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FAIT DU JOUR Rodéos urbains : un accident pour mieux comprendre et sensibiliser

Le mannequin enfourchant la moto en roue arrière a fait un vol de d'une quinzaine de mètres, après le choc. (Marie Meunier / Objectif Gard)

La préfecture du Gard s'est associée à la mairie de Bagnols-sur-Cèze pour une opération de sécurité routière au sujet des runs et les rodéos motorisés, ce jeudi 9 juillet, place Léon-Jouhaux, au coeur des Escanaux, un quartier touché par ce phénomène....

Gérée par des cascadeurs professionnels la scène laissait voir une voiture lancée à 50 km/h qui percutait de plein fouet une moto enfourchée par un mannequin s’adonnant à la pratique de la roue arrière devant les yeux des habitants. Une scène choquante qui devrait marquer les esprits.

"On n'est pas là pour vous faire la morale mais les accidents en deux-roues finissent souvent si ce n'est pas toujours à l'hôpital", expose au micro Thierry Pallier, coordinateur sécurité routière à la préfecture du Gard. Depuis quelques années, il constate la pratique de rodéos en moto. En clair rouler en répétant intentionnellement au maximum des manœuvres dangereuses contraires au code de la route. "On a un problème de sécurité publique et routière. Souvent, les pratiquants n'ont pas conscience des conséquences d'un choc", poursuit-il.

"Sans casque, percuté à 50 km/h, 95% des conducteurs de deux-roues décèdent", affirme Pascal Dragotto. (Marie Meunier / Objectif Gard)

À l'origine, cette opération de sensibilisation était prévue à Bagnols pendant la période scolaire mais le confinement l'a finalement repoussée jusqu'à ce jeudi 9 juillet. C'est une première en France, comme l'explique Pascal Dragotto, pilote professionnel du risque automobile depuis 30 ans : "Sans casque, à 50 km/h, 95% des personnes à moto sont tuées. On a donc voulu montrer l'impact qu'un accident pouvait avoir à ces jeunes qui font du rodéo, qui pensent qu'ils ne vont jamais tomber."

"Aujourd'hui, les conducteurs de deux-roues pensent que la route leur est acquise. Ils sont libres dans leur tête alors ils lèvent un peu leur deux-roues. Ils font ça en centre-ville pour jouer avec les copains ou séduire une jolie fille. Mais s'il y a une flaque de gazole, de la gravette ou que la voiture de devant freine précipitamment... eh bah, ils vont se ramasser", complète sa femme, Laurence, elle aussi pilote.

La voiture de simulation d'accident a été équipée d'un arceau pour protéger Pascal Dragotto, pilote professionnel du risque automobile, qui a effectué la démonstration. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Avec leur fils, Kevin, ils parcourent la France pour des actions de sensibilisation comme celles-ci (voiture-voiture, voiture-deux-roues et même voiture-trottinette électrique). Avant le "crash", il a fait estimer au public les distances de freinage d'une voiture avec ABS (système anti-blocage des roues). À 25 km/h, tout le monde surestime. Mais la voiture lancée à 50 km/h, les quatre spectateurs sont loin du compte. Il faut environ 25 mètres pour s'arrêter à 50 km/h en comptant une seconde de temps de réaction.

Ils ont ensuite présenté la simulation d'accident : Pascal Dragotto est monté à bord d'une voiture. Sans ABS certes, mais caparaçonnée pour lui éviter tout risque : le pare-brise ne fait pas d'éclats de verre et un arceau est placé autour... Lui-même est équipé d'un casque, d'une minerve, d'un blouson en cuir. Car même à 50 km/h, une vitesse qui peut paraître lente quand on est au volant, une collision est très violente. Lancé à cette allure dans sa voiture, le pilote a percuté le deux-roues levé en roue-arrière et le mannequin biofidèle enfourché dessus.

Biofidèle, cela signifie que le mannequin est formé de la même manière qu'un corps humain (mêmes articulations, même poids, même répartition de masse corporelle, taille réelle). Et là, nôtre cobaye de 60 kg presque aussi vrai que nature a effectué un vol plané de 15 mètres avant de s'écraser contre l'asphalte brûlant de la place Léon-Jouhaux.

