Publié il y a 50 min - Mise à jour le 15.08.2026 - Julia Razil - 4 min  - vu 145 fois

FAIT DU JOUR Le corps meurtri mais le mental intact, le raseteur Youssef Zekraoui prépare son retour

Violemment percuté par un taureau lors de la Cocarde d'Or, le 6 juillet dernier aux arènes d'Arles, le raseteur Youssef Zekraoui a frôlé la mort. Poumon perforé, foie contusionné, quatorze côtes et plusieurs vertèbres fracturées : le bilan est lourd. Deux jours après sa sortie de l'hôpital, il a entamé son parcours de rééducation. Avec un objectif clair : retrouver la piste dès le mois de mars.

Ce jour-là, dans les arènes d’Arles, il a frôlé la mort. "Quand le taureau m’a percuté, que je me suis retrouvé projeté au sol, incapable de me redresser, que je suis devenu comme sourd et que j’ai vu tout ce sang couler de ma bouche… je me suis vu mort." Youssef Zekraoui sait trop bien que ce genre de choc ne pardonne pas toujours.

Ce 6 juillet, jour de la Cocarde d’Or, le sixième taureau s’appelle Rugby, cocardier de la manade de Méjanes. Entre 500 et 550 kg de muscle, une charge à 30 ou 40 km/h, et un impact contre un poteau. "En combinant tous les facteurs, on estime que j’ai subi une pression équivalente à une tonne, voire une tonne et demie, sur le haut du corps. Les médecins m’ont dit qu’avec une telle violence, j’aurais dû faire un arrêt cardiaque."

Inconscient, il est évacué vers l’infirmerie des arènes. Son premier réflexe à son réveil : lever ses jambes. Il pense alors à Joey Deslys, ce raseteur paralysé depuis un choc en 2018 à Alès. À Enzo Robert, mort en 2022 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à la suite d'un choc similaire. Et à Kevin Bruguière, disparu à Vallabrègues en 2020. Trois jeunes raseteurs, trois destins brisés. "Je mesure ma chance", confie Youssef Zekraoui.

"Les médecins m’ont dit que j’aurais dû faire un arrêt cardiaque"

Pour autant, le bilan est très lourd : deux pneumothorax, un poumon perforé, une contusion au foie, 14 côtes fracturées, une vertèbre cervicale brisée, la fracture de deux vertèbres dorsales, et un nez cassé. Deux semaines au CHU de Nîmes entre la réanimation puis les soins intensifs. Sous oxygène, avec des drains pour évacuer ses poumons, une surveillance accrue pour le foie très impacté et la plèvre décollée. Deux passages au bloc opératoire. Treize jours totalement alité. Une perte de 8 kg. "J’ai reçu de gros coups dans ma carrière, mais là, j’ai eu l’impression que le taureau m’avait littéralement coupé en deux. Je ne suis pas passé loin", admet-il. 

Les coups physiques sont douloureux. Ceux portés au moral aussi. "Ce qui est le plus dur, c’est d’être blessé en pleine saison. Surtout que je faisais une bonne saison, et elle s’est arrêtée sur un accident un peu bête. Si ça avait été sur un vrai raset, j’aurais mieux accepté. J’ai sauté, on m’a gêné à la réception… C’est le jeu, c’est les taureaux. Quand on entre dans une arène, on sait ce qui peut arriver. Mon plus grand regret, c’est de finir la saison comme ça."

Dans sa rééducation, Youssef Zekraoui est entouré d'une équipe de professionnels avec à sa tête le kinésithérapeute nîmois Mathias Willame. • @Yannick Pons

Mais déclarer forfait ? Hors de question. Youssef Zekraoui, connu pour son tempérament de guerrier, a déjà surmonté de graves blessures par le passé. "Ce n'est pas dans mon caractère d'abandonner". Deux jours seulement après sa sortie de l’hôpital, il entame une rééducation encadrée par les professionnels du cabinet nîmois HumanPhysio. "La première chose qu’il m’a dite quand je suis allé le voir à l’hôpital, c’est qu’il voulait être prêt pour la prochaine Cocarde d’Or", sourit Mathias Willame, son kinésithérapeute depuis plus de deux ans.

Dès qu’il a pu se lever, les séances de radiofréquence ont commencé. Une technique qui permet de commencer doucement la rééducation tout en soulageant les douleurs. "L’objectif est aussi de détendre la cage thoracique tant qu’elle est encore souple, pour éviter qu’elle ne devienne rigide comme du béton", explique Youssef. Prochainement, il débutera des séances de kiné respiratoire.

Séance de radiofréquence. • @Yannick Pons

Pas de précipitation

Autour de lui, une équipe pluriprofessionnelle veille à sa rééducation et à sa réathlétisation. Deux fois par semaine, après chaque séance de radiofréquence, il suit une mise en route musculaire globale et à intensité modérée. "On gagne du temps. Dès qu'on aura le feu vert des médecins, on passera à la grosse rééducation, à la préparation pour pouvoir rattaquer début mars", explique Youssef. "L’idée, c’est de l’accompagner en attendant la consolidation du système ostéo-articulaire, la cicatrisation du foie et la récupération de la cage thoracique", détaille Mathias Willame. La consolidation prend généralement entre 3 et 4 mois, mais pour un athlète de haut niveau comme Youssef, cela pourrait être un peu moins.

Vingt minutes de vélo, des squats... pour le moment, la mise en route musculaire globale se fait à intensité modérée. • @Yannick Pons

Pas de précipitation pour autant. Chez lui, à Paradou, le raseteur travaille le bas du corps : marche matinale et vespérale, un peu de vélo, "mais sans aller jusqu’à l’essoufflement". Expérimenté, Youssef connaît les grosses blessures et les reprises. Mais cette fois, il ne compte pas forcer le destin. "Je vais prendre le temps de me soigner, de travailler, de respecter les délais de récupération. Ça prendra du temps, mais ni les médecins ni les kinés ne savent combien." Retrouver ses capacités dépend de lui, de sa capacité à guérir. Quatre jours après l’accident, sa plèvre s’était déjà recollée. "Preuve que je suis en bonne santé", sourit-il. 

"Certains doutent de mon retour"

Prudent mais toujours aussi déterminé, Youssef Zekraoui garde le cap. "Certains doutent de mon retour. Ils pensent que je ne reviendrai peut-être que pour une course, ou que je reviendrai mais pas à mon meilleur niveau. Ça me donne encore plus de motivation, encore plus d'envie de revenir sur la piste. Mon objectif ? Reprendre dès le début de la saison prochaine, en mars, et retrouver un niveau optimal. N'en déplaise à certains."

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