Réunis à l'occasion d'une conférence de presse, les acteurs du monde de la culture du Gard et de l'agglo d'Alès ont alerté sur les menaces qui pèsent sur la liberté de création, les subventions, et l’avenir des festivals emblématiques du territoire. Olivier Lataste, directeur du Cratère, mais aussi délégué régional du Syndeac (syndicat des entreprises artistiques et culturelles) pour l’Occitanie, a ouvert la conférence en rappelant l’urgence de la situation : « Nous ne parlons pas seulement de l’extrême droite, mais aussi des droites radicalisées qui défendent une conception de la culture opposée aux principes du service public. » Une position partagée par 12 syndicats du spectacle, réunis au sein d’une intersyndicale pour défendre une culture ouverte, inclusive et accessible à tous.
Parmi les structures présentes : la Verrerie d’Alès (pôle national), le Cratère (scène nationale), le Périscope de Nîmes (scène conventionnée), et le festival Itinérances (festival de cinéma). Toutes ces institutions, soutenues par des financements croisés (État, région, département, communes), craignent de voir leurs budgets drastiquement réduits en cas de victoire du RN.
Des menaces concrètes sur les festivals et l’emploi culturel
Sylviane Manuel, directrice de la Verrerie d’Alès, est sortie de sa réserve habituelle pour dénoncer les risques encourus :« La culture, ce n’est pas un marqueur identitaire, c’est tout l’inverse. Elle permet d’évoluer ensemble malgré nos différences. La culture, c’est aussi le social, l’éducation populaire. Il y a un risque majeur qui pèse sur la diversité des œuvres, la liberté artistique, l’accès de tous à une culture commune. » Elle a rappelé que les festivals comme Jazz au parc, Cratère surface ou Itinérances pourraient disparaître, entraînant avec eux des centaines d’emplois (techniciens, artistes, comédiens) et une perte économique majeure pour le territoire.
La directrice rappelle que les actions portées par le pôle culturel sont majoritairement gratuites. « La culture n’est pas un commerce, elle est un patrimoine vivant, partagé et réparateur. C'est aussi un poids économique majeur, plus que l’automobile dans certains territoires. C'est même 71 % des dépenses investies chez des acteurs locaux pour le festival Itinérances, soit 400 000 € injectés dans l’économie du Gard. Il permet également un renforcement de l’attractivité touristique et de la fierté territoriale.»
Patrick Malavieille, vice-président du département en charge de la culture, a confirmé ces craintes : « Si Alès, Nîmes ou Bagnols-sur-Cèze basculent, cela mettra à mal le schéma départemental de la culture, co-construit avec les acteurs locaux. Les conseillers départementaux et régionaux votent systématiquement contre les lignes budgétaires en faveur de la culture. À Beaucaire, où le RN est déjà aux commandes, on observe une zone blanche culturelle : les artistes partent, les projets s’effondrent. »
Un appel à la mobilisation citoyenne et politique
Les intervenants ont lancé un appel clair aux Alésiens : « Il ne s’agit pas de suivre les consignes nationales des partis, mais de voter pour barrer la route au RN, quelles que soient les étiquettes. »
Clément Amouroux, délégué général adjoint, en charge du jeune public et coordinateur École au cinéma (Gard), a insisté sur l’enjeu éducatif et économique : « Le CNC (Centre national du cinéma) est aujourd’hui menacé par un amendement du RN. Sa suppression signifierait la fin des dispositifs comme École et cinéma, qui permettent à des milliers d’enfants d’accéder à la culture. »
Olivier Lataste a tenu à rappeler l’héritage d'André Malraux, Premier ministre de la Culture (1959-1969) sous De Gaulle, militant antifasciste ayant combattu aux côtés des républicains lors de la guerre d’Espagne. « Si aujourd’hui nous avons un service public de la culture de qualité, c’est grâce à cette histoire de la France. Et cette histoire pourrait être spoliée par une extrême droite qui prétend rassembler les travailleuses et les travailleurs, ce qui est pour moi inconciliable. »
L’ensemble des intervenants a rappelé l’importance de la mobilisation citoyenne lors du second tour des élections municipales. « Une mobilisation qui doit dépasser les consignes nationales des partis pour se concentrer sur l’intérêt général.»
Que dit le RN sur la culture ?
Lors de la dernière réunion publique ce mercredi 18 mars, la liste d'Anthony Bordarier, Rassemblés pour Alès, a presenté ses colistiers. Alors que chacun a pris la parole, Sylvie Tribes, en 6e position de la liste en charge de la jeunesse, culture et vie associative a tenu à s'exprimer sur les idées de la liste pour la culture.
« Ce n'est pas parce qu'on est de droite qu'on n'aime pas la culture. La culture c'est ce qui élève, c'est ce qui rassemble, c'est ce qui donne la fierté à une ville, et nous on y est attaché très profondément. On veut intensifier et renforcer la Micro-Folies pour qu'elle devienne un outil éducatif et un moteur du centre-ville, accessible aux jeunes et moins jeunes. Nous n'avons pas la prétention de tout savoir faire, mais ce que nous savons faire c'est écouter, prioriser et travailler avec les acteurs littéraires. Nous voulons être très clairs : nous n'allons pas couper toutes les subventions, mais c'est de l'argent public, il est normal qu'on mesure l'impact et l'utilité de ces associations et de la façon dont est dépensé cet argent public ».