Sans l'arceau protégeant l'habitacle, la moto aurait pu traverser partiellement la voiture et blesser le conducteur. Quant au mannequin, s'il avait été une vraie personne, il serait mort car sa tête a tapé violemment sur le pare-brise. Alors conducteurs de deux-roues, même sous le soleil cuisant du Sud de la France, équipez-vous toujours d'un casque, de gants, d'un blouson en cuir et d'un pantalon !

Des réactions mitigées

Au moment du choc, les réactions du public, venu en nombre contempler l'opération, sont partagées. Certains restent bouche bée, d'autres rient. Réaction nerveuse ou manière de ne pas perdre la face ? Peut-être. Mais pour Abdelkader, jeune Bagnolais de 10 ans, la leçon a été comprise : "C'est trop dangereux de faire des roues arrière. Ça fait peur..." Mounia, maman d'un garçon de 11 ans, a aussi tenu à assister avec lui à la démonstration : "Ça a servi à montrer à mon fils qui est très intéressé par les deux-roues, que je n'ai pas tort quand je dis que ces engins sont risqués."

Le public est venu nombreux pour assister à cette opération de sensibilisation. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Plusieurs "anciens" des Escanaux applaudissent cette initiative de la préfecture et de la Mairie mais regrettent que les jeunes adeptes du quartier n'y aient pas assisté : "Tous les soirs jusqu'à 6 ou 7h, ils s'en donnent à cœur joie. Ils roulent à contre-sens. Ils font ce qu'ils veulent et il n'y a pas de contrôles. Ils passent à 100-120 km/h parfois dans la grande avenue. Déjà avec la chaleur, on a du mal à dormir mais avec ces nuisances sonores, c'est impossible. Et on a peur du drame, on ne faisait pas ça quand on était jeunes, nous."

Combattre l'insécurité routière

Un phénomène que reconnaît Jean-Yves Chapelet, le maire de Bagnols-sur-Cèze. Lui-même ne se rend jamais à un rendez-vous sans sa fidèle moto, alors ce sujet de sécurité routière lui tient particulièrement à cœur : "Le nombre de copains que j'ai vu faire des séjours à l'hôpital à cause de brûlures, car ils ne portaient pas de gants, pas de casques... Je m'adresse surtout aux jeunes : même si on croit être le roi du monde, la moto ça s'apprend, ça se travaille sur un circuit avec des professionnels, ça ne s'invente pas sur le goudron d'un petit parking. Faites gaffe, vous n'êtes pas des "sur-Dieu"." Le maire de Bagnols a aussi inscrit l'insécurité routière dans le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance.

Jean-Yves Chapelet, maire de Bagnols, Thierry Pallier, coordinateur sécurité routière du Gard, et Iulia Suc, nouvelle directrice de cabinet du préfet. (Marie Meunier / Objectif Gard)

"On est sur un phénomène consistant à vouloir défier les autorités quand on est jeune. On a la problématique qui s'annonce des grandes vacances : beaucoup de jeunes ne vont pas pouvoir partir, vont s'ennuyer et rechercher des sensations fortes pour s'occuper", atteste Thierry Pallier, coordinateur sécurité routière du Gard. Le risque est fort pour eux mais aussi pour les personnes à l'entour. Lors d'un de ces rassemblements rodéo, en mars 2017, trois personnes étaient décédées à Nîmes.

"On se focalise beaucoup sur les morts qui baissent mais pas assez sur le nombre de personnes dont le pronostic vital est engagé qui augmente. Ils vont garder des séquelles à vie, peut-être restés paralysés", poursuit-t-il. Laurent Pailhories, responsable du commissariat de Bagnols, a aussi expliqué au public le rôle de la police nationale lors d'un accident : "C'est éprouvant pour la police, car on aura jamais les mots pour expliquer le contexte dans lequel ça s'est passé. On arrive au domicile de familles qui vont être détruites."

Iulia Suc, nouvelle et jeune directrice de cabinet du préfet du Gard, a profité de cette opération pour faire sa première sortie dans ses nouvelles attributions : "Les rodéos et les runs sont une pratique qui a tendance à augmenter. Cette pratique est illégale, punie par la loi et dangereuse. [...] Le Gard est un département accidentogène, en matière de sécurité routière, il est essentiel de combiner les actions de répression et les actions de sensibilisation et de prévention." Pour rappel, 21 personnes ont déjà perdu la vie sur les routes depuis le début de l'année dans le département. Il y en avait eu 54 en 2019.

Marie Meunier

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