Objectif Gard : Comment se passe votre nouvelle vie gardoise ?
Oualid Orinel : J’habite à Manduel mais je ne suis pas dépaysé car je suis né et j’ai grandi à Arles. Alors je connais l’atmosphère nîmoise. Ici, je suis dans mon élément. Manduel est un petit village très calme, comme j’aime. Je ne suis pas loin de Nîmes et d’Arles. Je croise pas mal de supporters de Nîmes Olympique dans la région et je ne pensais pas qu’il y en avait autant. Je suis un papa de deux filles (4 ans et 2 ans) et Il manque un footballeur (rire). Elles viennent au stade des Antonins et elles chantent dans les tribunes.
Quelles sont les valeurs que tu veux leur inculquer ?
Comme mes parents l’on fait avec moi, je leur apprendrai le respect et la valeur d’argent. Je trouve que ce sont des valeurs qui se perdent chez les jeunes générations.
« Nîmois et Arlésien, c’est à peu près pareil »
Arles, c’est un petit Nîmes ?
Il n’y a que les arènes qui se ressemblent car au niveau football, il n’y a pas photo. Mais sur le caractère, Nîmois et Arlésien, c’est à peu près pareil.
À quoi ressemblait votre enfance arlésienne ?
Avec mes collègues, on jouait beaucoup dans un gymnase, sur un city-stade et dans la rue. Je pense que c’est ce qui m’a permis peut-être de jouer à un certain niveau. On jouait jusqu’à ce qu'il fasse nuit et ça restera gravé dans ma mémoire. Je ne vois plus ça dans la vie de tous les jours.
Qu’avez-vous appris dans ce football sans limite ?
Ça m’a beaucoup appris techniquement et mentalement. J’ai eu besoin de ça pour me sentir moi-même et d’être bien sur le terrain. On m’a toujours dit : « Joue comme tu as envie et comme tu sais faire ». Ça, on l’apprend dans la rue. Après, on a besoin d’être dans un club pour apprendre l’aspect tactique mais je ne suis passé par aucun centre de formation.
« J’ai habité chez mes parents jusqu’à l’âge de 25 ans »
Étiez-vous déjà au-dessus du niveau de vos amis ?
J’avais des bases. J’allais un peu vite et j'évoluais sur un côté.
À quoi rêviez-vous quand vous étiez enfant ?
D’être un joueur de football professionnel. J’aimais beaucoup Franck Ribéry et Zinedine Zidane. Au niveau des clubs, c’est Arsenal et le Real Madrid.
Vous avez joué à Arles-Avignon, Sète, Endoume et Martigues. Que des équipes du sud. Vous avez été traumatisé par le film « Bienvenue chez les Ch’tis » ?
(Rires) J’ai eu l’opportunité d’aller dans un club du Nord. C’était Sedan, quand Grégory Poirier y a signé comme entraîneur. Mais en raison de la météo, je ne me voyais pas partir là-bas. J’ai habité chez mes parents jusqu’à l’âge de 25 ans et c’était dur de partir. Déjà, quand je jouais à Sète, je faisais les allers-retours et je rentrais souvent. Partir très loin, cela aurait été très dur mentalement. Pour moi, au-dessus d'Avignon, c'est déjà le nord.
« Dans le bâtiment, j’étais peintre et plaquiste »
Regrettez-vous ce choix ?
Pas du tout. Je suis fier de mes choix et je n’aurais pas pu faire mieux pour moi.
Auriez-vous pu jouer à un niveau plus élevé ?
J’aurais pu faire plus. Mais à l’époque, il n’y avait pas, comme maintenant, tout ce qui concerne le travail invisible du football, comme ce que l’on fait en salle et la musculation. Cela compte beaucoup. Je regrette de ne pas l’avoir connu avant. Avant, on arrivait, on se changeait et on allait sur le terrain.
Aviez-vous un plan B professionnel ?
J’ai travaillé dans le bâtiment comme peintre et plaquiste. C’était très dur. Tout ce qui est à l’intérieur. Je tire mon chapeau à tous ceux qui exercent ces professions et je suis fier d’eux. Si sur le terrain ça n’avait pas fonctionné, j’aurais quand même voulu être dans le football, comme recruteur ou directeur sportif.
« C’est une belle leçon de vie »
Que vous ont appris les moments passés sur les chantiers ?
C’est une belle leçon de vie. Dans ces moments-là, on se dit que si on reste les bras croisés, on n’arrivera à rien. Il faut se retrousser les manches. Quand on est jeune, on pense que tout va être facile.
C’est plus simple d’être footballeur ?
Ce n’est pas facile. Les gens pensent que l’on s’entraîne deux heures, on joue et on se régale. Ce n’est pas que ça le football. Il faut être fort mentalement.
Avez-vous souffert, sur le terrain, d’avoir un gabarit plus léger que la moyenne des joueurs ?
Ça ne m’a pas dérangé et j’ai pris ça comme une qualité. J’ai des petits appuis et je me dis que ça doit être dur de me prendre au marquage. J’y vois le côté positif. Je ne suis pas grand, mais j’ai un bon timing qui me permet de mettre des buts de la tête quand même.
« Ça n’a duré que deux minutes, mais j’étais émerveillé »
Vous subissez beaucoup de fautes sur le terrain, estimez-vous que les joueurs techniques soient suffisamment protégés par l’arbitrage ?
