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FAIT DU SOIR Le tunnel bioclimatique, l’innovation d’une ingénieure gardoise pour l’agriculture de demain

Ariane Grisey est ingénieure, responsable de l'unité Environnement Énergie, au CTIFL, basé à Bellegarde. (photo CTIFL)

La Villeneuvoise, Ariane Grisey, présentera cette innovation ce mardi au concours Itainnov, avant la remise des prix au Salon de l'agriculture mercredi.

Ariane Grisey est ingénieure, responsable de l’unité Environnement Énergie, au CTIFL, basé à Bellegarde. (photo CTIFL)

Ce mardi, Ariane Grisey présentera son innovation à la 4e édition du concours Itainnov 2022, dont la remise des prix est prévue au salon de l’Agriculture. Originaire de Villeneuve-lez-Avignon, cette ingénieure va parler du tunnel bioclimatique qu’elle a imaginé au CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes frais), avec l’aide de différents partenaires.

Il s’agit d’un système ingénieux et vertueux capable de mieux protéger les cultures des aléas climatiques, des maladies et aussi de permettre aux agriculteurs d’économiser de l’énergie. Et ce en emmagasinant l’énergie solaire la journée pour la déstocker la nuit dans les serres.

Objectif Gard : Pouvez-vous vous présenter et retracer votre parcours professionnel ?

Ariane Grisey : J’ai toujours été à Villeneuve-lez-Avignon mis à part quand j’ai travaillé à Toulouse au début de ma carrière. J’ai fait des études en mécanique énergétique à Polytech Marseille. J’ai fait beaucoup de stages dans l’industrie puis j’ai travaillé dans l’aéronautique. Je suis tombée dans l’agriculture par le chauffage des serres. J’ai été recrutée au CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes frais) en 2003, qui est basé à Bellegarde. Je suis responsable de l’unité Environnement Énergie.

Comment avez-vous eu l’idée de ce tunnel bioclimatique ?

Cela faisait un moment qu’on travaillait sur l’effet de serre, mais sur des serres « high-tech ». Ça fait quatre ans maintenant que l’on regarde davantage les abris plus légers : les tunnels que l’on peut voir par chez nous. Il y en a 6 000 hectares en France de tunnels qui pourraient être équipés. C’est comme ça que je me suis intéressée à faire ce transfert de technologie des serres très perfectionnées à celles qui l’étaient moins.

Quelle solution avez-vous mis en place alors ?

Il s’agit d’un tunnel bioclimatique. On met des réservoirs, des bidons noirs pour bien capter l’énergie. Comme quand vous êtes dans une véranda la journée, cela va capter l’effet de serre. Le rayonnement entre et donc il fera plus chaud dans une véranda ou un tunnel que dehors. L’idée, c’est de stocker l’eau des réservoirs et la nuit, comme l’eau a chauffé, elle restitue sa chaleur quand il n’y a plus de rayonnement dehors. Pour bien garder la chaleur, il faut bien isoler l’abri. On peut avoir un gain de température jusqu’à 10 degrés. (…) Grâce à cela, on peut augmenter la température d’un abri sans avoir recours à des systèmes de chauffage. Et donc sans avoir recours à de l’énergie fossile. Le 8 avril, l’année dernière, il y a eu un gros épisode de gel. Ce genre d’événements peut ralentir la croissance des cultures. Alors avoir des solutions pour augmenter les températures dans ce cas-là est intéressant. Cette journée-là, dans nos serres, il faisait 10 degrés alors que dans les autres abris, il faisait 0 voire -1°C.

On parle beaucoup de dérèglement climatique en ce moment, avec des épisodes météorologiques plus violents et plus fréquents… Ce tunnel bioclimatique peut constituer une réponse à ces changements ?

Oui. S’il fait gris, vous êtes rarement en gelée. Souvent quand il fait très froid, vous avez une journée ensoleillée. Quand il fait ciel clair, la nuit est froide car il n’y a pas de couverture nuageuse qui fait écran. Mais vu qu’il y a du soleil la journée, vous avez pu stocker grâce à l’effet de serre.

