C’était une réouverture attendue, après presque deux ans de travaux et un budget qui avait explosé à cause des surcoûts liés au parking de l'Abbaye. Les halles d'Alès ont vécu une belle année de reprise. Mais malgré tout cela, et un bilan plus que positif pour la mairie et les commerçants, les améliorations et les critiques sont toujours au menu du jour.
Un an après leur réouverture, les Halles de l’Abbaye d’Alès affichent une fréquentation de 50 000 passages par mois, soit 2,5 fois plus que les prévisions initiales. La mairie, qui a misé gros sur ce projet, voit ses efforts récompensés : clients et commerçants saluent un cadre neuf, isolé, climatisé et lumineux, bien loin des anciennes Halles, jugées vieillissantes et peu accueillantes.
Le président des commerçants des Halles, Karim Mezghenna, confirme : « Ce n'est que du positif. On pensait que l’effet nouveauté allait s’estomper après le premier été, mais ce n’est pas le cas. Les commerçants travaillent dans de meilleures conditions et les clients sont ravis. » Une satisfaction partagée par Bertrand Mirailles, gérant de Couleur Épicée : « On a des Halles neuves, bien isolées, insonorisées, climatisées… C’est un cadre de travail bien plus agréable. »
Une plus grosse affluence que prévue
Pour les clients, l’amélioration est flagrante. « Il y a une bonne ambiance et on y retrouve des produits de qualité. Les Halles avaient bien besoin de cette rénovation », témoigne l’un d’eux. Même son de cloche du côté de la Brûlerie, présente depuis 30 ans : « Ça a boosté l’affluence et le chiffre d’affaires. On est très contents du changement », explique Jean-Rémy Redares.
Christophe Rivenq, maire d’Alès, se dit « globalement plus que satisfait » : « C’est une réussite, même s’il reste des choses à régler. Les Halles sont un point d’attractivité fort pour la ville, avec 50 000 passages par mois, alors qu’on en attendait 20 000. Sans elles, Alès perdrait 30 000 à 40 000 passages mensuels. » Un projet coconstruit avec les commerçants, malgré des désaccords initiaux, notamment sur les traversants ou les horaires.
Une façade à finaliser
Pourtant, le chantier n’est pas encore totalement terminé. La façade extérieure, dont la pose de la résille est prévue pour fin 2026, attend toujours la liquidation judiciaire de l’entreprise initialement chargée des travaux. « Ça laisse un petit goût d’inachevé », regrette Sébastien Garcia, gérant de la Poissonnerie sétoise.
Autre point noir : la gestion des déchets. « Ils ne prennent ni le polystyrène ni le bois. Pour moi, c’est un camion de déchets par semaine qui n’est pas pris en charge. C’est très compliqué », déplore-t-il. Un problème logistique qui pèse sur certains commerçants, malgré les efforts de la mairie.
Christophe Rivenq reconnaît ces difficultés : « La finition extérieure est liée au dépôt de bilan d’une entreprise. On ne peut pas poursuivre les travaux tant que la liquidation n’est pas prononcée. Mais les Halles seront terminées pour 2027, je l’espère, et l’argent est prévu. » Il évoque aussi des problèmes d’éclairage, de température ou d’accès au parking, déjà en partie résolus par la municipalité.
Un lieu de vie convivial, mais des habitudes à prendre
Les Halles sont devenues un véritable lieu de vie, avec des événements réguliers (rencontres associatives, déjeuners, brunchs) et une ambiance conviviale. « Les gens viennent manger, se faire plaisir. Ils consomment différemment et cherchent des produits qu’on ne trouve pas ailleurs », souligne Sébastien.
Côté clientèle, les retours sont en grande partie excellents, mais quelques-uns restent encore mitigés. Si certains, comme Kyle, touriste anglais, saluent « un endroit qui représente bien la France, avec de bons produits et une belle présentation », d’autres regrettent « un manque de charme » ou un côté « trop luxueux pour un marché populaire ».
« Il y a encore 50 % de la population alésienne qui n’est pas venue. Il faut les inciter à découvrir les Halles, ne serait-ce que par curiosité », estime Sébastien Garcia.
Léa Boyer, adjointe en charge du cœur de ville, insiste sur la dimension sociale : « C’est un lieu de rencontre et d’échange. Les gens y passent du temps, pas seulement pour acheter. Et c’est climatisé, ce qui est un atout en période de canicule, mais aussi chauffé pendant l’hiver. »
Les mercredis d'Alès, un nouveau projet
Pour attirer encore plus de monde, les commerçants misent sur des animations permettant de faire vivre le centre-ville et les Halles pendant l’été. Sur le modèle des Jeudis de Nîmes, très populaires dans la capitale gardoise, les Cévenols veulent instaurer les Mercredis des Halles.
