La jeune femme, à l'époque adjudante de gendarmerie spécialisée dans les violences sexuelles faites aux enfants, aurait été victime de viols conjugaux entre 2014 et 2019. Le 21 novembre 2019, elle prend son courage à deux mains et porte plainte contre son ex-compagnon pour viols, sur les conseils de son nouveau compagnon, lui aussi gendarme. La victime, ayant subi des violences sexuelles dans l’enfance, aurait découvert des vidéos d’elle dénudée, et visiblement inconsciente, dans l’ordinateur familial. Une découverte qui n’a pas eu de conséquences directes sur le couple. « Ils ont continué à avoir des relations sexuelles normales, (…) elle ne lui a pas fait la gueule », lance maître Iris Christol, avocate de la défense, soutenant que son client ne pouvait pas légitimement savoir qu’elle n’était pas consentante.
Sur l’une de ces vidéos, qui dure 14 minutes, le prévenu mord la fesse de sa compagne, une action qui n’entraîne aucune réaction physique de la victime, profondément endormie. Cette dernière, qui a fait le choix de déposer plainte au commissariat de Nîmes afin de ne pas être confrontée à ses collègues gendarmes, a fait l’objet d’analyses capillaires. La présence de molécules provenant d’antihistaminiques sédatifs a été soulevée sur « toute la longueur de ses cheveux », explique le directeur d’enquête, interrogé à la barre par la cour. « Cela laisse entendre un usage prolongé », ajoute-t-il. Pourtant, la victime assure ne pas être consommatrice de ces médicaments.
Des douleurs vaginales
N’ayant pas de souvenirs de ces soirées d’activité sexuelle, la jeune femme explique pourtant avoir eu des douleurs vaginales au lendemain de ces prétendus viols. Au cours de l’audience, certaines vidéos de rapports sexuels ont été diffusées, à l’attention des différents membres du jury. Certaines d’entre elles font état du consentement de la victime. Un constat moins clair dans d’autres, où la victime semble inanimée. Interrogée sur ces vidéos, la victime explique qu’elle pensait que c’était normal, l’accusé étant sa première relation. Le couple s’est formé à leur adolescence, lorsqu'elle était âgée de 15 ans et lui de 19 ans.
« Je n’ai jamais considéré nos relations comme des viols », se défend le prévenu, persuadé que sa compagne avait consenti à prendre part à des relations sexuelles, bien qu’étant endormie. « À ce moment-là, il ne pensait pas à mal », dit maître Manon Casteran, avocate de la défense. À l’occasion de leurs plaidoiries, maître Béatrice Lobier-Tupin et maître Anaïs Lopes, intervenant pour les parties civiles, ont mis un point d’orgue à souligner que le mariage n'octroie en aucun cas des droits sur le corps de son épouse ou de son époux. Une allégation et un dossier qui rappellent la tristement célèbre affaire des viols de Mazan, où Gisèle Pelicot a subi de nombreux viols, en étant chimiquement soumise à son mari et à une cinquantaine d’inconnus.
« Elle a accepté d’être fétichisée »
L’avocate générale, tenant compte du caractère répété de ces prétendus viols conjugaux, a requis 10 ans d’emprisonnement à l’encontre de l’accusé. Un quantum jugé excessif par la défense, qui souligne qu’il ne peut y avoir viol que si l’accusé avait connaissance de commettre ce crime. Une éventualité qu’il a toujours rejetée, ajoutant être persuadé qu’elle était consentante pour ces relations sexuelles qu’il décrit comme « riches ». « Être féministe en 2026, c’est accepter qu’une femme puisse choisir de se soumettre », plaide maître Iris Christol, avant de demander un acquittement pour son client, soulignant que cette dernière « a accepté d’être fétichisée ».
La cour, présidée par Claire Gadat, après une délibération de plus de quatre heures, a déclaré l'accusé coupable de viols aggravés et de captation d'images à caractère sexuel sans avoir obtenu le consentement de son épouse. Il est condamné à une peine d'emprisonnement de 5 ans, dont 42 mois assortis d'un sursis probatoire. Il va donc exécuter une peine de 18 mois de prison ferme, aménagée sous la forme d'un bracelet électronique. Durant sa peine de prison avec sursis, il est astreint à une obligation de soins et à une interdiction de paraître et de rentrer en contact avec la victime. Il est également inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles (Figes).