À Beaucaire, trois publications occupent les pensées des anciens et nouveaux maires étiquetés Rassemblement national de la commune. Signées de la plume du média L’Arlésienne ou encore du web média Street Press, ces articles pointent du doigt une présumée sélection discriminatoire de commerçants, dans le cadre du plan de redynamisation du centre-ville. Des publications jugées discriminatoires par Julien Sanchez, le précédent maire, et Nelson Chaudon, maire actuel de la commune de plus de 15 000 habitants. Une conviction qui mène l’affaire devant les juges nîmois, à l’occasion d’une audience en référé, qui s’est tenue ce mercredi. Une procédure généralement plus rapide qu’un procès pénal. Non sans compter sur les multiples renvois de l’affaire, déjà présentée à la juridiction à de multiples reprises.
« De l’autre côté de la barre, on veut échapper au jugement au fond », lance maître Sylvie Josserand, avocate des demandeurs et par ailleurs députée Rassemblement national de la 6ᵉ circonscription du Gard. Une allégation contrée par Marianne Rostan, avocate des deux organes de presse défendeurs, soulignant le caractère sérieux de l’enquête menée conjointement par L’Arlésienne et Street Press. « Le contradictoire ne se fait pas devant un tribunal », lance-t-elle. L’avocate a alors repris les multiples demandes écrites et orales formulées par les journalistes pour obtenir une interview du maire Nelson Chaudon, sur les questions de l’attribution des baux commerciaux du centre-ville. Elles sont toutes restées sans réponse. Selon les articles concernés, cette attribution se ferait au détriment des commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine. Ce sont ces éléments, soulevés par les demandeurs, qui ont conduit à cette procédure.
Un préjudice estimé « au doigt mouillé »
Faisant état d’un « contentieux sur la manipulation de l’information », maître Josserand verse au débat des attestations signées de la main de plusieurs commerçants beaucairois aux noms à consonance étrangère, ne s’estimant pas victimes de discrimination dans l’attribution de leurs commerces respectifs. Des documents dont la valeur reste contestable selon maître Rostan, soulignant que : « C’est difficile de refuser d’attester pour un maire qui est notre bailleur », référence faite aux baux commerciaux possédés par la Ville dans le cadre du droit de préemption. Souhaitant voir les magazines contenant l’article controversé être interdits à la vente, les demandeurs réclament également la dépublication des deux articles web au contenu similaire, publiés sur les sites de L’Arlésienne et de Street Press.
En guise de réparation du préjudice d’image dont ils s’estiment lésés, ils demandent également 6 000 € chacun aux journaux visés, soit 18 000 €, la ville de Beaucaire étant également partie prenante. Pour justifier cette demande, maître Josserand s’est appesantie sur la volonté présumée de ces journaux « d’empêcher la réélection du RN à Beaucaire », les publications datant de septembre 2025, soit peu avant le commencement de la campagne électorale des municipales. Un préjudice évalué « au doigt mouillé », selon l’avocate des défendeurs, qui a demandé la condamnation des trois demandeurs pour le lancement d’une procédure abusive. À ce titre, elle demande 10 000 € pour les organes de presse visés. Le dossier a été mis en délibéré. La décision sera rendue le 8 juillet prochain. D’ici là, les articles restent consultables en ligne ou dans les kiosques. De quoi se faire sa propre idée sur l’existence, ou non, d’une forme de diffamation entre leurs lignes.