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NÎMES Des conversations très imagées

Le Carré d'art avec en premier plan la Maison carrée (Photo Anthony Maurin).

Jusqu'au 19 septembre dans la galerie de l'Atrium de Carré d'Art.

(Photo Anthony Maurin)

Dans « Conversations avec Muybridge », Michel Glaize offre une interprétation contemporaine de la série « Animal Locomotion » produite par Eadweard Muybridge de 1872 à 1885, et surtout de l’expérience intime du triangle modèle-auteur-spectateur au sein de cette série de décomposition de mouvements.

Michel Glaize est un photographe, vidéographe, artiste numérique, comédien et danseur de tango qui vit à Nîmes. Il propose une installation pluridisciplinaire et interactive qui invite le public à une expérience tangible de complicité avec le célèbre photographe britannique, après en avoir rappelé la place singulière dans l’histoire de la photographie. Chaque spectateur, sollicité individuellement, est amené à prendre la place du photographe comme celle de son modèle. Il ne s’agit pas ici d’interpréter ce geste comme précurseur du cinéma, mais au contraire d’interroger le paradoxe de la seule déconstruction du mouvement. L’artiste a voulu projeter le spectateur dans l’étrangeté de cette expérience qui tenait déjà de l’installation, quelque part entre le jeu, l’implication physique et la joie de la découverte.

Michel Glaize est né le 21 novembre 1957 à Tours. Sa pratique des arts numériques n’est pas une fin en soi car elle sert un propos et une médiation à la fois critique et poétique, tout en privilégiant, à travers ses installations interactives, un contact direct avec les publics. Si son média favori reste la vidéo et le vidéo-mapping, c’est autour de la danse et surtout de la photographie (et dans l’édition également) que Michel Glaize a fait ses premiers pas, avant de s’intéresser à la production de spectacles vivants mêlant les arts de la scène à ceux du cirque. C’est avec deux développeurs, Olivier et Rémy Sarrailh, que Michel Glaize a conçu et réalisé cette installation immersive autour de l’œuvre de Muybridge.

(Photo Anthony Maurin).

Eadweard Muybridge (1830-1904) était quant à lui un photographe britannique célèbre pour ses séries de modèles humains et animaux, publiés sous le titre Animal Locomotion en 1887. Il commence sa carrière de photographe lorsqu’il émigre aux Etats-Unis en 1867 et devient rapidement un spécialiste remarqué de la photographie de paysages par ses clichés pris en Alaska et au Guatemala. Au début des années 1870, la technique du collodion humide reste complexe. Les clichés qu’il rapporte de son aventure photographique lui valent la célébrité.

(Photo Anthony Maurin).

Il est alors contacté par Stanford, gouverneur de Californie, qui souhaite démontrer avec l’aide de la photographie les conclusions du physiologiste français Etienne-Jules Marey sur le galop du cheval. Le dispositif qu’il crée alors marque l’histoire de la photographie, qui retient Muybridge comme un précurseur de la décomposition du mouvement. La chronophotographie est un véritable défi technique, puisqu’il s’agit de parvenir à saisir des clichés successifs à quelques millièmes de secondes d’écart, à l’aide de plusieurs appareils (Muybridge en dispose jusqu’à 24 !) à une époque où les chambres photographiques sont équipées de plaques de verre.

Stanford ayant publié ses travaux photographiques sans même le citer en couverture, Muybridge rompt avec l’université et rejoint l’université de Pennsylvanie. Il produit alors des centaines de séries photographiques déclinées avec des modèles aussi divers que des lévriers, éléphants, bisons, mais aussi hommes, femmes, enfants, nus ou habillés, avec ou sans accessoires.

L’exposition Conversations avec Muybridge à Carrée d’Art (Photo Anthony Maurin)

L’œuvre d’Eadweard Muybridge ne se résume pas à celle du scientifique spécialiste de la technique photographique de décomposition du mouvement comme peuvent le suggérer ses travaux au premier abord mais exprime, bien au-delà, un regard artistique singulier, éminemment novateur. Composé au total de 11 volumes rassemblant près de 100 000 clichés, Animal Locomotion révèle un art de la narration et de la mise en scène, un regard décalé sur son sujet, non seulement pour en décomposer le mouvement, mais aussi (surtout ?) pour en percer le mystère, dans toute son animalité ou son humanité. Qui se cache dans ce mouvement ? semble nous dire Eadweard Muybridge lorsqu’on examine attentivement ses clichés.

À son tour, l’installation artistique de Michel Glaize se visite comme une interrogation lancée à l’œuvre de Muybridge tout autant qu’au visiteur d’aujourd’hui, invité à s’immerger dans un dispositif photographique innovant et ainsi à renouveler, lui aussi, son propre regard.

(Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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