Publié il y a 1 h - Mise à jour le 13.03.2026 - Rose Macauley - 4 min  - vu 203 fois

AU PALAIS Mort d’une salariée de la SNCF : l’homme qui l’a percutée écope de 8 ans ferme

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Jugé devant le tribunal correctionnel de Nîmes, les trois prévenus ont été condamnés à du ferme.

- R.M.

Homicide involontaire et non-assistance à personne en danger : trois prévenus comparaissaient ce jeudi suite au décès de Nadège, mère de deux enfants, à l’automne 2023.

« Notre vie a été détruite ce matin-là. Aujourd’hui, on est plus que trois et on se bat au quotidien », prononce le veuf de Nadège, l’employée de la SNCF décédée le 23 septembre 2023, après un tragique accident de la route. Ce matin-là, peu après 5h, la mère de famille rentrait de son service de nuit, avec sa trottinette toute neuve, acquise par son compagnon près de deux semaines auparavant. « On l’a achetée pour économiser de l’essence », explique le père de famille. Inquiet de ne pas voir sa compagne regagner le domicile familial, il a fait la route inverse avec son véhicule. « Il comprend très vite quand il voit les gyrophares », décrit maître Béatrice Lobier-Tupin, avocate des parties civiles. C’est là qu’il a découvert sa femme, entourée des services de secours, qui n’ont pas tardé à lui annoncer son décès.

Cette nuit-là, deux hommes et une femme sortent d’une soirée arrosée à Garons. Sous l’emprise de stupéfiants, tous se sont engouffrés dans deux véhicules à destination de l’épicerie Vincent-Faïta, à Nîmes. « J’avais plus de cigarettes », explique Sofian, le conducteur de la Clio à l’origine de l’accident. C’est au niveau de la route d’Avignon que le choc a eu lieu. Selon l’expertise en accidentologie, la Renault Clio aurait percuté la trottinette de Nadège à 80 km/h, dans une portion limitée à 50. « Elle n’avait aucune chance », souligne Frédéric Kocher, procureur de la République.

Un vulgaire pare-choc

Ce jeudi 12 mars 2026, les trois prévenus comparaissaient libres devant le tribunal correctionnel de Nîmes, présidé par Jérôme Reynes. L’un d’eux pour homicide involontaire, les deux autres pour non-assistance à personne en danger. Le conducteur de la Clio ne s’est finalement jamais rendu à l’épicerie. Après le choc, il a fui, tournant immédiatement à gauche. Ce n’est que plusieurs heures plus tard qu’il s’est dénoncé auprès des services de police. Une fois placés en garde à vue, les trois jeunes évoquent avoir confondu le corps de la mère de famille avec un pare-choc. « Vous avez déjà vu un pare-choc avec un gilet jaune ? », interroge le président à l’audience.

Distancés d’une petite centaine de mètres par le véhicule de tête, Zakaria et Rahma avouent avoir perçu que quelque chose ne s’était pas passé comme prévu. « On pensait qu’il avait touché un trottoir ou un poteau », expliquent-ils aux enquêteurs après avoir décrit l’écart effectué par leur partenaire de soirée. Une version contestable une fois la téléphonique de Zakaria exploitée. Il a émis un appel envers les services de secours avant de raccrocher. Pour s’expliquer, il évoque ne plus avoir de batterie. Pourtant, il a appelé Sofiane trois minutes plus tard.

« Le choc des deux mondes »

« Nadège continuera à vivre dans leur cœur », sourit maître Béatrice Lobier-Lupin, faisant référence aux nombreux membres de la famille de la victime, présents à l’audience, les larmes aux yeux. Revenant sur le moment de l’accident, l’avocate fait état d’un « choc des deux mondes », entre Nadège, sortant de sa nuit de travail, et les trois prévenus, poursuivant leur nuit d’excès. Rendant hommage à la mère de famille, maître Anaïs Lopes a cité sa dernière publication sur les réseaux sociaux : un spot de sensibilisation à la sécurité routière. « Sans le savoir, elle va publier ses adieux », souligne-t-elle.

Se tenant debout, face au tribunal, les trois prévenus ont la tête baissée, dans l’attente de la condamnation qu’ils savent imminente. D’autant qu’ils sont tous les trois connus de la justice. Sofiane, au volant de la Clio, a notamment été condamné pour usage de stupéfiants. Rahma, conductrice de la Peugeot 207, a été condamnée pour des faits de vol aggravé et d’escroqueries. Zakaria, passager de ce second véhicule, dispose d’une mention pour violence en réunion sur son casier judiciaire. « Il n’a jamais fait parler de lui depuis », explique maître Anouck Gasnot, soulignant que cette peine a été prononcée il y a 10 ans, par un tribunal pour enfants.

« Il n’est pas responsable »

À l’issue de son réquisitoire, Frédéric Kocher, procureur de la République, a demandé 6 ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt pour le conducteur de la Renault Clio à l’origine directe de l’accident qui a coûté la vie à Nadège. Concernant Rahma et Zakaria, le ministère public a requis 12 mois d’emprisonnement, également assortis d’un mandat de dépôt. « Il n’est pas responsable de l’accident », plaide maître Anouck Gasnot, intervenant aux intérêts de Zakaria, avant de demander une relaxe pour cet homme qui n’a pas pris conscience du rôle qu’il a à jouer en ce 23 septembre 2023, à l’aube.

« Si on fait un massage cardiaque à quelqu’un, c’est qu’il est mort », lance maître Carmelo Vialette, intervenant pour Rahma. Par sa plaidoirie, son conseil a tenté de démontrer que l’inaction de sa cliente et de Zakaria n’a pas eu de conséquence sur les chances de survie de Nadège.
Face au quantum demandé, maître Louis Dolez, avocat du barreau de Montpellier et intervenant pour la défense de Sofiane, appelle à « rester juste, même au cœur du drame », allant jusqu’à demander une peine mixte, avec la partie ferme aménagée sous la forme d’un bracelet électronique.

Un retour en détention

Après s’être retiré pour délibérer, le tribunal a déclaré les trois prévenus coupables des faits reprochés. Sofiane, le conducteur a été condamné à 8 ans d'emprisonnement avec mandat d'arrêt, le jeune homme ayant quitté l'audience pendant le délibéré. Zakaria et Rahma, eux, ont été condamnés à deux ans d'emprisonnement, avec mandat de dépôt. Le tribunal a accueilli les constitutions de parties civiles des 18 membres de la famille de la victime et de la Caisse de prévention et de retraite du personnel ferroviaire. Pour permettre l'évaluation du préjudice, l'affaire est renvoyée sur intérêts civils à l'audience du 9 septembre 2026. Ayant déjà passé quatre mois en détention provisoire, les trois prévenus vont devoir effectuer le restant derrière les barreaux.

Une condamnation qui n’enlève rien à la douleur des proches de Nadège, que ses nièces aiment appeler « Tata nougat », en référence à Montélimar, sa ville d’origine.

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