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Publié il y a 1 an - Mise à jour le 10.04.2022 - pierre-havez - 3 min  - vu 1209 fois

AU PALAIS « Une gifle, c’est une caresse appuyée… », assure le papi de 81 ans

Palais de justice Nîmes (photo Norman Jardin) (2)

Grosses lunettes et voix tremblante, George, 81 ans, était poursuivi devant le tribunal de Nîmes jeudi dernier pour des violences habituelles à l’encontre de Bernadette, à Caveirac. La Justice se heurte à l’âge avancé de ce prévenu pas ordinaire.

À trois reprises au moins, le retraité d’EDF s’en est pris physiquement à son épouse, entre octobre 2020 et septembre 2021, sous prétexte d’anciennes aventures extra-conjugales. Lors du premier épisode, il « placarde » Bernadette dans la salle de bain, la prend par le cou et la menace de la jeter toute nue dehors. Une autre fois, il lui crache dessus et colle ses poings à son visage. « Non, bien sûr, y’a pas eu de violences. Des paroles seulement », élude-t-il, avec un geste désinvolte de la main, à la barre du tribunal judiciaire, ce jeudi 7 avril.

« Vous aimez ces caresses-là ? »

« Auriez-vous pu avoir oublié ces violences ? », s’enquiert le président Jean-Pierre Bandiera, étant donné les problèmes de santé du prévenu. Le papi souffre en effet de la maladie d’Alzheimer, aggravée par un AVC en 2019. « Absolument pas, maintient-il. J’ai eu un AVC et j’y ai laissé un peu de mémoire, mais pas là-dessus », soutient-il. Pourtant, devant les gendarmes il a reconnu certains coups, mais expliqué que c’était en réponse aux agressions de son épouse : « J’en ai reçu et j’en ai rendu, mais je n’ai jamais tapé fort », minimise-t-il à l’audience. Le président insiste : « Vous avez au moins reconnu une gifle. Est-ce qu’une gifle, c’est un coup ? », demande-t-il d’une voix forte pour être certain d’être bien compris par le retraité. « Oui c’est une caresse appuyée… », lâche le papi en souriant, ravi de sa plaisanterie. Seulement, le juge est beaucoup moins bon public : « Et ça vous fait rire ? Vous les aimez ces caresses-là ? », gronde Jean-Pierre Bandiera.

« Seule la mort nous séparera »

« Depuis 1962 nous sommes ensemble jour et nuit, vous en connaissez beaucoup comme ça ? », interroge l’ancien, tentant cette fois d’amadouer le juge. « Oui, j’en connais pas mal », coupe tristement le juge. Celui-ci tente de sonder les sentiments du retraité : « Vous pensez quoi de ce divorce en cours, c’est une bonne idée ? ». Le prévenu paraît surpris de la question : « Non à 81 ans, c’est trop tard, seule la mort nous séparera », rétorque-t-il. Le juge marque un temps : « Et si elle le souhaite, elle ? », insiste doucement Jean-Pierre Bandiera. L’octogénaire hésite : « Euh, elle n’en n’a pas du tout parlé », lâche-t-il finalement d’un air abattu.

« La Justice doit-elle séparer ce couple ? »

Le procureur est embarrassé : « Loin de moi l’idée de nier ces violences conjugales, mais on ne peut pas faire l’impasse sur l’âge très avancé de monsieur et de son état de santé. La Justice doit-elle séparer ce couple et les éloigner l’un de l’autre ? La prudence m’impose de demander le maintien pendant deux ans de son contrôle judiciaire lui interdisant d’entrer en contact avec son épouse et de vivre sous le même toit », explique Arnaud Massip, qui requiert également cinq mois de prison avec sursis contre George.

Son avocate pointe à son tour le dilemme humain de la décision judiciaire à venir : « Il a été adorable avec son épouse pendant sa maladie à elle, mais elle éprouve aujourd’hui de la pitié car il est malade. Les maladies de démence sont mal connues mais on sait qu’elles peuvent entraîner des violences. Il a toujours été d’un caractère strict, voire psychorigide, et sa pathologie a très bien pu provoquer ces accès de colère », fait valoir Agnès Tourel.

Redoutant le risque que George recommence, le tribunal le condamne à 3 mois d’emprisonnement avec un sursis probatoire de deux ans, pendant lequel il aura l’interdiction de rencontrer et de revivre avec Bernadette.

Pierre Havez

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