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LES PLANTIERS Fiona, épouse de Luc, assassiné dans sa scierie : « Il faut qu’il y ait une reconstitution ! »

Jonathan, nouvel employé de la scierie, et Fiona Teissonnière, qui en a repris la gérance. (Photo Yannick Pons)
Jonathan, nouvel employé de la scierie, et Fiona Teissonnière, qui en a repris la gérance. (Photo Yannick Pons)

Après avoir reçu la visite du maire des Plantiers, Bernard Mounier, et des représentants de l’État, ce mercredi matin, Fiona Teissonnière, épouse de Luc, assassiné le 11 mai 2021 dans sa scierie, s’est confiée à la presse. Neuf mois après le drame, celle qui a courageusement relancé l’entreprise familiale regrette la lenteur de la procédure judiciaire et déplore les confusions de certains journalistes.

Objectif Gard : Vous avez fait un choix courageux en relançant l’activité de la scierie en septembre dernier. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?

Fiona Teissonnière : C’était important pour moi d’au moins essayer. Ça m’aurait fait trop de peine de voir mourir cette scierie qui fêtera ses 30 ans cette année. Le papa de Luc lui avait acheté ce terrain pour ses 15 ans car il savait que c’était son rêve d’avoir une scierie. C’était son bébé. Il avait tout construit de ses mains et vouait sa vie à la scierie. C’était un passionné du bois ! On avait tout le matériel, les ouvriers, les clients, alors ça aurait été trop bête de ne pas le faire.

Le déclic, c’est aussi le fait que Jonathan, un ex-salarié de la scierie, ait voulu réintégrer l’entreprise symboliquement ?

Oui car sans Jonathan, juste avec Vincent (∗), ça aurait été très difficile. Je savais ce que Luc pensait de Jonathan et de quoi il était capable en matière de travail. Dès que j’ai eu l’aval du comptable, je n’ai pas hésité à l’embaucher.

Êtes-vous confiante pour l’avenir de la scierie ?

C’est plutôt bien parti même si le chiffre d’affaires a légèrement chuté. On a des commandes jusqu’en juin. Je suis confiante, mais je reste dans l’expectative car ce n’est pas mon vrai métier. Je suis préparatrice en pharmacie à Anduze et je me pose encore la question de savoir si je dois reprendre mon activité initiale ou m’occuper exclusivement de la scierie.

Après le double meurtre et malgré sa mise en détention, Valentin Marcone demeurait toujours salarié de la scierie Teissonnière au regard des statuts juridiques. L’officialisation de son licenciement a constitué un vrai soulagement ?

Les lois françaises sont ainsi faites que Valentin Marcone est resté salarié de la scierie pendant des mois (jusqu’à fin août 2021, Ndlr). Je continuais à payer sa mutuelle et sa déclaration Urssaf. Je voulais le licencier pour ne plus avoir à le faire, mais seul le patron, qui en l’occurrence est décédé, était en droit de le faire. Au terme d’une longue procédure administrative, j’ai été nommée dirigeante et j’ai pu enfin le licencier. Ça m’était très important même si ça m’a coûté de l’argent car j’ai payé un avocat et des huissiers pour lui apporter les papiers jusqu’à la prison. Je pense qu’après tout ça il aurait dû, de fait, ne plus faire partie de l’entreprise.

Avez-vous des nouvelles régulières des avancées de la procédure judiciaire ?

Très peu. J’ai su par la presse que Marcone avait été entendu récemment et que ça avait duré seulement une vingtaine de minutes. Vincent a eu son avocat ce matin, apparemment ça ne bouge pas, il n’y a rien de nouveau. La préfète a prévu d’en parler avec le procureur de la République dans les prochains jours. Il faut qu’il y ait une reconstitution avant le procès pour que le jury populaire des assises, composé de gens qui ont entendu beaucoup de bêtises dans la presse, puissent se faire une idée précise de comment ça s’est réellement passé. Même si avec le recul, j’ai toujours autant de mal à comprendre les motivations du tueur.

Quelles sont ces fameuses « bêtises » qui auraient été commises par certains journalistes ?

Il y’a eu une confusion de la part de certains journalistes qui, parce que les proches des victimes étaient dans une phase durant laquelle ils n’étaient pas disposés à parler, sont allés s’en remettre à des témoignages de gens qui racontaient n’importe quoi. Au point que certains ont laissé entendre que Luc s’apprêtait à licencier Marcone peu avant la tuerie, ce qui est totalement faux !

Avez-vous des contacts avec les proches de Valentin Marcone qui, pour certains, habitent aux Plantiers ?

On est dans une toute petite vallée. On est donc tous inévitablement en lien les uns avec les autres. Je ne les croise pas tous les jours, mais presque. Jean-Paul, beau père du tueur, était dévasté. Il culpabilisait beaucoup. Je lui ai dit « Jean-Paul, ton gendre c’est ton gendre et toi c’est toi. Je sais ce que tu vaux. Tu n’as rien à te reprocher ! » En revanche, Blandine, la compagne, a souhaité venir me voir. Je n’ai pas voulu car je savais que je ne l’aurais pas reçue comme elle l’aurait souhaité. On se contente de se dire bonjour. Pareil avec Nadine, la belle-mère, qui était la nounou de mes enfants.

Propos recueillis par Corentin Migoule

(∗) Vincent, jeune employé de la scierie, « survivant » du drame.

 

 

 

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