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ALÈS Michel Bouquet, ex-directeur de La Clède : « Le travail social n’est pas considéré à la hauteur du service qu’il rend »

Michel Bouquet (à gauche) et son successeur, Nicolas Ferran, à l’occasion du départ à la retraite du premier nommé. (Photo Corentin Migoule)

Travailleur social à La Clède dès 1990, puis directeur-adjoint, avant d’en devenir le directeur en 2008, Michel Bouquet vient de rendre son tablier il y a quelques jours pour prendre une retraite bien méritée. Le 17 décembre dernier, pour son ultime journée à la tête de l’association alésienne née en 1978 et spécialisée dans l’accueil, l’accompagnement et l’insertion des publics vulnérables, le sexagénaire (62 ans) s’est livré à Objectif Gard, tandis qu’une partie de ses équipes s’apprêtait à lui rendre hommage. 

Objectif Gard : Comment s’est opéré le processus de recrutement pour trouver votre successeur à la tête de La Clède ?

Michel Bouquet : Avec le conseil d’administration, la réflexion sur mon remplacement s’est enclenchée il y a plus de deux ans. On a mené des entretiens individuels avec tous les directeurs-adjoints de l’association. C’était la moindre des choses de les solliciter pour connaître leur volonté. Après ça, comme aucun d’entre eux n’a souhaité monter en grade, l’idée d’un recrutement extérieur est arrivée pendant le premier confinement, au printemps 2020. Nicolas Ferran (∗) a candidaté et a rapidement été présenté au conseil d’administration au complet. On n’a pas eu besoin d’avoir recours à un appel à candidature car les planètes se sont alignées. Ça a matché d’emblée !

Pour quelles raisons Nicolas Ferran présentait-il le profil idoine pour vous succéder ?

D’abord c’est quelqu’un qui connaît le contexte politique gardois de par ses anciennes fonctions. C’est aussi quelqu’un qui a une expérience du côté de l’éducation populaire, correspondant en grande partie à la manière de travailler de l’association. Il a une approche un peu décalée qui pourrait permettre à l’association de ne pas suivre une stratégie tout à fait classique. Et puis il y a le fait qu’il ait décidé volontairement – s’il était retenu – de venir travailler sur Alès. Car on est certes à la porte des Cévennes, mais on est aussi éloignés des grands centres de décision, ce qui peut en dissuader certains.

Entre vous, le tuilage a duré près d’un an. En quoi a-t-il consisté de manière concrète ?

L’idée c’était de transmettre ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Qu’il s’agisse des valeurs de l’association, du mode de management, de l’intérêt pour l’innovation, et le positionnement de l’association dans ce territoire comme un acteur majeur de la solidarité. Ce qui ne veut pas dire que Nicolas devra tout reproduire à l’identique. Le nouveau directeur a juste les cartes en main pour animer ses équipes, développer la structure à l’heure où de gros dispositifs arrivent sur le département. Aujourd’hui, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice pour faire évoluer l’association. C’est l’un de nos points cardinaux. Au cours de l’année écoulée, Nicolas a aussi pris le temps de suivre une formation un peu plus pointue sur les aspects budgétaires, tout en faisant la connaissance des équipes.

De quelle manière peut-on considérer que vous avez contribué à faire grandir l’association La Clède ?

Je suis arrivé en 1990 à un moment important pour l’association qui venait tout juste d’intégrer l’insertion par l’activité économique. On était 6 ou 7 salariés à l’époque, une trentaine en 2018, et aujourd’hui on est près de 120 salariés et on compte pratiquement 40 personnes en insertion. C’est malgré tout une association qui reste à taille humaine. On ne s’est pas développé pour le plaisir de se développer. On s’est développé pour répondre à des besoins en s’alliant de manière non contrainte avec d’autres associations. Sur les trois dernières années, on a mis l’accent sur la prise en charge des auteurs de violences. On est en train d’effectuer un travail d’analyse avec l’aide d’un chercheur québécois pour démontrer la pertinence de notre dispositif. L’idée étant de limiter la récidive par le biais de stages assez poussés. C’est en ce sens là que l’association revêt une assise qui lui permet d’être un acteur incontournable.

Quel est à vos yeux votre plus bel accomplissement à la tête de La Clède ?

C’est difficile de n’en faire ressortir qu’un. Il y a évidemment tout le travail accompli en faveur de l’accueil des migrants qui s’est intensifié depuis. Mais il est à la même hauteur que le travail sur la parentalité, la santé, le développement de la ressourcerie qui est devenue un vrai pôle d’insertion par l’activité économique, ou encore la prise en charge des auteurs de violences. Je me suis passionné pour chaque dispositif !

