Publié il y a 1 h - Mise à jour le 01.06.2026 - Baptiste Petit - 4 min  - vu 551 fois

FAIT DU JOUR "Je demande juste à travailler" : un boucher interdit de s'installer par Carrefour

Carrefour Nîmes étoile

- Baptiste Petit

En mai 2025, un bail commercial est signé pour l'ouverture d'une boucherie dans la galerie marchande de Carrefour Nîmes Étoile. Un an plus tard, le commerçant n'a toujours pas pu effectuer de travaux dans son local.

Issu d'une famille de bouchers depuis trois générations, un jeune entrepreneur gardois de 31 ans a décidé de perpétuer un savoir-faire familial de plus de 50 ans en ouvrant sa propre boucherie dans la galerie marchande de Carrefour Nîmes Étoile. Un projet pensé pour son père, qui part à la retraite dans deux ans. Mais depuis la signature de son bail commercial en mai 2025, ce projet de vie se heurte à un mur. Malgré un dossier complet, toutes les autorisations administratives en poche et le soutien de son bailleur, il ne peut toujours pas démarrer ses travaux, bloqué par la direction du magasin.

Derrière ce blocage, un bras de fer qui oppose le jeune homme à la direction du magasin, avec en toile de fond une situation de concurrence déloyale que le jeune entrepreneur ne s'explique pas autrement.

“C’était le dossier le plus complet”

Tout avait pourtant bien commencé. Le local appartient à la SGM, Société des Grands Magasins, propriétaire de l'ensemble de la galerie marchande. C'est elle qui a accordé le bail commercial à ce jeune entrepreneur, après avoir sélectionné son dossier parmi plusieurs candidats. "C'était le dossier le plus complet, j’irai même jusqu'à dire irréprochable. Mon profil et ma personnalité ont fait la différence, ce qui, je pense, a permis d'avoir l'accord pour cet emplacement", explique-t-il. Architecte, maître d'œuvre, coordinateur SPS, bureau de contrôle. Le projet est monté dans les règles de l'art. La mairie de Nîmes a délivré les autorisations après passage en commission de sécurité et en commission d'accessibilité. Le responsable unique de sécurité de la galerie a lui aussi validé le projet. Tout semblait en ordre pour démarrer les travaux début décembre 2025.

Mais depuis, c'est l'impasse. Pour démarrer les travaux, le règlement intérieur de la galerie exige notamment des permis feu, délivrés par la société de sécurité en charge du centre commercial. Ces permis n'ont jamais été signés. "Le directeur du magasin n'a jamais voulu les signer, sans raison. Il refuse le dialogue avec tout le monde", déplore le jeune entrepreneur. Les demandes d'agents de nuit, également nécessaires pour certains travaux, sont restées sans réponse. "J'ai fait toutes mes demandes, sauf que je n'ai jamais eu de réponse pour démarrer les travaux. Sans que l’on me donne une raison particulière."

Le local reste donc fermé et sans travaux dans l'attente d'une débouchée • Baptiste Petit

Des palettes devant le local, un huissier mandaté

Le bras de fer a pris une tournure plus concrète il y a environ deux mois. En arrivant un matin avec ses artisans pour réaliser de petits travaux ne nécessitant pas de permis feu, le jeune entrepreneur découvre des palettes empilées devant l'entrée de son local, en pleine allée de la galerie. "C'était dangereux pour tout le monde", dit-il. Son bailleur, la SGM, a immédiatement mandaté un huissier de justice pour constater les faits. "Il y avait un agent de sécurité en train d'enlever les palettes au moment où on est arrivés avec l'huissier." Selon lui, les palettes avaient été posées à 5h du matin et retirées le lendemain à la même heure. Les photos et le procès-verbal d'huissier ont été conservés, afin de conserver les preuves de ces agissements.

Les palettes placées devant le local, empêchant tout accès à l'intérieur • DR

"Une stratégie de concurrence déloyale"

Pour le jeune entrepreneur, l'explication de ce blocage tient en un mot : “J'ai l’impression d’avoir affaire à une stratégie délibérée de concurrence déloyale visant à étouffer mon commerce avant même son ouverture. Après, je n’accuse pas, ce n’est que mon ressenti.” Une boucherie existe déjà à l'intérieur du Carrefour et il pense que le directeur craint pour cette activité. "Dans d'autres Carrefour en France, comme à Bordeaux, il existe une boucherie alors qu'il y en a aussi une dans le magasin de grande surface", précise-t-il. "J'ai l'impression que c'est par peur que sa boucherie, à l'intérieur du magasin, cesse de fonctionner." Mais il conteste la légitimité de ce raisonnement. "Si on part de ce principe, on n'a pas le droit d'ouvrir une boulangerie parce qu'ils vendent du pain à l'intérieur. On n'a pas le droit d'ouvrir un bar à sushis parce qu'ils en vendent déjà. Ce n'est mentionné nulle part dans le règlement intérieur des copropriétaires."

La SGM tente de débloquer la situation, la justice saisie

Face à cette situation, le jeune entrepreneur peut compter sur le bailleur. "La société SGM, qui est le bailleur, met tout en œuvre pour que l'ouverture se fasse malgré les divers tiers apportés par la direction qui s'oppose à ce projet. Car, pour rappel, les murs appartiennent à SGM et non à Carrefour", confirme-t-il. Des procédures judiciaires ont été engagées pour faire avancer les choses et éclaircir la situation. En attendant, le jeune homme reste dans l'attente, avec des mois de frais engagés sans pouvoir ouvrir. "Je demande juste à travailler. Ça fait plus d'un an que je suis sur ce dossier. Il me manque juste qu'on me signe les permis feu."

Contactée à deux reprises, la direction du Carrefour Nîmes Étoile n'a pas répondu à nos sollicitations.

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