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Publié il y a 8 ans - Mise à jour le 16.10.2014 - baptiste-manzinali - 4 min  - vu 247 fois

NÎMES Réhabilitation des Halles : des commerçants sur la touche

Les commerçants du pourtour des Halles manifestent leur mécontentement. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

La mairie a accordé à Aviva un projet de réhabilitation qui sacrifie les commerçants du pourtour des Halles. Un projet qualifié "d'intérêt général" qui profite à une société privée.

Depuis quelques années, tout le monde s'accorde à dire que la fréquentation de la Coupole et des Halles est en baisse, que quelque chose ne fonctionne pas. Le centre-ville nîmois aurait perdu de son attractivité, et certaines rues battent des records en nombre de pancartes de ventes immobilières, de baux à céder. En témoigne la rue des Greffes. Les causes sont multiples : accessibilité difficile, peu de places pour se garer, embouteillages, et une trop forte concurrence en zone périphérique. Après Ville-Active, c'est Cap Costières qui est venue s'ajouter aux zones commerciales où les plus grandes marques se partagent la part du gâteau. Les Halles nîmoises ayant perdu leur valeur ajoutée, ont vu leur taux de fréquentation diminuer d'année en année. Pourtant, certains y voient toujours un potentiel exploitable, comme la société Aviva, appuyé par la campagne de M. Fournier sur la nécessité de redynamiser le centre ville de Nîmes. Sixième groupe mondial en assurance, le géant avait engagé il y a quelques mois une demande de réhabilitation des lieux auprès de la mairie. Elle accepte, mais au frais de la société. En échange, le pourtour des Halles qui appartient jusqu'à présent au domaine public leur sera cédé au détriment des onze étaliers qui y sont installés. En effet, ce projet de réhabilitation financé par Aviva, prévoit de supprimer ces espaces commerciaux pour ouvrir, du moins visuellement, vers l'intérieur des Halles.

Une situation délicate et sans issue pour ces commerçants installés sur le domaine public, victime de la révocabilité de leur contrat.

Une épée de Damoclès pour ces étaliers

Projet de réhabilitation des Halles de Nîmes paru sur la brochure de campagne de M. Fournier. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Une décision qui ressemble quelque peu aux expropriations dont sont victimes certains propriétaires, et qui font naître des sentiments d'injustice. Pourtant ici, les baux signés par la ville et ces étaliers stipulaient depuis toujours l'aspect révocable de leurs locaux situés sur le domaine public. "L'annonce aurait pu tombé à n'importe quel moment", précise Anne Calvini, directrice de la communication de la mairie. Une exploitation des lieux éphémères dont on a vite fait d'oublier les risques encourus, au fil des années...

Lors de sa dernière campagne électorale, M. Fournier avait publié dans sa brochure un dessin montrant un tout autre visage aux Halles, tout en transparence et en reflet, laissant présager l'absence de commerce au rez de chaussée. "Quand on lui a demandé si ce projet était réel, M. Le maire nous avait dit que c'était juste un croquis, rien de concret" précise Yves Alogna, directeur de l'agence immobilière à l'angle du Général Perrier et de la rue Guizot. Finalement, le projet de rénovation a été validé le 3 octobre dernier, et voté le 4 octobre au conseil municipal. "Il invoque un motif d’intérêt général avec un droit de préemption des fonds de commerce pour éviter par exemple qu'il n'y ait que des fastfoods. Cette manne financière correspond à l'intérêt général selon lui, car la ville va en bénéficier." ajoute M. Alogna. "Il nous vire car nous sommes sur le domaine public, le contrat étant d'ordre précaire et révocable. Mais cette notion d'intérêt général reste assez floue. Au final, le groupe Aviva va financer des travaux sur le domaine public pour servir des intérêts privés."

"Comment le sixième leader mondial des assurances peut-il penser au devenir de Nîmes ? L'altruisme ?..."

Les commerçants touchés par cette réhabilitation s'interrogent sur la nature de l'intérêt général et souhaitent en attaquer le motif. "On va vérifier la légalité du projet. Ont-ils fait des prévisionnels où des études de marché ? On n'en sait rien", déplore M. Alogna, visant un manque de transparence de la mairie. De plus, les Halles de Nîmes sont l’œuvre de l'architecte Wilmotte et "rien n'indique qu'il ait été consulté pour modifier sa création." Pour autant, les étaliers ne s'opposent pas à une réhabilitation des lieux, "On a déjà financé des projets antérieurs. Et puis, à l'heure actuelle, les loyers sont de 7 euros le m². Avec Aviva, ils passeront à 300 ou 400 euros au m² ! Comment le sixième leader mondial des assurances peut-il penser au devenir de Nîmes ? L'altruisme ?..." A quelques mètres de là, même constat amer pour M. Petit, gérant de l'enseigne familiale La Gourmandise depuis 46 ans. "Au début, la ville marchait très bien. Et puis la clientèle a été partagée en deux avec Ville-Active, et maintenant avec Carré Sud on la divise en 3. Les loyers sont exorbitants, donc les commerçants des rues avoisinantes ferment les uns après les autres. Si j'en fais de même, je vais devoir licencier trois personnes."

De son côté, la mairie reste ferme, "Quand on occupe le domaine public, on sait que le contrat est révocable à tout moment, on le sait quand on signe. Attendons mi-novembre (date de réception du courrier annonçant la décision de la mairie), et ensuite nous verrons comment les aiguiller. En ce qui concerne Aviva, c'est du gagnant-gagnant pour la ville. C'est un investissement d'1,3 million d'euros, donc ça ne bougera pas".

Baptiste Manzinali

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