Que va-t-il rester de la « patte » Michel Bouquet à La Clède ?

Ce que j’ai essayé de transmettre, c’est cet engagement associatif et citoyen, même si j’étais salarié. Il faut continuer à accompagner les personnes vulnérables, tout en gardant à l’esprit que la vulnérabilité a changé de visage depuis mon arrivée. La société a muté et il a fallu s’adapter. La solidarité ne se joue pas qu’avec les personnes vulnérables. Elle se joue aussi avec les collègues qui sont partie prenante de l’enjeu fort qu’est aujourd’hui la lutte contre l’exclusion.

Quels ont été les impacts de la pandémie sur les activités de La Clède ?

Ça nous a donné beaucoup plus de travail. Lors du premier confinement, on a été un peu sidérés comme tout le monde. Mais au bout de quinze jours, on a rouvert tous nos services. Tous les intervenants ont tourné sur les différents services pour en assurer le fonctionnement. Dans le même temps, on a ouvert une quinzaine de places pour accueillir davantage de victimes de violences, et on a déplacé notre accueil de jour (lire ici). Plus récemment, on a aussi pris notre part dans la campagne de vaccination en partenariat avec un organisme qui vient directement à La Clède pour vacciner les personnes que l’on accompagne. À la ressourcerie, on a réorganisé nos ateliers tout en répondant aux exigences de retour à l’emploi et à la formation. Par exemple en 2020, on a employé 80 salariés sur les ateliers. Aujourd’hui, 40% d’entre eux ont fait l’objet d’une sortie « positive », c’est à dire qu’ils ont retrouvé un travail ou accédé à une formation.

Dans le même temps, la précarité s’est accentuée, notamment chez les jeunes…

En 2010, les jeunes âgés de 18 à 25 ans représentaient environ 12% des effectifs dans les dispositifs d’hébergement. Aujourd’hui, c’est de l’ordre de 30%, soit près d’un tiers. Il y a beaucoup de nouveaux précaires, à cause de ce qu’on appelle « l’effet de déclassement ». Il y a aussi les fameux « invisibles » que l’on ne parvient ni à capter, ni à quantifier. Ils sont sortis des radars des dispositifs d’accompagnement. La pandémie a aussi mis en exergue la fracture numérique et de ce fait, la nécessité de garder le lien social en présentiel. On a eu beau développer pendant un temps le télétravail et le suivi téléphonique, ça ne remplacera jamais le contact direct.

En 2020, année marquée par des confinements, les services de police et de gendarmerie ont enregistré une hausse de 10 points de pourcentage des violences conjugales d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. Cette augmentation s’est-elle vérifiée localement ?

Il y a eu un temps en 2020, pendant trois à quatre mois juste après le premier confinement, durant lequel le secteur alésien semblait épargné. Et puis d’un coup, on a observé une hausse de l’ordre de 30 à 40% du nombre de femmes victimes de violences. Idem pour ce qui à trait aux violences intrafamiliales. Au-delà du nombre qui a augmenté, c’est aussi l’intensité des violences qui s’est accrue. On a donc réalisé beaucoup plus de mises à l’abri.

On devine l’émotion qui vous habite au moment de quitter votre bureau de directeur pour la dernière fois. Désormais retraité, comment envisagez-vous l’avenir ?

Je continuerai mon engagement en faveur de la lutte contre l’exclusion puisque je suis vice-président de la Fédération des acteurs de la solidarité de la région Occitanie, ce qui me permet de siéger au niveau national. J’ai aussi des activités à la Caisse d’allocations familiales (CAF). D’autre part, j’entends continuer d’œuvrer à la valorisation du travail social, car il n’est à mes yeux pas considéré à la hauteur du service qu’il rend. En bref, une retraite active parsemée de voyages m’attend (rires).

Propos recueillis par Corentin Migoule

 ∗ Auteur d’une thèse sur la démocratie participative à l’Université de Montpellier, avant de devenir tour à tour formateur à l’école de commerce Montpellier Business School, chargé de mission pour la région Occitanie au moment de la fusion en 2015 entre l’ex-région Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, puis collaborateur de cabinet l’ex-président du département du Gard, Denis Bouad, de 2016 à 2020, en tant que délégué à l’Action sociale et à la « politique de la ville », Nicolas Ferran, 36 ans, ne manque pas d’atouts pour assurer avec brio la succession de Michel Bouquet. « J’ai le souci de la transmission des valeurs de l’association« , précise celui qui dit avoir bénéficié d’un « vrai compagnonnage » au cours d’une période de tuilage longue d’une année. 

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