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FAIT DU SOIR Éloy-Vincent, l’observateur de l’instant, le marqueur de son temps

L'exposition à voir au Musée des Beaux-arts de Nîmes jusqu'au 2à mars (Photo Anthony Maurin).
Quelques toiles réputées d’Éloy-Vincent (Photo Anthony Maurin).

Rien ne prédisposait Louis Albert Vincent dit Albert Éloy-Vincent à devenir conservateur du musée des Beaux-arts de Nîmes pendant 25 ans. Une exposition lui rend actuellement hommage.

Bon, il est natif de Montpellier et en plus il est journaliste. Autant dire que la route allait s’annoncer longue pour lui quand il est arrivé à la tête du musée des Beaux-arts de Nîmes. C’est lui qui, après avoir été professeur dans ce même musée, va créer l’école antique de Nîmes. Un vrai personnage culturel local et un peintre abouti que l’on redécouvre avec plaisir.

Le premier des plaisirs est déjà d’entrer dans ce magnifique musée des Beaux-arts. Un musée qui n’a pas la notoriété qu’il pourrait prétendre. Dommage, mais quoi qu’il en soit, son exposition temporaire est une petite merveille de vérité prise sur le vif.

Le majestueux musée des Beaux-arts érigé en 1907 et dont l’architecte n’est autre que Max Raphel (Photo Anthony Maurin).

Albert Vincent Éloi, qui signa ses œuvres littéraires et graphiques Éloy-Vincent, est bien né à Montpellier en 1868 mais il est mort à Nimes en 1945. Figure un poil oubliée par n os contemporain, il est bon de se remémorer les apports du monsieur à la vie de la cité. Écrivain, poète, peintre, dessinateur, caricaturiste, il est l’auteur d’une œuvre considérable. Membre de l’Académie de Nîmes, il anima de façon constante la vie intellectuelle nîmoise entre les deux guerres.

Enfant il est curieux, flâneur, avide de sensations, de couleurs. Un rouge et un gris quelques rayures pour les unir avec un jaune éteint et léger à côté d’un noir profond et chaud…  C’est son papa qui l’inscrit aux cours du soir de l’école des Beaux-arts. Le garçon jouait de la guitare et avait même pour pseudonyme le nom de « Wass Waser. »

L’exposition à voir au Musée des Beaux-arts de Nîmes jusqu’au 2à mars (Photo Anthony Maurin).

À la sortie de l’école des Beaux-arts, il cherche sans succès du travail à Paris, et finit par revenir à Montpellier. Sur son séjour de cinq ans les spécialistes n’ont que de rares indications. À l’école des Beaux-arts de Paris il suit des cours à l’atelier de Cabanel où il se fait des amis qui lui seront utiles plus tard comme le caricaturiste Willette ou Abel Faivre. Elov-Vincent se révèle comme un observateur de l’instant, sachant croquer par le dessin ou l’aquarelle des portraits, des paysages ou des petites scènes. Dans les cafés parisiens qu’il fréquente, il a rencontré le poète Verlaine.

Ses techniques sont multiples mais ses créations sont uniques (Photo Anthony Maurin).

En 1890 il rencontre Paul Valéry et Pierre Loüys mais les premières tentatives d’Éloy-Vincent pour se faire une place dans le milieu artistique parisien se traduisent par un échec. Il devient rédacteur en chef du Midi mondain, artistique et littéraire, dont il écrit une grande partie du carnet mondain : naissances, mariages, festivités, réceptions. théâtre, expositions, musique, sports, médecine, et tauromachie, et qu’il illustre.

Éloy-Vincent croque le quotidien, l’instant présent, le vif du sujet (Photo Anthony Maurin).

Au cours de ces années parisiennes, Éloy-Vincent a fondé une famille en se mariant en 1902 à Alès avec Jeanne, dont les témoins sont Alcide Blavet, négociant et conseiller municipal alésien, et Frédéric Desmons, sénateur du Gard et haut dignitaire franc-maçon. Éloy-Vincent est en 1911 à la loge Le réveil cévenol dont il demeurera membre jusqu’en 1925. Par son mariage et ces relations il s’introduit plus étroitement dans le milieu alésien.

En 1930, les grenouilles qui veulent un roi (Photo Anthony Maurin).

La guerre est pour lui l’occasion de s’impliquer encore plus profondément dans la vie de la cité. Il a quarante-cinq ans à la veille de la guerre, et n’étant plus mobilisable, c’est comme citoyen très actif qu’il participe à la défense nationale.

Dès avant la fin de la guerre, Éloy-Vincent connaît un tournant important dans sa carrière puisque le 2 octobre 1917, un arrêté municipal le nomme directeur de l’école municipale des Beaux-arts de Nîmes. Le poste impliquait aussi le professorat, et à Nîmes, cette fonction était associée à celle de conservateur du musée de Peinture et de Sculpture.

