Publié il y a 58 min -
Mise à jour le 01.06.2026 - Olivier Lemierre - 3 min - vu 31 fois
ARLES Une poétesse et un anthropologue mènent l'enquête sur l'histoire de Barriol
O.L.
Barriol connaît une très vaste opération de rénovation urbaine (120 millions d'euros) qui va se poursuivre jusqu'en 2030. Dans ce cadre, plusieurs initiatives sont menées pour collecter la mémoire des habitants depuis la création du quartier dans les années 1970 jusqu'à nos jours. Récemment, deux parcours à travers les rues et places emblématiques de Barriol ont été proposés aux habitants en présence d'une poétesse et d'un anthropologue. L'occasion de partager des souvenirs et d'évoquer le futur.
"Barriol par 4 chemins". C'est le nom de l'initiative proposée par "Association d'idées" qui intervenait dans le cadre du projet collectif "Barriol Mémoire", financé par la communauté d'agglomération ACCM, un des acteurs majeurs de l'opération de rénovation urbaine du quartier populaire de Barriol. Il s'agissait de deux promenades pour découvrir le Barriol secret, par les paroles et les références des habitants avec les souvenirs d'avant, comment c'est aujourd'hui, et comment ça sera demain. Lors de la première balade, le 27 mai, deux adolescents, Victoria et Marouane, servaient de guides. Deux jours plus tard, les promeneurs suivaient les pas de deux femmes, Aïcha et Kathy.
Les guides d'un jour étaient accompagnés par Guylaine Renaud, directrice artistique d'Association d'Idées et poétesse, et par Fred Trottier-Pistien, anthropologue. Tous deux ont dispensé aux participants, lors des étapes, leurs connaissances et anecdotes, sur la vie à Barriol depuis les années 70, Guylaine s'inspirant des propos des enfants pour déclamer de jolis poèmes. Les visites se sont terminées au centre social autour d'une collation. L'occasion de parler aussi de ce qui intéresse tout le monde : l'avenir du quartier.
Barriol connait en effet un vaste plan de rénovation urbaine. 120 millions d'euros sont mobilisés pour réhabiliter 509 logements collectifs du bailleur social 13 habitat. 218 logements seront détruits, 240 nouveaux logements seront créés, 1 027 résidentialisés, 72 000 m² d'espaces publics seront créés ou réaménagés, 1 600 m² de surfaces commerciales développés. Un changement vers du mieux, promet-on, dans ce quartier prioritaire de 4 265 habitants où plus de 50 % des résidents vivent sous le seuil de pauvreté. Cela implique bien sûr des changements importants pour certains Barriolais qui devront déménager, même si des solutions de relogement sont bien évidemment proposées.
• O.L.
La peur de l'inconnu
Un contexte sensible que connaît bien Kathy. "Je suis née et j'ai grandi ici. Je travaille au centre social. Je vois bien que ce plan de rénovation porte l'espoir d'un embellissement, d'un renouveau. Mais il y a aussi la peur de perdre ses voisins, ses repères, ses habitudes. Pour moi c'est un quartier où il fait bon vivre. Il y a de la convivialité et de la solidarité. Je ne me verrai pas vivre ailleurs. Je ne voudrais pas déménager pour aller vers l'inconnu".
Une peur de l'inconnu qu'a pu constater également Fred Trottier-Pistien dans son travail de compilation d'archives et de témoignages sur la vie dans le quartier en vue de réaliser une grande exposition qui sera présentée dans le quartier mais aussi au centre ville à la fin de l'année. "Lors de mes interviews, j'ai rencontré dans une épicerie sociale et solidaire une dame qui a signé pour un déménagement dans le quartier Bigot. Mais cette dame âgée, isolée, ne veut plus. Elle fait marche arrière car elle veut garder ses relations d'amitié, ses habitudes. Ce sont des relations humaines peu quantifiées dans les projets de rénovation urbaine. Cette notion d'appartenance est pourtant très forte".
Éviter l'effacement mémoriel
L'anthropologue, acteur associatif au Trébon avec le collectif SOLIDE, intervient à la demande du centre social de Barriol avec sa casquette de chercheur. "Avec Alice, photographe, nous réalisons depuis quelques mois une collecte de données auprès du muséon Arlaten, du musée départemental Arles antique, des archives municipales, et des archives des bailleurs sociaux pour réaliser une cartographie sensible de Barriol. En mai et juin, nous nous déplaçons en carriole et nous déambulons à la rencontre des habitants pour connaître les grandes et les petites histoires. Nous menons aussi une collecte d'archives privées, de photos, pour compléter ce que l'on a déjà. Je réalise aussi des entretiens avec des personnalités du quartier, une ancienne bibliothécaire, madame Chambon, une institutrice en retraite, madame Sara Effira qui fut la compagne de Christian Chèze, le fondateur du centre social, etc. L'objectif est de sauvegarder ce que le quartier a été, mais aussi de valoriser les quartiers populaires qui sont peu présents dans les musées. La carriole est un peu magique. Une fois qu'on a brisé la glace, la parole se libère et les gens parlent 30 minutes. Un des objectifs de "Barriol Mémoire" est d'essayer de dépasser la rénovation, par les échanges, les discussions et d'éviter l'effacement mémoriel".
Ce quartier ne doit pas oublier ce qu'il a été, ce qu'il est, car il a sa propre identité qui est forte. En témoigne l'attachement de Victoria et de Marouane, d'Aïcha et de Kathy, les guides de "Barriol par 4 chemins" qui ont partagé avec enthousiasme leurs connaissances sur Barriol.
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