C'est un dossier qui était resté bloqué depuis de nombreuses années. L'aérodrome de Deaux, sujet de controverse, est mis sur le marché depuis plusieurs années par son propriétaire, la Chambre de commerce et d'industrie du Gard (CCI). D'abord estimé à 2,2 millions d'euros en 2016, il a fait l'objet d'une réévaluation demandée par la mairie de Deaux. Son prix serait désormais fixé à 2,6 millions d'euros.
Comme indiqué dans notre article en début de semaine, la CCI souhaitait, plutôt qu'une vente, une "cession des terrains nus" et une "suspension d'activité aéronautique dans un délai d'une à deux années" via un déclassement. C'est ce qu'indique un courrier signé par la CCI auquel Objectif Gard a eu accès. Adressé à l'aérodrome de Valréas, ce document évoque également le déménagement de hangars de 1 100 m² et 300 m².
Un projet à 15 millions
Pour rappel, alors que l'avenir de l'aérodrome semblait s'assombrir, le promoteur immobilier Altarea a récemment soumis une offre au prix demandé, avec un projet représentant un investissement total de 15 millions d'euros. Jean-Louis Altairac, entrepreneur bien connu du bassin alésien et l'un des pionniers de l'aérodrome, assure aujourd'hui le rôle de relais, "d'interface", entre Altarea et Alès.
Le projet, déjà présenté à la CCI, aux maires concernés et aux autorités, est selon lui "ambitieux et rentable". Altarea propose de maintenir l'activité aéronautique tout en développant du photovoltaïque sur les espaces délaissés de l'aérodrome. Le projet comprend notamment la construction de hangars autofinancés, une zone dédiée aux pompiers et une autre aux avions électriques. Il associe "développement photovoltaïque et maintien de l'activité aéronautique, avec création de hangars à usage professionnel et zones d'implantation pour des entreprises de toutes natures, sans coût pour les collectivités ni les contribuables". La CCI se montre enthousiaste sur le dossier, mais reste bloquée sur certaines conditions suspensives, qui nécessiteront une phase de négociation.
Une réunion décisive à l'aérodrome
C'est donc à l'aérodrome de Deaux que se sont réunis les différents acteurs du dossier ce vendredi 12 juin. Outre les représentants de l'association de l'aérodrome, étaient présents Grégoire Pierre-Dessaux, directeur général de la CCI du Gard, accompagné de Colette Ruegger et Philippe Lamouroux pour la délégation alésienne de la CCI. Étaient également sur place Pierre Meurin, député de la 4ᵉ circonscription du Gard, Didier Salles, maire de Deaux, Sébastien Ombras, maire de Vézénobres, Émile Soumbo, sous-préfet de l'arrondissement d'Alès, Annick Le Lan, directrice d'Alès Myriapolis et représentante d'Alès Agglomération, ainsi que Nicolas Dubois, directeur à la DSAC (Direction de la sécurité de l'aviation civile Sud).
Une réunion où la présence de la presse - pourtant conviée par certains élus - n'était visiblement pas appréciée par d'autres participants, notamment Didier Salles, maire de Deaux, et les représentants de la CCI qui, rappelons-le, avaient été contactés à plusieurs reprises sur le sujet sans répondre à nos sollicitations. Les échanges se sont donc déroulés à huis clos pendant plus d'une heure et demie. À la sortie de la réunion, le constat semblait partagé par la plupart des participants : ils regrettent la volonté de la mairie de Deaux de rester campée sur ses positions.
Les critiques se multiplient contre la position de Deaux
Sébastien Ombras, maire de Vézénobres, favorable au maintien de l'activité aéronautique et dont la commune détient 17 des 45 hectares encore concernés par l'aérodrome, a déclaré à l'issue de la réunion : "J'ai sauvé ce que j'ai pu sauver." Pour rappel, il déclarait déjà dans nos colonnes en 2025 : "On peut développer un projet aéronautique sans aucun problème, tout en développant une activité économique, et pas simplement un tiroir-caisse photovoltaïque qui peut tout à fait venir en complément d'une activité aéronautique dans laquelle il y a des gens, des familles."
