Hier soir, jeudi 5 février, Carmen. a investi la scène du Cratère éphémère d’Alès. Après Phèdre !, ovationné la saison dernière, François Gremaud poursuit sa trilogie et confie cette fois la scène à Rosemary Standley. Le point qui suit le titre marque une véritable prise de position. Une suspension, un arrêt. Une manière de dire que Carmen n’est pas seulement un personnage, mais une onde de choc.
Voix lyrique aux multiples couleurs
Le dispositif est volontairement réduit. Un plateau presque nu. Deux chaises. En fond de scène, un quintet de musiciennes. Flûte, violon, harpe, accordéon, saxophone. L’orchestre de Bizet se transforme, allégé sans être diminué. Véritable oratrice, face au public, elle décortique avec humour et grâce "l’opéra-comique", mais tragique, de Georges Bizet.
À la manière de Phèdre !, où Romain Daroles racontait Racine seul en scène, Rosemary Standley raconte ici Carmen, souffle après souffle, acte après acte, air après air. Toréador prends garde, l’amour est enfant de bohème ! Elle explique, décrit, contextualise, puis chante de sa voix folk, plus veloutée et feutrée pour l'occasion.
Elle passe d’un personnage à l’autre. Don José, ténor, Micaëla, soprano, Escamillo, baryton, Moralès, basse, et bien sûr Carmen. Une comédienne-chanteuse, capable de jouer et chanter tous les rôles, changeant de tessiture et de couleur vocale, passant d’un registre à l’autre. Sublime, elle impressionne par cette maîtrise du plateau.
La chanteuse de Moriarty endosse ce rôle total dans la pureté, sans chercher l’effet de manche. Sa Carmen refuse les clichés. Le spectacle rappelle combien l’œuvre de Bizet, à sa création, avait choqué par son réalisme et sa violence sociale. Carmen ne s’explique pas. Elle s’impose.
Le charme virevoltant du chef-d’oeuvre
Rosemary Standley dialogue régulièrement avec la salle. Elle est à la fois pédagogue, conteuse, comédienne, chanteuse. Elle s’autorise même, par instants, des clins d’œil vocaux inattendus, jusqu’à chanter Mireille Mathieu avec talent. Le public suit le rythme, pris dans ce tourbillon permanent de parole et de musique. Le quintet accompagne, soutient, puis relance.
Certaines tensions dramatiques de l'opéra restent volontairement contenues. Le final, notamment. L’essentiel est ailleurs, dans la circulation des idées. Dans cette manière de raconter l’opéra tout en le jouant. Une performance exceptionnelle, saluée par une longue ovation du public.
Carmen. n’est ni une relecture provocatrice ni une simple réduction de l’œuvre de Bizet. C’est un voyage "à travers". Une manière d’aller au cœur du mythe. Une proposition singulière, à la fois ludique et rigoureuse, portée par une interprète qui tient la scène seule durant deux heures sans jamais perdre le fil. Une Carmen parlée, chantée, racontée. Jusqu’au point final. Prochain rendez-vous de cette trilogie féminine, le ballet Giselle…
Infos pratiques
Carmen.
Jeudi 5 février 2026 à 20h30
Vendredi 6 février 2026 à 20h30
Samedi 7 février 2026 à 21h
Le Cratère à La Prairie
Théâtre Éphémère, Alès
Parking gratuit au Champ de Foire
Billetterie
https://lecratere.fr/spectacle/carmen/