C’est un projet longtemps resté secret, qui a démarré « il y a presque deux ans, lorsque le proviseur du lycée Thierry Delaigue nous appelle pour nous dire que suite à la réorganisation du lycée, il a quelque chose à nous proposer », rejoue Jean-Christian Rey. Ce quelque chose, c’est le grand bâtiment situé dans l’enceinte du lycée, derrière la boulangerie Caractères de pain, qui fut jadis un internat, puis pendant des décennies des salles de classe, jusqu’à la rentrée de 2024, lorsque l’ensemble du deuxième lycée du Gard a été regroupé sur le site Vigan-Braquet.
Un bâtiment muni d’un ascenseur, de deux cages d’escaliers, en bon état général. Au début, le président de l’Agglo et le maire Jean-Yves Chapelet se disent qu’il est « peu probable d’en faire des bureaux », affirme Jean-Christian Rey. Puis, « on se dit qu’avec autant d’espace, c’est pour le musée », reprend-il. Il faut dire que la surface utile du bâtiment est de 4 375 mètres carrés, soit à peu près la surface qu’aurait dû faire le projet de musée aux Cèdres, abandonné car trop onéreux (4 321 mètres carrés). Et surtout, bien plus grand et accessible que le musée actuel, situé au deuxième étage de l’hôtel de ville, dont la collection, renommée, est à l'étroit.
Le « go » de la Région
Les deux élus sondent la conservatrice départementale, Lucienne Del’Furia, qui les invite à creuser l’idée : « Elle nous a dit que c’était parfait, il y a des volumes pour les expositions permanentes et temporaires, pour les réserves et pour des bureaux », affirme le président de l’Agglo. Situé à un jet de pierre du centre-ville, le site a aussi l’atout de bénéficier d’espaces extérieurs, en l'occurrence une cour arborée plus utilisée par le collège Gérard-Philipe voisin, et d’anciens terrains de sport pouvant être transformés en parkings.
Reste un hic : le bâtiment n’appartient ni à la ville, qui gère le fonctionnement du musée et une partie de la collection, ni à l’Agglo, chargée de l’investissement sur le projet, mais à la Région, à qui l’État l’aurait transféré dans les années 1980, lors de la décentralisation. « Il y avait tellement de choses à lever pour savoir si c’était faisable que nous avons préféré rester discrets », affirme le maire, qui rencontre avec Jean-Christian Rey la présidente de la Région Carole Delga en décembre 2024 lors de l’inauguration de la Pyramide. « Nous lui avons fait une proposition : nous transmettre le bâtiment à l’euro symbolique, son estimation par les Domaines correspondant à l’engagement de la Région sur le projet de nouveau musée, rejoue Jean-Christian Rey. Elle nous a dit OK sur le principe, elle a été top, a tout de suite compris les enjeux. »
Le projet a donc prospéré, et en octobre dernier, Carole Delga a officialisé sa position dans un courrier. « À partir de là, on entre dans une autre phase : saisir les Domaines pour estimer le bien, mener des vérifications, et en ce tout début d’année les feux se mettent au vert », affirme le président de l’Agglo. De quoi « économiser la construction, reprend-il. C’est un projet à chiffrer, il faut retravailler les volumes, revoir le chauffage et l’isolation, mais le bâtiment est aux normes. Nous allons mettre les finances sur le rayonnage, l’hygrométrie, tout en gagnant au final plusieurs millions d’euros par rapport au premier projet, chiffré à 20 millions d’euros. » En clair, « c’est une aubaine », résume le président.
« Pas un projet à dix ans »
Aussi « en termes de délais, rajoute le maire. Ce n’est pas un projet à dix ans, quelques années tout au plus, car tout est là. » Reste la question des entrées : les élus imaginent l’entrée du public par l’arrière de la boulangerie et une entrée par l’ancienne carrosserie Borel pour le parking et les livraisons.
Pour démarrer, « il nous manque le retour des Domaines, et dès qu’on l’a, on lance l’étude, avance Jean-Christian Rey. On va reprendre le Projet scientifique et culturel du musée, qui était déjà en cours de modification pour le projet d’extension du musée au sein de la mairie, donc il sera modifié, mais pas beaucoup. » Donc, « je pense qu’avant l’été, on sera calés sur tous les aspects administratifs, et nous aurons les résultats de l’étude bâtimentaire d’ici la fin de l’année pour ensuite lancer les travaux, sachant qu’il y a 99 % de chances que nous n’ayons pas besoin d’un permis de construire, sauf peut-être pour le parvis de l’entrée, mais ce n’est pas sûr », poursuit-il.
Avec ce nouveau projet, qui intervient après celui des Cèdres, « un très beau projet, mais pas réaliste financièrement », commente le président, puis celui du maintien du musée dans l’hôtel de ville avec un déménagement de la mairie à Carcaixent, déménagement abandonné à ce stade, sans compter les problèmes d’accessibilité de l’hôtel de ville, on s’orienterait enfin vers la fin du long feuilleton du déménagement du musée. Reste un obstacle à franchir, et non des moindres : les élections municipales et communautaires de mars.