De son côté, Mickaël Thery, ancien candidat à la mairie de Saint-Martin-de-Valgalgues et pilote-instructeur à l'aérodrome, fulminait à la sortie de la réunion. Le chef d'entreprise mettait directement en cause le positionnement de la mairie de Deaux : "La mairie veut fermer l'aérodrome et, avec cette décision, elle continuera d'enclaver davantage Alès. Chaque année, 100 collégiens gardois passent le brevet d'initiation aéronautique (BIA). Derrière, nous pouvons les former et en faire de futurs pilotes pour toutes les branches de l'aviation. C'est aussi un mauvais signal envoyé aux entreprises, qui risquent de partir."
La CCI reste ouverte à une vente
Sollicités à la sortie de la réunion, les représentants de la CCI ont rappelé que rien n'était acté à ce stade, le maire de Deaux restant sur ses positions. "Pour la CCI, nous sommes obligés de vendre l'aérodrome. Le maire de Deaux dit non au projet", ont-ils indiqué.
Cette réunion s'est tenue sans la présence d'Éric Giraudier, président de la CCI du Gard, retenu ailleurs en raison de la visite du ministre des Transports, Philippe Tabarot, ce vendredi dans le département.
Pierre Meurin appelle l'État à trancher
À l'initiative de cette rencontre, le député Pierre Meurin a longuement commenté les coulisses de la réunion. "On pourra constater que 95 % des personnes présentes étaient d'accord, mais une seule ne l'était pas, et c'est celle qui dispose du pouvoir de blocage", a-t-il expliqué. Selon plusieurs participants, Didier Salles serait intervenu essentiellement pour réaffirmer sa volonté de maintenir sa position et de refuser toute offre future dans l'immédiat.
Pour rappel, la commune de Deaux, qui compte 638 habitants et détient 28 des 45 hectares concernés, bénéficie d'un droit de préemption en cas de vente de l'aérodrome. La municipalité aurait d'ailleurs formulé une offre au prix demandé par la CCI. Toutefois, un désaccord persiste sur la valeur réelle du site : 2,6 millions d'euros selon les Domaines, contre 700 000 euros selon le président d'Alès Agglomération. Un différend qui s'inscrit également dans un contexte de relations particulièrement tendues entre Didier Salles et Christophe Rivenq, président d'Alès Agglomération.
Un projet photovoltaïque aux nombreuses interrogations
Pour Didier Salles, l'objectif semble être la fermeture de l'aérodrome et sa reconversion en site principalement dédié au photovoltaïque, en partenariat avec un promoteur. Reste désormais à savoir comment une commune de la taille de Deaux pourrait financer une acquisition à hauteur de 2,6 millions d'euros afin de mener à bien un tel projet.
Pierre Meurin prévoit désormais de rencontrer le ministre des Transports, Philippe Tabarot, afin d'évoquer l'avenir du dossier. "Il faut que tout le monde fasse un effort si le projet est validé. Les exploitants devront notamment présenter des plans de vol traçables, limiter les nuisances sonores et clôturer l'aérodrome, car des rodéos sauvages ont déjà eu lieu sur place. L'entreprise doit passer d'un fonctionnement artisanal à une véritable société commerciale. Ne serait-ce que parce que l'activité est déficitaire d'environ 50 000 euros par an", explique le député.
Il rappelle également qu'une fermeture du site nécessiterait non seulement le déclassement de l'aérodrome, mais aussi des procédures liées au Code général de la propriété des personnes publiques (CG3P), qui régit l'occupation du domaine public.
L'État toujours silencieux
Du côté de l'État, représenté lors de la réunion par le sous-préfet d'Alès, aucune position officielle n'a encore été exprimée. Un silence qui agace Pierre Meurin : "Je suis assez d'accord pour dire que l'État pourrait mettre fin à ce cirque. Ce n'est pas au maire d'une commune de 500 habitants de décider seul de l'avenir d'une infrastructure qui peut avoir un intérêt au minimum régional. Même si le sous-préfet est plein de bonne volonté."
Reste désormais à déterminer la viabilité juridique et financière du projet soutenu par la mairie de Deaux, qui demeure encore largement inconnue. En attendant, la procédure de déclassement de l'aérodrome devrait prendre au moins trois ans, voire davantage, laissant du temps aux négociations et aux éventuels rebondissements.