L'inquiétude monte autour de l'école des Promelles à Alès. Après une année marquée par des incidents à répétition dans ce quartier sensible, plusieurs parents d'élèves ont décidé de hausser le ton. Dans un courrier adressé au maire d'Alès, Christophe Rivenq, et au directeur académique des services de l'Éducation nationale du Gard (Dasen), Christophe Mauny, ils dénoncent une dégradation continue des conditions de sécurité autour de l'établissement et réclament des mesures concrètes avant la rentrée de septembre.
Une accumulation d'incidents
Pour les représentants des parents d'élèves, le tir survenu le 16 juin dernier à proximité immédiate de l'école n'est que le dernier épisode d'une longue série d'événements qui ont marqué l'année scolaire 2025-2026.
Dans un courrier auquel a eu accès Objectif Gard, les parents d'élèves évoquent des barricades de poubelles mobiles régulièrement installées aux abords de l'établissement, la présence de personnes cagoulées à proximité des entrées et sorties de l'école, des rodéos urbains, des menaces visant des enseignantes, des jets de projectiles sur des véhicules stationnés devant l'école, mais aussi l'incendie volontaire du dortoir de la maternelle au printemps dernier.
Les parents reviennent également sur l'opération policière menée en mars dernier dans le quartier, qui avait mobilisé plusieurs compagnies de CRS dès 8h30, moment de l'arrivée des élèves. Une intervention jugée traumatisante par certains enfants. « On a l'impression que tout le monde s'en fiche et que l'école est laissée à l'abandon », regrette une représentante des parents d'élèves. « L'équipe pédagogique est exemplaire et on aime cette école, mais ce n'est pas à elle de porter seule tous ces problèmes. »
Un mur de protection au cœur des revendications
Face à cette situation, les familles réclament avant tout un renforcement de la sécurisation de l'établissement. Parmi les principales demandes figure la construction d'un mur de protection de 1,60 mètre de hauteur, prolongé par un grillage, afin de limiter les intrusions, les projections d'objets et la visibilité depuis l'extérieur. Les parents souhaitent également l'installation de portails pleins avec une véritable sécurisation, d'un interphone avec caméra, de téléphones sans fil pour les équipes éducatives, ainsi qu'une présence renforcée d'agents municipaux et de policiers aux horaires d'entrée et de sortie des élèves.
Ils demandent également des réponses sur plusieurs travaux déjà évoqués lors de précédents conseils d'école : brise-vue, sécurisation des accès avec badges, réparation des dégâts causés par l'incendie, avec notamment la climatisation du dortoir des maternelles qui est inopérante, ce qui rend la tâche encore plus compliquée en période de canicule, ou encore l'amélioration des équipements des classes, comme des rideaux pour la classe de CP-CE1 qui rend impossible à l'heure actuelle l'utilisation du tableau et du rétroprojecteur les après-midis à cause de la chaleur.
« Nous voulons savoir ce que l'on compte faire de cette école. Si elle doit être sécurisée, qu'on nous le dise. Si elle doit fermer un jour, qu'on nous le dise aussi. Nous devons pouvoir nous organiser pour nos enfants », expliquent-ils. Car depuis le début de l'année, de nombreuses familles ont déjà demandé des dérogations pour changer d'école à la rentrée prochaine, souvent acceptées car l'établissement est classé en REP +.
Pourtant, à ce jour, peu de ces aménagements ont été réalisés. Les parents dénoncent un manque de réactivité de la part de l'Éducation nationale et de la mairie, et s'interrogent : « Quel est l'objectif à moyen et long terme pour cette école ? La fermeture ? La destruction en vue d'une reconstruction ? Ou simplement l'abandon ? »
Christophe Rivenq : « L'école est un sanctuaire »
Le maire d'Alès reconnaît les difficultés rencontrées autour du groupe scolaire, mais tient à nuancer certains constats. « D'abord, il ne s'est absolument rien passé à l'intérieur de l'école, qui reste un sanctuaire pour nous », affirme Christophe Rivenq. « Il y a effectivement eu un tir à proximité, un tir de trop, mais il est lié à des règlements de comptes. Nous ne sommes pas dans une situation où des individus viennent tirer sur des innocents. »
L'élu rappelle également les limites des compétences municipales. « La sécurité publique relève avant tout de l'État. Quant à la sécurité à l'intérieur de l'école pendant le temps scolaire, elle relève de l'Éducation nationale », souligne-t-il. « La Ville fait sa part. La police municipale effectue des passages réguliers aux heures d'entrée et de sortie des écoles, des caméras surveillent le secteur et plusieurs dispositifs de contrôle des accès ont été installés. »
« Mais avec les moyens dont on dispose, et surtout les prérogatives qui sont les miennes, je ne suis pas le shérif de la ville d'Alès. Moi, si demain la loi Riposte confère aux maires une étoile de shérif, je serai shérif. Je mettrai mes bottes et mon chapeau et je peux vous garantir que je serai partout », clame Christophe Rivenq, exaspéré par la situation.
Concernant la demande d'un mur d'enceinte, le maire se montre plus réservé. « On ne fait pas de murs autour d'une école comme autour d'une prison », estime-t-il. En revanche, il confirme la mise en place prochaine de brise-vue et assure que des travaux de sécurisation supplémentaires sont programmés, mais attend l'aval des assurances pour réaménager la salle incendiée en mars dernier.
Christian Chambon : « C'est devenu très difficile »
Présent à plusieurs reprises sur le terrain ces derniers jours, Christian Chambon, adjoint au maire chargé de l'Éducation, partage l'inquiétude des familles. « C'est devenu très difficile », reconnaît-il. L'élu assure que la Ville continuera d'accompagner l'établissement et que les travaux déjà validés seront poursuivis.
Les parents rappellent d'ailleurs que lors d'un conseil d'école en février dernier, la construction d'un mur de protection avait été évoquée, avec une réalisation annoncée pour l'été 2026. Mais pour le moment, le projet est au point mort.
Le Dasen assure que l'école reste ouverte
Du côté de l'Éducation nationale, le directeur académique Christophe Mauny insiste sur le fait que l'école continue de fonctionner malgré la mise en arrêt de travail des enseignants. « L'école n'est pas fermée. Si l'équipe a été mise en arrêt, des titulaires remplaçants accueillent le nombre minime d'enfants présents », explique-t-il.
Depuis les tirs du 16 juin, plusieurs membres du personnel sont absents. Deux enseignants remplaçants assurent actuellement l'accueil des élèves. La situation est évaluée quotidiennement en lien avec l'inspection académique. Pour Christophe Mauny, tout est mis en œuvre pour garantir la continuité du service public de l'éducation malgré un contexte particulièrement tendu.
Une rentrée sous surveillance
À quelques jours des vacances d'été, la question de la rentrée scolaire est désormais dans toutes les têtes. Les parents réclament des engagements écrits et des échéances précises concernant les travaux et les mesures de sécurisation. Si tous saluent unanimement le professionnalisme des enseignants, des AESH, des Atsem et de la direction de l'école, beaucoup redoutent une baisse durable des effectifs si aucune réponse forte n'est apportée.
Les parents, soutenus par l'équipe pédagogique, exigent des réponses formelles et des engagements concrets avant la rentrée. Sans cela, ils promettent de « se faire entendre » et de ne pas lâcher l'affaire. « L'éducation devrait être une priorité pour la ville. Ce n'est pas quelque chose qui passe après », martèlent-ils.