Une trentaine de bénévoles pour installer les décorations et les professionnels qui arrivent les uns après les autres : la matinée de Tom Jung est bien remplie ce vendredi, pour placer autant les outils que les artisans au bon emplacement. C'est que le festival de tournage d'art sur bois, dont il fut à l'initiative il y a deux ans, a grandi. Cette troisième édition ajoute même une nocturne aux deux jours de rencontre. Et l'enthousiasme des artisans à y participer prouve aussi que le festival est venu combler un manque ressenti, donc, depuis l'abandon des Journées mondiales de tournage d'art sur bois, il y a plus de 20 ans.
"L'idée était de créer un événement AFTAB (association française pour le tournage d'art sur bois) ouvert et gratuit, rembobine Tom Jung. Pour faire découvrir le métier au grand public." Alors que les tourneurs professionnels avaient plutôt tendance à se retrouver lors de séminaires ou de "congrès payants, et plus rien n'existait pour les gens".
L'AFTAB existe pourtant depuis 1993. Et les anciens avaient laissé les jeunes prendre leur place... sans qu'ils ne l'occupent véritablement. Aujourd'hui, même si "on est un métier plus de niche que les céramistes, par exemple", le regain d'intérêt est évident et les lycées de métiers d'art proposent désormais des formations de tournage. À Anduze, deux structures viennent d'ailleurs expliquer leurs formations durant tout le week-end : un lycée public de Revel, en Haute-Garonne, et l'école Escoulen, structure privée varoise à Aiguines, montée par Jean-François Escoulen, figure bien connue du tournage sur bois depuis 1972.
Si bien que le festival illustre une forme de bascule de la pyramide des âges, avec "entre 60 et 70% de jeunes", recense Elisabeth Mézières, tourneuse également présente depuis le premier festival, sur la quarantaine d'artisans présents. "Avec des idées nouvelles", insiste Elisabeth Mézières. La profession tend aussi à se féminiser, alors que "au départ, on était seulement trois filles".
Un rajeunissement et une féminisation en phase avec "les choses qui ont évolué, comme les réseaux sociaux, qui ont permis la diffusion, ce qui a fait connaître le métier. Mais nous, poursuit Elisabeth Mézières, on a envie de faire découvrir le tournage plus classique, ainsi que celui plus contemporain." Joindre "l'alimentaire et l'artistique", en quelque sorte. "Pendant longtemps, on a été réduits à la fabrication de pieds de table ou de pieds de lampe", ironise la créatrice, dont la touche artistique saute aux yeux (à voir ici).
"Il y a beaucoup de partage dans le milieu du bois, on n'a pas du tout la culture du secret, et on se connaît tous, se réjouit encore Elisabeth Mézières. Le festival est aussi fait pour qu'on se connecte." Quand, par comparaison, les céramistes ont plutôt tendance à garder leurs secrets de fabrication pour conserver une touche personnelle. "Et puis, le but du festival est aussi festif, reprend Tom Jung, que ce ne soit pas que de la vente". Ce vendredi soir, une soirée DJ vient d'ailleurs clôturer la nocturne, à 22h, tandis qu'un spectacle et un concert animeront le samedi soir jusqu'à une heure du matin, au parc des Cordeliers.
Les professionnels travailleront, ce week-end comme le reste de l'année, le bois de leur région. Le choix est évidemment écologique et repose sur l'utilisation des ressources naturelles à portée de soi. Mais aussi "financier et économique", appuie Tom Jung, car le coût d'un apport de bois lointains est trop important. Chênes blanc et vert, acacias, robiniers, fruitiers et frênes seront donc travaillés tout ce week-end, notamment au cours des quatre démonstrations réparties sur les samedi et dimanche.
"Une partie des tourneurs présents ici expose dans de grandes galeries, poursuit Tom Jung, certains sont sollicités par des designers. Ils nous font une fleur en acceptant d'exposer leurs oeuvres en plein air." L'invité d'honneur, le Suisse Jérôme Blanc, est de ceux-ci et ses réalisations sont plus assimilables à des oeuvres d'art qu'autre chose, dans lesquelles il introduit de la couleur. "Les gens sont de plus en plus éduqués à l'artisanat d'art", constate Tom Jung. Et son festival y contribue car, tandis que les démonstrateurs de tournage sur bois montreront leur talent, les enfants pourront s'initier au tournage sur des légumes. "L'artisanat et le travail manuel sont de plus en plus attirants", constate Tom Jung. S'il se fait aussi culinaire, il n'a pas fini d'attirer...