Le Symadrem est le syndicat mixte interrégional chargé de la gestion des digues et de la prévention des inondations dans le delta du Rhône et sur le littoral maritime. Créé après les inondations de 1993 et 1994 en lieu et place d’associations syndicales de riverains, il s’efforce, depuis sa création, de remettre à niveau les ouvrages de protection de la population et des territoires face aux crues du Rhône. En effet, la protection contre les colères du fleuve a été réalisée en grande partie après les grandes crues de 1840 et de 1856. Ce système a près de 200 ans, avec des digues construites parfois avec de la terre et même du sable, enfin des matériaux que l'on trouvait sur place. Il présentait une exposition très forte au risque de brèches.
Pour pouvoir sécuriser les personnes et les biens dans le delta jusqu'à une crue millénale, depuis Tarascon-Beaucaire jusqu'à l'embouchure du Rhône et du Petit-Rhône, de grands travaux ont été engagés à partir de 2007, financés par l'État et les collectivités locales. Les travaux ont bien avancé. Les digues ont été reconstruites entre Beaucaire et Fourques dans le Gard, et entre Tarascon et l'aval d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Au total, 225 millions d'euros (HT) ont été investis.
Il convient de poursuivre les aménagements en bordure du Petit Rhône, l'aval de Fourques de l'écluse de Saint-Gilles à Sylvéréal rive droite, et de Trinquetaille à Albaron rive gauche. C'est tout l'objet de la rencontre ce vendredi 26 juin entre Pierre Raviol, le président du Symadrem, Juan Martinez, Lucien Limousin les vice-présidents et Thibaut Mallet, le directeur, et les préfets des Bouches-du-Rhône et du Gard qui se déplacent à Arles, au siège du syndicat mixte.
Reconstruire des digues en recul du Petit Rhône
"La Direction départementale des Territoires et de la Mer des Bouches-du-Rhône pensait, suite à une étude flash, que rabaisser les digues côté Camargue suffisait pour sécuriser l'ensemble des autres digues du Petit Rhône. Nous avons dit que ce n'était pas possible. Finalement, les services de l'État ont estimé que le Gard risquait beaucoup. Cela concerne la protection des communes de Saint-Gilles, de Bellegarde, de Vauvert, de Saint-Laurent-d'Aigouze, d'Aigues-Mortes, du Grau-du-Roi, de Beauvoisin, du Cailar. Notre ambition, c'est de reprendre les digues existantes, de les démonter et d'en reconstruire en recul du fleuve, depuis l'écluse de Saint-Gilles jusqu'à Sylvéréal côté gardois", résume Thibaut Mallet. "Dans les Bouches-du-Rhône, il faudrait aller de Trinquetaille à l'autoroute, et de cette dernière jusqu'à Albaron. Après Albaron, s'il y a un problème de digue, de brèche, l'eau du petit Rhône peut se déverser sans problème dans l'étang du Vaccarès."
"Nous sommes prêts pour démarrer les travaux au printemps prochain", assure Pierre Raviol qui attend les enquêtes publiques. Le montant des travaux avoisinerait 85 millions d'€ HT dans le Gard et à peu près autant dans les Bouches-du-Rhône, 25 millions pour les huit premiers kilomètres et 55 pour les suivants. C'est à l'État de décider du timing des trois tranches de travaux de réfection des digues. "Elles seront faites pour résister à une crue millénale. On va supprimer le risque de brèches, car quand une brèche survient, c'est toute l'eau du Petit Rhône qui vient dans les terres. On se souvient des inondations de 1840 à Aigues-Mortes avec 2,60 mètres d'eau dans les rues de la cité médiévale !"
Des travaux à mener en plusieurs phases sur une dizaine d'années sont donc à programmer et à financer. "Nous sommes à la moitié du gué, car on veut continuer à protéger les gens du risque inondation, qui ne faiblit pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire avec le réchauffement climatique", ajoute Pierre Raviol.
"Débit du fleuve: on passe de 4 à 2 saisons"
Globalement, au niveau mondial, il y aurait plus de pluviométrie les hivers. Sur le bassin versant du Rhône, on va assister à des changements. "Traditionnellement, le niveau du débit du fleuve était haut à l'automne, bas l'hiver, haut au printemps avec la fonte des neiges, et faible en été. Ces quatre saisons vont se transformer en deux saisons : une période automnale et hivernale avec un fort débit, et un niveau bas au printemps et en été. Ces "basses eaux" mettent à mal l'agriculture qui sera face à un double problème : avoir moins d'eau à pomper dans le fleuve quand les cultures ont besoin d'être irriguées, et la remontée du coin salé dans le fleuve. Il faudra s'adapter..."', ajoute le directeur du Symadrem.
Plus difficile à cerner sont les conséquences du changement climatique sur les crues. "Les spécialistes, les hydrologues ont du mal à se prononcer. En 2003, en période de canicule, le régime était très bas l'été et nous avons eu la crue centennale en décembre de la même année ! Ce n'est donc pas parce que le régime du Rhône est bas à un moment de la saison que l'on n'a pas de crue. La bonne prévision des crues, c'est 9 heures avant. Nous prenons nos décisions sur cette base", conclut Thibaut Mallet.