La petite gare de Saint-Martin-de-Crau n'a probablement jamais connu cela. Hier après-midi, une centaine de personnes se sont rassemblées sur l'esplanade pour défendre le fret ferroviaire et éviter le contournement autoroutier d'Arles. "En travers de la route" qui rassemble une douzaine d'associations, avait tenu à mener une action dans le cadre de la journée nationale "Moins de routes, plus de trains" portée par le collectif national "La déroute des routes".
Ce collectif réclame un moratoire sur les projets routiers et autoroutiers et un report des investissements publics qui y sont consacrés vers le système ferroviaire, beaucoup moins polluant et plus respectueux de l'environnement. Par ces temps de canicule dès la fin mai, il semble assez légitime aux manifestants de dénoncer le choix opéré par la France de favoriser le transport routier fortement émetteur de gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Une autre voie, la voie ferrée, devrait s'imposer. Or le collectif "En travers de la route" constate "que les lignes SNCF de desserte fine, bien que vitales au quotidien, sont délaissées voire fermées. De même, le fret ferroviaire a fait l'objet d'un abandon de l'État."
Un million de m² d'entrepôts , une voie ferrée, et pas de fret sur les trains
L'exemple de la gare de Saint-Martin-de-Crau est flagrant. Elle est desservie par la ligne Paris-Lyon-Marseille, et entourée de part et d'autre par des dizaines d'entrepôts géants de ce qui est devenu l'une des plus grandes zones logistiques d'Europe : 1 million de m², rien que ça. "Cependant cette zone logistique n'a jamais été reliée au rail. Tout est transporté par camions. Sur les 7500 camions quotidiens qui empruntent la RN113 et Arles, une bonne part livre cette zone logistique. De même pour les 4 000 camions jour empruntant la nationale 568 venant de Fos", indique François Cavallo, membre du collectif.
Or le projet d'autoroute Nord Camargue est fortement lié au développement du conteneur sur la zone du Grand Port maritime de Marseille. "Plus d'un million de conteneurs de marchandises sont traités chaque année aux terminaux de marchandises de Fos-sur-Mer. Seuls 17 % d'entre eux sont acheminés par le train".
Ces marchandises, venues du monde entier, font souvent étape dans les hangars de la zone logistique de Saint-Martin, avant de repartir par camions vers d'autres zones logistiques. "Pour éviter que ces centaines de poids lourds ne traversent quotidiennement Arles sur la RN113, mettons les conteneurs et les remorques sur les trains, construisons un terminal de fret ferroviaire à Saint-Martin-de-Crau." C'est une des alternatives au contournement autoroutier défendue par le collectif "En travers de la route".
Les nombreux avantages du rail
Fabien Villedieu, secrétaire fédéral de Sud Rail, est venu de Paris, en train, pour soutenir l'action et défendre le transport ferroviaire, chiffres à l'appui. "Le transport ferroviaire de la SNCF, c'est 0,1 % d'émission de gaz à effet de serre contre 7,3 % pour les poids lourds. C'est bon pour la planète. C'est bon aussi pour la sécurité. Il y a eu 3 500 morts sur les routes en France l'an dernier, un seul mort dans le train. C'est très bon pour l'indépendance énergétique : 0,3 % de la consommation d'énergie, contre 7 % pour les camions. C'est bon enfin pour le portefeuille. Certes, le TGV est cher, mais les lignes TER et le Francilien, qui sont subventionnés, impactent beaucoup moins le budget des ménages que la voiture."
Le syndicaliste a bien sûr vanté les mérites de mettre les conteneurs sur les trains, mais déplore la politique de l'État qui a donné les lignes les plus rentables au privé, et "qui va dans les six mois privatiser l'ensemble du fret SNCF. Il est grand temps de se bouger et de secouer le cocotier."
Depuis la huitième circonscription de l'Hérault, le député LFI Sylvain Carrière est venu lui aussi à Saint-Martin-de-Crau soutenir l'action des associations locales. "Je suis membre de la commission Développement durable et aménagement du territoire à l'Assemblée nationale, et nous travaillons beaucoup sur les questions de mobilité et de transport. Moins de routes, plus de trains, c'est notre combat. Mais on remarque dans le budget de transports que ce n'est jamais le moment pour le gouvernement d'investir dans le rail. On parle de méga-camions, de camions électriques. Il y a pourtant une urgence climatique et un besoin d'investir dans le fret ferroviaire, mais aussi dans les trains du quotidien qui répondent aux enjeux de mobilité et aux besoins des populations. Pas dans les lignes grande vitesse et les autoroutes concédées à des grands groupes privés."
La manifestation s'est poursuivie par une déambulation au sein de la zone logistique et une petite conférence dans une ambiance festive devant le regard, un peu médusé, des chauffeurs de poids lourds en stationnement devant l'entrepôt géant de Katoen Natie.