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FAIT DU JOUR Moins de salariés et plus de flexibilité : le point sur l’avenir de Perrier

Qui reprendra un peu de Perrier ?(Photo Anthony Maurin).
Pour les représentants du personnel de Perrier, les inquiétudes sont nombreuses. (Photo Boris Boutet)

Pour faire face à une concurrence toujours plus nombreuse et innovante, le groupe Nestlé Waters, propriétaire de la marque Perrier, prévoit d'importantes transformations à l'usine de Vergèze à horizon 2024. 250 postes, soit un quart de l'effectif actuel, pourraient être supprimés. 

1,7 milliards de bouteilles vendues en 2019 et une centaine de millions d'euros de bénéfice estimés l'an passé. À première vue, Perrier n'a rien d'une marque en crise. "Pourtant, notre croissance est en train de fortement ralentir, indique le directeur de l'usine, Hervé Lévis. En plus des historiques, de nouveaux concurrents émergent depuis plusieurs mois. C'est le cas de Coca-Cola par exemple, qui a décidé de convertir une partie de ses lignes de production pour ses eaux gazeuses." 

Des eaux non minérales certes, mais qui séduisent à l'étranger. "En dehors de l'Hexagone, cette notion d'eau minérale importe peu aux consommateurs, estime Hervé Lévis. À l'heure actuelle, Perrier est une marque forte en France et dispose d'une belle notoriété à l'international. Mais nos concurrents innovent très vite et gagnent chaque jour des parts de marché. Nous devons gagner en flexibilité pour être capables d'innover plus rapidement qu'aujourd'hui. Les consommateurs attendent de nous plus de réactivité. La traditionnelle bouteille de Perrier ne disparaîtra pas mais nous devons être capables de proposer de nouveaux arômes et des produits originaux." 

Le modèle de l'industrie agroalimentaire

Résultat, toute l'organisation de l'usine va être repensée et Nestlé Waters prévoit de se séparer de 130 salariés d'ici 2022 et de 120 supplémentaires à horizon 2024. Des départs majoritairement permis par des mesures d'âges. "Celles-ci sont plutôt avantageuses pour les employés en fin de carrière, reconnaît le délégué CGT, Bruno Almeras. Elles permettent de s'arrêter de travailler à 58 ans et de toucher 80% du salaire en attendant la retraite à taux plein. Les difficultés, elles sont pour ceux qui vont rester."

"Aujourd'hui, beaucoup de salariés ont déjà évolué sur le plan technologique grâce à la formation et l'accompagnement terrain que l'on a fait, tempère Hervé Lévis. Depuis 2016, Nestlé Waters a investi 170 M€ dans la marque Perrier. 40 M€ supplémentaires seront injectés d'ici 2024 pour la modernisation du site. L'idée est de se rapprocher des meilleurs standards de l'industrie agroalimentaire tout en s'adaptant aux enjeux qui nous sont propres. Avec ce nouveau modèle, nous aurons effectivement besoin de moins de personnel et miserons sur une montée en compétence des salariés."  

Montée en compétence versus dégradation des conditions de travail

Pas de quoi emballer les représentants syndicaux qui craignent une dégradation des conditions de travail. "Pour conduire une ligne de production, il faut des compétences très diverses : mécanique, électrique, pneumatique, sécurité, démarche qualité, maintenance, voire gestion administrative et managériale, énumère Olivier Almeras.  Avant, chacun avait son domaine. Puis, là où on était 20 on s'est retrouvé à cinq, ce qui a compliqué les choses. Ce plan va plus loin encore. Tout le monde devra savoir tout faire. Cela risque d'engendrer beaucoup de stress et d'importantes surcharges de travail. Il y a aussi un risque de déclassement pour certains salariés dont les postes seront supprimés." 

"Sur le terrain, on recense beaucoup d'inquiétudes, résume quant à lui Rudy Thérond, de la CFE-CGC. D'autant que cela tombe dans une période qui est déjà très anxiogène. Ce qui n'est pas rassurant non plus, c'est que la direction n'a pas été transparente. Cela fait deux ans qu'on entend parler d'un plan sans qu'il nous soit détaillé. On a l'impression que la direction a préparé son affaire dans notre dos." 

Image d'illustration (Photo archives Anthony Maurin).

Parmi les autres évolutions prévues chez Perrier, la gestion des intérimaires, qui peuvent représenter jusqu'à 20% de l'effectif de l'usine, devrait elle aussi être revue. "Nous devons en discuter avec les partenaires sociaux mais il est clair que nous souhaitons diminuer notre taux de précarité sur le site, avance Hervé Lévis. On doit gagner en stabilité pour avoir des salariés mieux formés. Je peux comprendre que ces transformations à venir suscitent des inquiétudes. C'est pour cela que l'on veut accompagner les salariés dans la durée. On parle d'un plan sur quatre ans, on ne veut pas se presser. L'objectif, c'est de pérenniser notre activité de production à Vergèze."

De leur côté, les syndicats souhaitent obtenir le maintien des services de logistique et de maintenance sur le site pour les quatre prochaines années. Un engagement qu'ils exigent de voir couché sur papier avant la consultation du comité social économique (CSE), prévue entre décembre 2020 et février 2021. Si les deux camps parviennent à enterrer tous leurs désaccords, Perrier pourrait entamer sa modernisation au printemps prochain.

Boris Boutet

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