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SAINT-JEAN-DU-GARD Au marché, avis tranchés ou voilés sur le projet de rachat d’une ferme par la Légion étrangère

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Dans les allées du marché, toutes sortes d’avis sur le projet de rachat dune ferme par la Légion étrangère (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Alors que deux militantes du collectif Vallées cévenoles démilitarisées informent et font signer une pétition contre le projet de rachat d’une ferme au pied du col Saint-Pierre par la Légion étrangère (relire ici), le marché de Saint-Jean-du-Gard, ce mardi matin, paraît bien loin du débat parfois tendu dont résonne la vallée. Pourtant, les avis y sont souvent tranchés et rarement publics. 

« On obtient pas mal de signatures, on discute beaucoup avec les gens, entame une membre active du collectif Vallées cévenoles démilitarisées qui tracte et fait signer la pétition opposée à la venue de l’armée, mais ne souhaite pas voir son nom figurer. Certains ne sont même pas au courant du projet, mais c’est très rare (relire ici). La plupart en a entendu parler mais certains pensent que ce sera juste une maison de repos. Puis, il y en a d’autres qui nous disent « je suis pour » et ne s’arrêtent pas pour discuter. »

Du haut de son grand âge, Maurice en a vu d’autres. Et ne souhaite pas voir de militaires dans la vallée. « Je suis contre tout type de projet, entame cet habitant de la Vallée Française. Parce que je n’aime pas tellement les légionnaires, par conviction anti-militariste. J’ai donné un an de ma vie à l’armée, ça m’a suffi. » Une dame, qui refuse de donner son prénom, clame elle aussi son opposition, après avoir confié qu’elle était de la marche de protestation du 8 mai. « J’ai vécu trois ans en Guyane et je sais ce que ça apporte les villes de garnisons, comme certains trafics ou bagarres dans les bars quand ils sortent. Je crois bien que les gens ne se rendent pas bien compte. »

« Mon souhait, que les anciens propriétaires parviennent à vendre »

« Si c’était pour faire un lieu de repos, il n’y aurait pas de problème, imagine Françoise. Moi, j’ai déjà signé la pétition contre leur venue parce que c’est un lieu de nature et je trouve qu’on esquinte déjà tellement la nature… » « Ils seront obligés de faire des manoeuvres dans la forêt, suppose Catherine. Or, déjà quand il y a des chasseurs le week-end, c’est la merde. Mais de toute façon, comme d’habitude, ce ne sera pas à nous de décider », se désole la Saint-Jeannaise. « Comme centre de repos, j’y étais favorable », poursuit une dame qui refuse de donner son prénom « car il n’y a que moi à Saint-Jean avec ce nom ». « Mais si ça devient un terrain d’entraînement, ce n’est plus pareil. Mon souhait, c’est surtout que les anciens propriétaires parviennent à vendre. J’ai vu la manifestation du 8 mai, je pense que le sujet pèse sur la vie du village. Mais je préfère ne pas me mêler de ça », conclut-elle dans un grand sourire.

« Native de Saint-Jean », Katia ne cherche pas à faire la distinction entre les projets évoqués. « On a entendu parler du projet, mais sans plus », concède la jeune femme qui dit aussi ne pas aborder le sujet régulièrement. « Je me dis que ce serait bien, que ça ferait vivre un peu le village et serait un plus pour les commerces. Et puis, ceux qui font les manifs, ils n’ont qu’à acheter le mas pour en faire quelque chose… » Côté commerces justement, on ne parle pas librement, pour ne pas braquer une partie de la clientèle, signe que le sujet est bien sensible. Pas un problème pour Pierre, de la brasserie Le Lodge. « Moi, je suis pour, y compris pour les entraînements en forêt, entame le cafetier. On a croisé les légionnaires à Saint-Jean, quand ils faisaient leurs exercices au mois de mars. Ce sont des gens comme les autres. Et puis, les trois quarts des gens qui sont contre ne sont pas d’ici. » Le son de cloche est identique dans un magasin historique de la Grand-Rue, qui préfère néanmoins rester anonyme. Le couple derrière la caisse se dit « pour à 300%. On a d’ailleurs signé la pétition en faveur. Leur présence peut amener un surcroît d’activité. On est en France, on parle de gens qui nous défendent et ont droit à un repos bien mérité. Dans les manifestations d’opposants, on retrouve des gens qui sont anti-tout. D’ailleurs, la moitié n’est pas de Saint-Jean… »

Avec un nom de famille comme Rossel, difficile, en revanche, de se tromper sur les origines locales de Cédric, propriétaire du village de gîtes du Ravel, sur la route de la Vallée Française, mais surtout du camping le Petit baigneur, au pied du col Saint-Pierre et à l’entrée de la vallée Borgne, à 700 mètres à vol d’oiseau de la ferme en cours d’acquisition par l’armée. Lui ne réclame pas d’anonymat. Car, selon lui, « la majorité des habitants s’en moque de ce qui va se passer. Comme moi : je ne suis ni pour ni contre. Ce qui veut dire que, s’ils viennent, ça ne me dérange absolument pas et je ne crois pas que mon camping va en pâtir. » C’est ce qui s’exprime dans une pétition mise en ligne (relire ici). Ce qui l’inquiète, ce serait plutôt « les affichages sauvages et les tags, qui ont un impact réel sur l’activité touristique » en pensant notamment au légionnaire dessiné, armes à la main, pour appeler à manifester le 8 mai vers le col Saint-Pierre. « Faire peur à tout le monde, ça fait fuir les touristes. » Et sur le fond, il peine à comprendre « qu’on soit contre les militaires. On ne peut pas leur interdire de venir et d’utiliser les sentiers. D’ailleurs, il n’y a rien de plus désagréable que de se retrouver face à un chemin forestier fermé… » Pour lui, s’il est normal de voir une frange de la population « revendicatrice », il l’assimile à « une minorité bruyante » face à « une majorité qui ne s’exprime pas ». « Vient qui veut à côté de chez moi. Et puis je n’aimerais pas, si je vends, que mes voisins se mettent en travers parce que je n’ai pas vendu à la bonne personne ».

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

Le collectif Vallées cévenoles démilitarisées organise un café-info sur le sujet, samedi 21 mai, de 10h à 12h, devant la tour de l’Horloge

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