Ce vendredi 23 janvier, dans l'atrium, Daniel Valade a ouvert la 24e édition du Festival de la biographie au Carré d’Art, dans une atmosphère studieuse. Trois jours rythmés par des débats, des rencontres, des concerts, des projections, une exposition et des séances de dédicaces, où auteurs et lecteurs se retrouvent autour d’un même fil conducteur. Le biographe, de l’importance des archives.
Dans les allées, le public vient chercher le contact direct. La dédicace, souvent, reste le moment le plus attendu. Dès l’après-midi, les lecteurs et lectrices étaient nombreux à échanger. Près de cinquante auteurs étaient présents aujourd’hui. En France, environ 300 biographies paraissent chaque année. À Nîmes, une centaine est retenue cette année. Daniel Valade, adjoint à la Culture, l'a rappelé : « En 25 ans, ce sont 2 500 auteurs qui sont intervenus. »
Cette année, le festival met en lumière le travail d’enquête. Le biographe face aux archives. Un processus minutieux et exigeant, fait de patience et de rigueur. Les documents ne livrent pas toujours une vérité absolue. Plutôt des fragments, à interpréter, recouper, assembler. Une exploration au long cours, que les invités viennent raconter à travers leurs ouvrages et leurs méthodes.
Ouverture
En ouverture, Anca Visdei se sent « connectée à des racines latines très très fortes ». La parole, le livre, la culture. Elle revient à cette idée centrale, dans un monde qu’elle décrit « en pleine refonte ». « Nous sommes dans un chaudron magique, qui ressemble un tout petit peu à la Tour de Babel. »
Dominique Bona annonce le lauréat, connu à l'avance, en rappelant son attachement au festival. « D’ordinaire, c’est le roman qui se taille la part du roi, mais ici, à Nîmes, on aime les vraies vies. » Des vies ancrées, racontées avec des tonnes et des tonnes d’archives consultées au jour le jour. Elle évoque aussi ce que le festival crée dans le quotidien des biographes. Des retrouvailles, des repas, une respiration. « Pour les biographes qui ont l’habitude des bibliothèques et du temps passé dans la poussière des archives, tout d’un coup, là, vraiment, on est très heureux d’être à Nîmes. »
Quand Amos Reichman monte sur scène, il revient à l’origine du livre. Un point de départ concret, presque un déclic. « Tout a commencé il y a peut-être quatre ans, lors d’un voyage sur l’île d’Ibiza où Raoul Villain a été assassiné. »
Grand prix
Il n’a pas pensé son texte comme une biographie classique. « Je ne me suis pas dit que j’allais écrire la biographie de Raoul Villain. Je n’ai pas pensé ce livre comme une biographie. Je l’ai pensé comme une enquête. » Il explique ce qui l’a poussé. Un personnage, bien nommé, connu uniquement par son geste, l’assassinat de Jean Jaurès, et pourtant presque absent de toute source. « Il n’y avait rien à son sujet. Donc je me suis dit, il y a quelque chose à aller voir, il y a une enquête à mener. » En plein dans l'esprit du festival ! L’archive, ses manques, ses tensions, ses contradictions.
Ce vendredi d’ouverture a planté le décor. Le public, les auteurs, la parole littéraire. Aujourd'hui, le programme est impressionnant. Lionnel Astier est invité lors d’un entretien ponctué de lectures autour d'Élise, la colère de Dieu. Un retour en Cévennes, à l’automne 1702, après le succès de La nuit des Camisards. Gaëlle Paty sera présente afin de présenter son livre consacré au procès de l’attentat perpétré contre son frère. Intitulé Samuel Paty, un procès pour l’avenir, ce document d’histoire est écrit par Valérie Igounet et illustré par Guy Le Besnerais. Il restitue les audiences de la cour d’assises et évoque les douleurs et les horizons de vie retrouvés grâce au procès.
La Nîmoise Michèle Lucibello sera présente avec son livre Tu danseras comme tu veux...ou comme tu peux. Elle déroule sa vie autour de la danse. Des anecdotes sur sa ville, Georges Brassens, la danse, le football... Sylvain Tesson viendra évoquer Les Piliers de la mer, dans un texte habité par ces « sentinelles de roche » dressées au large des falaises. Et puis Lionnel Astier... De quoi passer toute une journée dans l'enceinte du Carré d'Art. Le dimanche 25 janvier, le festival s’achève sur le concert de clôture du Gala swing quartet, swing et jazz manouche.