La logique fonctionne en effet. Combien d’exploitations sont équipées aujourd’hui ?

Il y a une vingtaine de pépinières maraichères du côté de la région Sud qui ont profité d’un dispositif d’aide.

En plus d’être vertueux, ce système ne doit pas être si coûteux que cela ?

Non, on peut acheter des bidons d’occasion. Il faut entre 50 et 100L au mètre carré. Il faut du volume. Selon le nombre qu’on va mettre, on aura plus ou moins de degrés en plus dans la serre.

Vous avez mené des travaux en 2019-2020-2021 sur la fraise essentiellement. Quels sont les principaux bienfaits que vous avez observé sur les fruits ?

En fraises, on a vraiment eu un gain de précocité. Normalement les serres qui sont plantées en décembre sont chauffées. Nous, on ne l’était pas, on avait nos bidons. On arrivait plus tôt à maturité qu’un abri qui n’avait pas de système de stockage, et on avait que dix jours d’écart avec les serres chauffées. C’est hyper important sur la fraise car le prix des premières fraises peut vite s’envoler et une fois que toutes sont produites, ça redescend.

Et qu’en est-il de la qualité des fruits ? Du risque de maladie ?

On n’a pas observé de maladie. Au contraire, c’est mieux. Le fait d’avoir moins d’écart de température jour-nuit évite tout ce qui est maladie fongique. Quand il y a de la condensation, des gouttes d’eau sur les feuilles, sur les fruits, c’est là que des champignons peuvent se développer. Au niveau du goût, nos fraises étaient un peu plus sucrées, un peu plus acides. C’est encore lié à la température.

Des travaux ont été menés pendant plusieurs années sur les fraises pour tester ce système de tunnel bioclimatique. (photo CTIFL)

Qu’est-ce que cette innovation a permis d’autre ?

Alors on n’a pas de brevet car on met juste des bidons d’eau. On n’a pas été les premiers à le faire. Mais nos travaux ont permis d’établir une fiche dans le cadre des certificats d’économie d’énergie (CEE). Ça rentre dans le même dispositif que l’isolation à 1 € mais il y a des fiches qui existent pour l’agriculture. Et cette fiche que nous avons conçue va permettre d’aider les agriculteurs à se faire financer les réservoirs, les bidons d’eau.

Le concours Itainnov va aussi permettre de démocratiser le dispositif ?

Oui, chaque année, le concours demande aux instituts techniques agricoles quels travaux pourraient aider la filière. J’ai soumis le projet du tunnel bioclimatique et il a été nommé dans la catégorie « environnement-biodiversité-climat ». Les prix seront remis au Salon de l’agriculture. Je présente le projet ce mardi. On a monté un petit démonstrateur, quelques bidons pour montrer comment ça marche. On aura les résultats ce mercredi. Il y a aussi un vote du public cette année, les gens peuvent voter pour nous jusqu’à mardi minuit.

Quelle suite donner à ces travaux ?

On se posait la question de mener un projet un peu plus global de recherches sur une autre culture que les fraises (tomate, poivron, concombre…). L’idée serait d’instrumenter le pilotage, de mettre des sondes de température ou d’hydrométrie pour bien voir le climat, éviter les maladies… Ce serait un projet avec encore d’autres volets. (…) La connectivité qui est présente dans d’autres secteurs, arrive aussi dans l’agriculture. Avec le smartphone, on sait quelle température il fait dans l’abri, on peut intervenir plus vite. Les agriculteurs sont demandeurs de toutes ces informations pour traiter au bon moment et plus par anticipation.

Propos recueillis par Marie Meunier

Pour qu’Ariane Grisey et son équipe se voient attribuer le prix du public du concours Itainnov, vous pouvez voter en ligne en cliquant ici jusqu’à mardi minuit. 

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