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ALÈS Les élus locaux ont rencontré le PDG de Crouzet sans trouver le compromis espéré…

Pour souligner l'inhumanité du projet, les salariés alésiens de Crouzet avaient accroché des tee-shirts frappés de messages aux grilles de l'établissement le mois dernier. (Photo Corentin Migoule)
Pour souligner l'inhumanité du projet, les salariés alésiens de Crouzet avaient accroché des tee-shirts frappés de messages aux grilles de l'établissement le mois dernier. (Photo Corentin Migoule)

C’est l’un des dossiers brûlants du secteur économique du territoire depuis plusieurs mois. Il en va de l’avenir du site alésien de l’entreprise Crouzet automatismes qui, si l’on en croit la teneur du rendez-vous entre les élus locaux et le PDG du groupe qui s’est tenu hier, s’écrit de plus en plus en pointillé…

« À Alès, nous avons des entrepreneurs qui jouent le jeu, font le dos rond pour affronter dignement la crise, et d’autres qui profitent de la situation », exprimait Max Roustan, maire d’Alès, en préambule d’une conférence de presse organisée, ce matin, à l’Hôtel de ville. À l’ordre du jour, l’avenir du site alésien de l’entreprise Crouzet automatismes, qui fabrique des moteurs électriques. Ce dernier est menacé de fermeture à l’horizon 2022 après que la direction du groupe a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi. Si ce PSE concerne 64 employés, 32 d’entre eux feront l’objet d’un licenciement sec, 27 seront invités à déménager sur le site de Valence, siège social du groupe, et les 5 autres adopteraient la sous-traitance.

Parce qu’ils jugent la décision « indigne », et « inacceptable », Max Roustan et son premier adjoint à la mairie d’Alès, Christophe Rivenq, accompagnés de Jalil Benabdillah, premier vice-président d’Alès Agglo délégué au Développement économique, ont reçu David Arragon, PDG de l’entreprise Crouzet - auquel ils avaient déjà écrit fin décembre (lire ici) - en mairie, ce lundi. Et c’est peu dire que le trio d'élus est sorti courroucé de cet entretien.

Des suggestions balayées d'un revers de main

« Il a présenté son PSE sans sourciller, tout en admettant que l’entreprise n’allait pas mal, encore moins le site d’Alès où l’activité va bien et les clients sont nombreux », embrayait Christophe Rivenq après la mise en contexte du premier édile. D’autant que le groupe, acquis par le fonds d’investissement LBO France il y a moins de trois ans, a bénéficié de plusieurs aides eu égard à la crise sanitaire, dont un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et un prêt garanti par l’État (PGE) estimé à 20 millions d’euros.

« L’entreprise a largement les moyens de courber l’échine au moins deux ans pour passer la crise », complétait le président d’Alès Agglomération. Avec l’accord des salariés concernés, ce dernier s’est présenté au rendez-vous face au PDG du groupe avec des solutions alternatives dans sa mallette : « On lui a indiqué que si le principal souci c’était les charges de structure du site, c’est à dire le coût du loyer, nous étions prêts à étudier une potentielle réduction du périmètre de l’entreprise. Mais tout ça a été balayé d’un revers de main. »

Après plusieurs heures de délibérations, voyant que David Arragon camperait sur ses positions et qu’aucune alternative acceptable ne pouvait être trouvée, Max Roustan mettait fin à la réunion. Dans la foulée, Christophe Rivenq contactait les cabinets ministériels par téléphone, avant de finir par tomber sur Philippe Englebert, conseiller économique du président de la République, qui s’est montré « excessivement surpris. »

L'appel à l'aide au Premier ministre

Parce qu’il a vu que le Gouvernement était capable de prendre des positions fermes en s’opposant il y a quelques jours à la vente du groupe Carrefour à une enseigne canadienne, le premier adjoint a également adressé un courrier au Premier ministre, Jean Castex. Après avoir indiqué que l’opération de fermeture en cours n’est qu’« une opération financière » matérialisée par « une délocalisation des emplois ayant pour but d’économiser un peu moins de 3 millions d’euros », Christophe Rivenq invite le Premier ministre à « s’opposer fermement à ce PSE et de contraindre l’entreprise à maintenir le site alésien. »

Jalil Benabdillah, par ailleurs président du groupe SDTech, a lui « le sentiment que ce plan a été rédigé depuis longtemps » et que la direction « a juste attendu le bon timing, celui du creux de la crise covid » pour l’enclencher. Et d’ajouter, après avoir rappelé que la moyenne d’âge des salariés concernés par le PSE était de 52 ans : « Ce genre de comportement n’honore pas les chefs d’entreprises. C'est inadmissible ! »

Assurant avoir le soutien de tous les élus locaux, dont celui des députés que sont Annie Chapelier et Olivier Gaillard, en passant par la présidente de la région Occtianie, Carole Delga, le trio n’entend pas laisser la direction de Crouzet s’en tirer à si bon compte. « Si le plan est vraiment mis en place, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que les retombées économiques de Crouzet soient amoindries. Il est inacceptable de donner des marchés à une entreprise qui réduit l’emploi pour augmenter les dividendes de ses actionnaires », martelait le président d’Alès Agglo, aussitôt rejoint par son premier vice-président : « Il y a de la mémoire chez les élus et elle devra s’exercer en temps voulu. »

Corentin Migoule

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