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Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 30.09.2022 - marie-meunier - 4 min  - vu 470 fois

L'INTERVIEW Docteur Philippe Serayet : "On ne peut pas avoir d'internes sans maîtres de stage"

Philippe Serayet est médecin généraliste à la maison de santé pluriprofessionnelle Le Prisme à Remoulins. Il préside également le syndicat national des enseignants de médecine générale et la CPTS Regards. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Le Gouvernement veut instaurer une quatrième année d’internat de médecine générale. Il faudra donc bientôt 10 années d'études et non plus neuf pour devenir généraliste. Cette année dite "de consolidation" devra être effectuée dans des cabinets de médecins libéraux et prioritairement dans des zones sous-dotées en généralistes. Philippe Serayet, médecin à la maison de santé pluriprofessionnelle de Remoulins et président du syndicat national des enseignants de médecine générale, nous livre son avis sur cette réforme. 

Objectif Gard : Une 4e année aussi appelée "phase de consolidation" en médecine générale, c'est plutôt une bonne ou une mauvaise idée ?

Philippe Serayet : Après la réforme de 2017, toutes les disciplines ont été pourvues d'une année de consolidation, sauf la médecine générale. Alors qu'elle paraît nécessaire pour livrer à la société des médecins compétents. Souvent, cette phase de consolidation est demandée implicitement par les étudiants car au terme de la phase d'approfondissement, il y a quand même un grand nombre d'entre eux qui ne se sentent pas prêts à exercer. Et ce, malgré la réforme de 2017 qui a quand même augmenté le nombre de stages en ambulatoire. C'est ce qui explique aussi qu'il y a un sursaut d'installations en médecine générale ambulatoire en libéral. On sent un frémissement ces dernières années.

Pour confirmer ce frémissement, cette phase de consolidation en médecine générale serait donc la bienvenue, selon vous ?

Oui, elle serait vraiment professionnalisante. Mais pour mettre en place cette phase de consolidation, il faut qu'on en ait les moyens. Qu'ils soient humains ou financiers. Les moyens humains passent par le recrutement et la formation continue des maîtres de stage (qui encadrent obligatoirement les internes, ndlr). Il faut qu'on continue à nous soutenir pour avoir accès à la formation continue hors quota, sans être limités par un nombre d'heures. Nous, enseignants de médecine générale et maîtres de stage d'université, on est formés au fil de l'eau lors de journées dédiées. Bloquer le DPC (Développement professionnel continu) pour les maîtres de stage sous-entend qu'on intensifie les déserts médicaux. Parce qu'on ne peut pas imaginer des internes lâchés seuls, sans maître de stage, même s'ils ont fait huit ans de formation. Ils sont près du but mais ils sont toujours en formation.

Augmenter le nombre de maîtres de stage et donc de terrains de stage est donc une des clés de réussite de cette réforme ?

Oui, déjà en moins de 10 ans, on est passé de 3 000 à 12 000 maîtres de stage au niveau national. On continue, on intensifie leur formation pour augmenter le nombre de maîtres de stage et leur qualité. Je le répète, on ne peut pas avoir d'internes sans maîtres de stage. S'ils ne sont pas encadrés, ils ne l'accepteront pas et auront raison. On veut leur offrir un cadre suffisamment sécurisant pour être prêts à exercer à la fin de leur formation. Le ministère va donc devoir prendre des décisions.

Comment inciter les médecins à devenir maîtres de stage ? Cela doit représenter une charge de travail supplémentaire tout de même ?

Pourquoi ne pas offrir des avantages fiscaux aux médecins des zones sous-denses pour qu'ils deviennent maîtres de stage, par exemple ? Alors oui, ça rajoute une charge de travail mais ça ouvre aussi l'esprit. Moi-même, je suis maître de stage depuis 2003. Et c'est aussi parce que je suis engagé dans la maîtrise de stage depuis vingt ans qu'aujourd'hui à Remoulins, on a sept médecins dans les locaux. La maison de santé n'est pas tombée du ciel. Pour attirer ces médecins, il fallait un cadre d'exercice qui leur convienne, c'est ce qu'on a réussi à faire ici. Il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas ailleurs. Seulement, ça ne se décrète pas en six mois.

L'un des arguments avancés pour cette réforme serait d'envoyer les internes prioritairement dans des déserts médicaux. Ne risquent-ils pas de servir à combler les manques de médecins ?

Bien sûr que les pouvoirs publics veulent profiter de cette phase de consolidation pour essayer de mieux couvrir le territoire. On saura leur dire : "Attention, on n'envoie pas de la chair à canon dans les zones sous-denses". Nos jeunes, on veut les protéger et on le fera. Mais on peut se servir de cette phase de consolidation pour les ancrer dans les territoires. Même s'ils n'exercent pas là où ils effectuent cette année, ça peut lever des freins à l'installation.

Y a-t-il beaucoup de maîtres de stage dans le Gard ?

On a un tissu de maîtres de stage dense. On couvre quasiment tout le territoire sauf quelques trous dans la raquette comme Beaucaire ou Bagnols-sur-Cèze. On a des candidats maîtres de stage qui vont commencer à être formés en octobre. Vous voyez, vous pouvez faire une corrélation entre les territoires les plus en difficulté sur la démographie médicale et là où il n'y a quasiment pas de maîtres de stage. Il faut que les médecins installés là-bas, les élus locaux le comprennent : les internes iront seulement sur les territoires où il y aura des maîtres de stage. Il faut aussi densifier le réseau d'universitaires car c'est eux qui forment les maîtres de stage.

Vous pensez que cette réforme va permettre de résoudre cette problématique de déserts médicaux ?

C'est la seule solution pour construire quelque chose de solide. [...] Ce n'est pas le seul dispositif, il y a aussi la redéfinition de la délégation de tâches par exemple. On va continuer à faire des choses pour garantir un meilleur suivi médical à la population. Mais on paie aujourd'hui une défaillance profonde de nos gouvernants depuis trente ans. À l'échelle de notre CPTS (Communauté professionnelle territoriale de santé) (qui s'étend au nord et au nord-est de Nîmes, ndlr) 25% des généralistes vont partir à la retraite ces deux prochaines années. La course contre la montre des nouvelles installations est lancée depuis longtemps.

Propos recueillis par Marie Meunier

Marie Meunier

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