Je pense que pour les arbitres, c’est dur de protéger des joueurs en National 2. Mon jeu demande beaucoup de duels et, depuis que je suis jeune, je subis beaucoup de contact, mais j’ai grandi comme ça et ça fait partie du jeu. Je suis peut-être ciblé, mais c’est le poste qui demande ça.
Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?
La première fois que j’ai joué en Ligue 2 avec Arles-Avignon, au Mans. Ça n’a duré que deux minutes mais j’étais émerveillé. L’autre très bon souvenir, c’est la montée en Ligue 2 avec Martigues. J’espère revivre ses émotions avec Nîmes.
Au niveau ambiance, comment juges-tu le public nîmois ?
C’est exceptionnel. Je n’ai jamais vu ça. À Martigues, en Ligue 2, il y avait trois fois moins de monde. En grande partie, c’est grâce aux supporters que nous avons ces bons résultats à domicile. Le match contre Toulon, sans le public, on ne le gagne pas.
« Contre Toulon, Najib Bennour et Alpha Kubota voulaient le tirer le pénalty mais j’ai pris mes responsabilités »
C’est justement vous qui marquez le but de la victoire sur un penalty dans le temps additionnel. Comment avez-vous géré la pression ?
Le gardien de but de Toulon est venu me chambrer en disant : « Tu vas le tirer au milieu comme contre Rumilly ? ». C’est de bonne guerre. Les jeunes comme Najib Bennour et Alpha Kubota voulaient le tirer. Je peux laisser le penalty et j’aime faire plaisir aux jeunes, mais ce n’était pas le bon moment. Il y avait une grosse pression et je ne voulais pas qu’en cas d’échec la faute retombe sur eux. J’ai préféré prendre mes responsabilités.
En finale de la Coupe d’Afrique des nations, Brahim Diaz, le joueur marocain, a raté un pénalty en tentant une panenka à la dernière minute et c’est finalement le Sénégal qui a gagné. Auriez-vous aussi tenté ce geste audacieux dans ce contexte ?
Quand il a tiré, j’ai directement appelé Othmane Benhamza, qui est marocain, pour en parler. Il fallait que le joueur tire en force. Il n’y a pas de question à se poser. Si c’est moi qui le tire, j’envoie direct en force.
Du coup vous en avez profité pour chambrer vos amis marocains ?
Non, j’ai beaucoup de copains marocains et sénégalais et que le meilleur gagne. Ça fait plaisir de se chamailler, mais rien de méchant. Ça reste du football. On va tous se retrouver à la Coupe du monde puisque l’Algérie, le Maroc, le Sénégal sont qualifiés. Ça change par rapport à ce qui se faisait avant, où il n’y avait pas beaucoup de désélections africaines. Je suis franco-algérien et j’aime beaucoup les Bleus aussi.
« À la fin mars, j’ai un rendez-vous avec un chirurgien pour savoir ce qu’il faut faire »
Vous allez avoir 36 ans le 3 juin prochain. Voulez-vous continuer à jouer ou allez-vous prendre votre retraite cet été ?
Pour l’instant je ne me pose pas trop la question. J’ai envie de continuer mais ce sont mes prestations sur le terrain qui comptent. Si je n’y arrive plus, cela voudra dire qu’il faut arrêter. Tant que je prends du plaisir et que je peux en donner aux gens, c’est que je peux continuer.
Vous avez été beaucoup embêté par une cheville douloureuse ces dernières semaines. Cela est-il aujourd'hui derrière vous ?
Ça va mieux mais je sais que sans opération les douleurs resteront. À la fin du mois de mars, j’ai un rendez-vous avec un chirurgien pour savoir ce qu’il faut faire. C’est un peu ça qui va déterminer la suite de ma carrière car si je me fais opérer, cela veut dire au moins trois mois d’arrêt.
Quelle reconversion envisagez-vous ?
J'aimerais bien rester dans le football. Pas comme entraîneur, en tous cas pas pour le moment, mais je me verrais bien dans un staff, comme adjoint et recruteur. C'est mon monde depuis toujours.
« C’était la honte de voir Jean-Philippe Celestin devant nous au classement des buteurs »
Avec la victoire à Bobigny (2-0), Nîmes Olympique revient à quatre points de Saint-Maur, le leader de poule. On se dit que pour la montée en Ligue 3, c’est encore jouable.
Bien sûr. Après la défaite face à Rumilly, on a pris un coup sur la tête mais grâce au mental de l’équipe on ne s’est pas effondré. C’est à nous de faire le taf sur les confrontations directes face à nos rivaux, on n’a pas le choix et puis les premiers ne gagneront pas tous leurs matchs.
Le deuxième meilleur buteur du club a été pendant plusieurs semaines Jean-Philippe Celestin, un défenseur central. Ce n’était pas un peu gênant pour les attaquants et les milieux de terrain ?
(rire) C’était la honte de voir JP devant nous au classement des buteurs. Je me suis dit : « Ce n’est pas possible que ce mec soit devant moi au niveau des buts ». On a vite rectifié le tir et on va le lasser derrière maintenant.
Vous avez réussi quatre buts et cinq passes décisives cette saison, vous êtes-vous fixé des objectifs chiffrés ?
J'aimerais bien me rapprocher du double avec huit buts et dix passes.
Dernière journée de championnat pour le penalty de la montée en Ligue 3, Panenka ou pas Panenka ?
Non, pas de Panenka, jamais. Je n’aime pas ça et ne le laisserai pas aux jeunes tirer non plus (rire).