C’est lui qui a créé l’école antique de Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Éloy-Vincent assurait les cours d’après l’antique et d’après le modèle vivant, et aussi les cours d’histoire des arts, les seuls qui étaient mixtes. En même temps que cette activité, il assura la direction du musée ( à l’époque en bon rang parmi les grands musées provinciaux). Installé dans un bel édifice achevé en 1907 sur les plans de l’architecte Max Raphel, le musée ne figurait pas parmi les préoccupations premières de la municipalité. Comme quoi… Ça ne date pas d’hier !

La collection du musée, pourtant assez riche, s’accroissait surtout par des dons. Qui d’autre ? Une centaine d’œuvres de Foujita, Zuloaga, Auguste Chabaud, Henri Rousseau, Paul-Albert Laurens, Louis Valtat, Jean-Louis Forain (1852-1931), Léon Willette (1857-1926), Alexandre Steinlen (1859-1923), Jean Veber (1864-1928), Abel Faivre (1867-1945).

L’enfance d’Éloy-Vincent s’est déroulée à Montpellier, sa vie de jeune adulte entre Paris et Alès et le reste… à Nîmes  (Photo Anthony Maurin).

Les cent-trente-six œuvres sont alors exposées au musée dans une « salle Bouzanquet », et le donateur (monsieur Bouzanquet himself) nommé en remerciement, « adjoint au conservateur ». La publication de 1926 Nîmes la Rome française et le Gard pittoresque, permet à Éloy-Vincent de donner un regard moderne assez juste de la collection nîmoise, mais ce n’est qu’en 1940 qu’il finalisera le cataloque complet des collections.

Un vrai travail de fonds pour documenter le début du XXI siècle (Photo Anthony Maurin).

L’abondance de textes publiés par Éloy-Vincent nous permet de percevoir quelles étaient ses idées à cette époque. Au premier rang de celles-ci, un refus assez catégorique du monde technique contemporain, il regrettait le temps lent, calme, silencieux et familier, celui des « temps antiques » qu’il avait connu dans sa jeunesse. Un livre l’exprime, écrit entre mai et octobre 1924 et publié en 1926, qui est aussi un des plus beaux qu’on ait écrit sur Nîmes : Le Lézard sur la pierre antique. Horizons et Visages. Ce livre est dédié à sa femme, âme du jardin clos, d’un jardin de la rue de la Garrique, quartier de la Croix-de-fer où il habitait.

Des instants de vie publique figés dans le temps (Photo Anthony Maurin).

Cet hommage vibrant envers Nîmes qu’on pourrait intituler « Nîmes vécue » se situait aux antipodes de toute description touristique car Éloy-Vincent décrivait Nîmes non pas en soi, mais telle qu’il la ressentait, la vivait et, en même temps que son approche personnelle, il livrait une sorte de testament intellectuel et sentimental, une méditation panthéiste sur l’existence. Le livre s’ouvre de façon inédite par une invocation propitiatoire à la terre, au soleil, au vent, car ceux-ci incarnaient l’univers dans lequel lui-même accomplissait son infime existence. Aux arbres aussi. Mais aussi la garrigue : « cette terre âpre et sèche à la fois la plus charitable et la plus magnifique des fées (…) c’est ma terre et je sens que je suis sien par les fibres de mon corps et par ma formation morale » qui est le mieux ressentie.

Jean Jaurès par Éloy-Vincent (Photo Anthony Maurin).

Le dynamisme d’Éloy-Vincent l’amène à multiplier les participations à la vie intellectuelle nîmoise dont il devient un personnage central. En 1917 il est donc admis à L’Académie de Nîmes, où il retrouve des érudits qui étaient déjà ses amis comme Henri Bauquier, ou le deviendront comme le numismate Edouard Bret et le commandant Espérandieu, savant archéologue.

Mais il est surtout à l’origine de deux initiatives, la création de la société félibréenne Nemausa
en 1919, et celle de l’École antique en 1920. Si les spécialistes ignorent encore l’évolution de ses sentiments politiques, son positionnement est celui d’un républicanisme bon teint, associé à quelques préoccupations sociales. Il demeure franc-maçon, mais passe au début de 1926, sans doute par commodité, de la loge alésienne à celle de Nîmes L’Écho du Grand Orient. Il en deviendra vénérable de 1926 à 1930, et à partir de 1933 sera membre du conseil de l’Ordre. Son amitié avec les édiles socialistes nîmois, notamment Hubert Rouger, confirme son positionnement dans cette mouvance.

Au premier plan, « La serre parlementaire » (Photo Anthony Maurin).

La seconde guerre mondiale devait assombrir les vieux jours d’Éloy-Vincent. Franc-maçon, il fut révoqué par le régime de Vichy et si, à la libération il retrouva son poste, ce fut pour décéder peu de temps après. L’époque encore troublée ne permit pas de donner à ce décès la notoriété qui aurait été légitime, et l’absence de descendants directs ne fut pas favorable à l’entretien de sa mémoire…

 

Textes de l’exposition par Raymond Huard, issus de Éloy-Vincent. Peintre, journaliste et écrivain
paru aux éditions de la Fenestrelle en 2019. Exposition à voir au Musée des Beaux-arts, rue de la Cite Foulc, 30 000 Nîmes. Tel : 04.66.76.71.82. 

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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