L’idée serait d’ouvrir les Halles sur l’extérieur ainsi que les commerces de la place et des alentours, de 18 h 30 à 22 heures, du 15 juillet au 19 août. Des enseignes comme la Brûlerie, Le Sicilien, La Ficelle et d’autres commerçants proposeront de quoi manger et boire. Un orchestre sera présent chaque mercredi sur la place de l’Abbaye.
« Le but sera d’animer le cœur de vie du centre-ville et de proposer des rendez-vous nocturnes », résume Patrick Zabala, de la Fromagerie de l’Abbaye.
« On veut en faire un rendez-vous incontournable, comme les Jeudis de Nîmes », confie le maire. « Les commerçants sont force de proposition et on les accompagne. »
Un modèle de rotation
Contrairement à d’autres marchés, les Halles d’Alès sont gérées directement par la mairie, avec des tarifs accessibles et une priorité donnée aux producteurs locaux. « C’est un choix politique fort. On ne peut pas comparer avec des halles privées ou composées à 100 % de revendeurs. Ici, on fait la promotion des produits du territoire », explique le maire. « On y trouve des tomates de la Prairie, des légumes de saison, des produits d’écailler… C’est une halle de producteurs. »
Un modèle qui implique des contraintes : certains étaliers ne peuvent pas être présents tous les jours, car ils doivent aussi travailler dans leurs champs. « Il faut arrêter de dire que les Halles sont vides certains jours. On y trouve de tout, tous les jours, car il y a une rotation chez les étaliers », martèle Christophe Rivenq.
Des commerçants globalement optimistes
Malgré les défis, l’optimisme domine : « La réouverture nous a impactés positivement. Les clients reviennent car ils voient que les Halles sont propres, chauffées ou climatisées », explique Patrick Zabala, patron de la Fromagerie de l’Abbaye, située sur la place, en face des Halles. « On respire un peu plus, car on a subi ces deux années de travaux, mais grâce à notre clientèle fidèle, on a pu tenir le coup », ajoute-t-il.
Dominique Castronovo, patron du Bistrot Siciliano, se réjouit également : « C’est un joli concept. La mairie a fait un très bon travail. Ça a surtout ramené du monde. » Cette bonne entente se traduit aussi par l’organisation de projets communs entre commerçants, comme la bodega organisée pendant la feria d’Alès. « C’était un projet en collaboration avec La Ficelle, qui est un bar à vins et caviste. On voulait proposer une bodega moins festive que ce qui se fait habituellement, mais avec des orchestres, des musiciens, un DJ le midi et une ambiance plus familiale. »
Un événement qui a reçu de bons retours et qui pourrait être reconduit l’année prochaine, avec un nouveau projet déjà en réflexion. Mais parmi les bémols, on peut noter le départ de deux boutiques : celle de Fanny Schmitt, Façons à table en Cévennes, ainsi que Le Pain au levain. La première a quitté les Halles pour une opportunité professionnelle difficilement refusable, la seconde pour des raisons logistiques.
Une candidature au « Plus beau marché de France » ?
La mairie envisage également de candidater au concours « Plus beau marché de France », organisé par TF1, mais attendra 2027, une fois la façade terminée.
« Certains nous ont dit qu’on pourrait viser directement le podium avec cet outil-là. Si on gagne, on pourrait atteindre le million de visiteurs par an. Ce sont les statistiques observées chez les précédents vainqueurs du concours », estime Christophe Rivenq. « Ce serait une belle vitrine pour Alès. »
En attendant, les Halles continuent de s’imposer comme un poumon économique et social pour le centre-ville. « On a une offre pour venir passer du bon temps dix fois supérieure à celle d’avant », résume Sébastien, de la Poissonnerie sétoise. « Le positif, c’est que les gens viennent consommer différemment. »
Un mot sur le parking ?
Le parking, dont le coût a explosé de 700 000 à 3 millions d’euros en raison de problèmes de stabilité, est désormais fonctionnel.
« Il est terminé, à part un petit problème d’étanchéité qui sera réglé », précise le maire. « Et il reste gratuit la première heure, avec des tickets commerçants pour prolonger le stationnement. »
Une solution pour faciliter l’accès aux Halles, même si certains aimeraient davantage de places.