la cathédrale.

Un trou, deux trous... (Photo Boris Hoff).

C'est une belle expérience d'y travailler ? Vous y retournerez bientôt ?

Bien sûr que c'est un chantier et des moments d'exception ! Nous avons travaillé dans des endroits qui n'avaient pas été ouverts depuis l'affaire Dreyfus car nous avons retrouvé un journal de l'époque ! Je ne suis pas allé sur le chantier depuis trois mois mais ils ont repris en équipe réduite depuis peu pour démonter ce diable d'échafaudage... Ils doivent aussi s'occuper du grand orgue. Je sais qu'ils ont dû s'occuper du côté exigu des vestiaires car en cette période on ne peut pas faire comme au rugby.  Je ne sais pas quand je vais y retourner, j'attends que ces missions soient finies.

Des conditions de chantiers bien spécifiques (Photo Boris Hoff).

Un bon souvenir en particulier ?

J'ai été agréablement surpris de voir la relation qui existe entre les architectes et les ouvriers. C'est important pour notre ego qu'on nous fasse confiance sur ce genre de chantier. C'est gratifiant, c'est la cerise sur la gâteau car on a fait un boulot de merde, invisible et qui n'intéresse personne. En tout cas, sur le chantier, tous les professionnels sont compétents, l'ambiance est chouette avec des mecs bonnards et intéressés par ce que font leurs collègues. Je suis heureux car ils sont heureux. Ils savent que le boulot sera fait et bien fait.

Une vision d'horreur, un travail pour de vrais professionnels de la pierre noble et historique (Photo Boris Hoff).

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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