« Il coiffait mon coiffeur », lance Younès face au tribunal correctionnel de Nîmes. Originaire de la région PACA, le chef d’entreprise comparaît pour avoir employé pas moins de sept étrangers sans titre dans deux de ses trois salons de coiffure, situés à Nîmes. L’affaire a vu le jour grâce à trois contrôles effectués en juillet 2024, mais aussi en février et en mars 2025. Résultat : plusieurs étrangers se trouvent en situation de travail, parfois même tondeuse à la main, dans la boutique située au niveau de l’avenue du Maréchal-Juin, mais aussi dans la galerie Richard-Wagner. Dans le cadre de ces contrôles de police, certains salariés n’ont pas fait l’objet d’une déclaration préalable à l’emploi (DPAE). D’autres n’ont aucune autorisation de travail sur le territoire français, voire aucun titre de séjour.
« J’avais pas l’intention de frauder », explique le prévenu. Pourtant, à peine quelques heures après l’un des contrôles, il a effectué une DPAE pour l’un de ses salariés. Étrange coïncidence. Interrogé sur la présence d’un personnel sans titre dans ses entreprises, il réfute qu’il s’agisse d’employés. « Ils viennent profiter du wifi, de la télé et du café », dit-il au tribunal, qui peine à croire à cette version. D’autant que certains de ces salariés sont à l’œuvre, lors de l’entrée des policiers. « Ils étaient assis, pas en position de travail », relate le chef d’entreprise, pourtant absent lors de ces visites surprise. En guise de sanction administrative, les deux établissements ont été fermés pendant trois mois. Une fermeture que Younès n’a pas pu absorber, entraînant la cessation de son activité de coiffeur.
« J’ai jamais eu de problèmes »
« Le travail dissimulé vérole tout le marché du travail du sud de la France », dit l’avocate représentant l’Urssaf dans cette affaire, soulignant les nombreuses incohérences du dossier. Des divergences observées également du côté des travailleurs concernés. Certains évoquent travailler quelques jours par mois dans les salons de Younès. D’autres nient totalement y exercer le métier de coiffeur. Réfutant que le prévenu ait aidé ces travailleurs sans titre à entrer sur le territoire, comme le précise la prévention, le procureur de la République a tout de même demandé la condamnation de Younès pour travail dissimulé et emploi d’étrangers sans titre. Il a alors requis une peine de 2 000 € d’amende à l’encontre du chef d’entreprise.
« Il y a beaucoup trop d’imprécisions pour condamner mon client », s’exclame l’avocat de la défense avant de, logiquement, plaider sa relaxe. « Je suis immatriculé depuis 2006, j’ai jamais eu de problèmes », tente le prévenu, avant de laisser la parole au tribunal. Compte tenu de la multitude de pièces fournies par la défense, le dossier a été mis en délibéré. La décision sera rendue le 2 juillet prochain.