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TRIBUNAL Elle lui ordonne de se déshabiller et le menace avec un couteau

(Photo d'illustration : Anthony Maurin)
(Photo d’illustration : Anthony Maurin)

Imposante dans son pull noir à fermeture éclair, Marie-Eve acquiesce vigoureusement de la tête, lorsque le président du tribunal, Jean-Pierre Bandiera, décrit comment les gendarmes l’ont interpellée, le 4 janvier 2021, alors qu’elle menaçait de tuer Loïc, son compagnon, avec un couteau de cuisine de 20 centimètres, à leur domicile de Saint-Nazaire, dans le Gard.

« Je vais te buter, je vais te saigner ! », hurle la trentenaire, alors que son ex-compagnon – logé chez le couple – appelle à l’aide les gendarmes. La dispute a éclaté car son nouveau compagnon, Loïc, parti chercher de l’argent chez un ami pour régler une dette de sa compagne, n’a pas répondu aux 148 appels de Marie-Eve pendant son absence. Heureusement, les gendarmes parviennent à la désarmer dès leur arrivée sur place.

« J’étais persuadée qu’il me cachait des choses… »

« Vous n’étiez ni ivre, ni sous l’emprise de stupéfiant. Alors pourquoi l’avez-vous menacé de mort, comme cela, pendant tout ce temps ? », s’interroge Jean-Pierre Bandiera. Après neuf mois de détention provisoire, Marie-Eve a retrouvé son calme. « Je n’avais pas vu le psychiatre ni pris mon traitement depuis quelques temps et je n’ai pas réussi à me contrôler. Mais je voulais simplement lui faire peur. Je ne serais jamais passée à l’acte », assure-t-elle.

Le juge veut comprendre. « C’est la jalousie qui vous a mis cet état ? », demande-t-il. La mère de quatre enfants – tous placés – s’explique. « J’étais tombée sur des messages sur son téléphone, et j’étais persuadée qu’il me cachait des choses… » Le magistrat s’étonne. « Vous pensiez que votre compagnon avait une relation homosexuelle avec cet ami de 70 ans, qui avait l’âge d’être son père ? » La prévenue semble réaliser l’incongruité de la situation. « C’est peut-être moi qui me suis trompée. C’est mon passé qui fait ça : j’ai tellement été trompée que je n’arrive pas à faire confiance », lâche-t-elle finalement.

« Vous aviez de l’emprise sur lui »

La trentenaire a en effet vécu un parcours particulièrement chaotique : violée par son père à 12 ans, elle commence à prendre du poids, tente de mettre plusieurs fois fin à ses jours, quitte l’école à 17 ans, puis enchaîne les relations violentes, les hospitalisations psychiatriques et les passages dans la rue. Le psychiatre décrit « une personnalité perturbée, de l’impulsivité et un sentiment de persécution. »

« La victime elle-même ne souhaite pas se constituer partie civile et atténue beaucoup le passage à l’acte de madame. Tous deux disent qu’elle ne lui aurait jamais fait de mal. Mais en réalité, personne n’en sait rien. C’est uniquement grâce à l’intervention des gendarmes qu’il ne s’est rien passé !, pointe la procureur, Véronique Compan. Ce qui m’inquiète, pour la tranquillité publique, c’est qu’elle s’est persuadée du scénario qu’elle s’est inventée toute seule. Vous aviez de l’emprise sur lui : vous exigez qu’il vous tienne informé au téléphone, vous l’appelez 148 fois en quelques heures, puis lorsqu’il arrive, vous lui demandez carrément qu’il se déshabille pour sentir son sexe et ses fesses, afin de vérifier qu’il n’a pas eu de relation sexuelle ! C’est extrêmement avilissant, mais il le fait ! »

« Son âme s’est envolée »

L’avocate de la mère de famille insiste sur le passé terrible de sa cliente. « Il y a 20 ans, jour pour jour, après des années d’attouchement, son père assouvit enfin son envie la plus profonde de violer sa fille. Et son âme s’est envolée ce jour-là, déclare Khadija Aoudia, solennellement. Où était la tranquillité publique quand elle était hospitalisée. Où était la tranquillité publique quand elle était baladée de foyer en foyer ? Elle ne présente aucun danger : elle connaît ses troubles de comportements à tel point que c’est elle qui prévient son hôte d’appeler les secours quand elle perd ses nerfs. Elle en a pris conscience et n’est jamais passée à l’acte depuis 20 ans, malgré les traumatismes et les trahisons qu’elle a vécus. Mettez un terme à ce marasme aujourd’hui. »

Le tribunal l’entend. Condamnée à 3 ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis, Marie-Eve pourra sorti rapidement pour aménager le reste de sa peine. Mais elle devra suivre des soins psychiatriques et ne plus rentrer en contact avec Loïc.

Pierre Havez

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