Publié il y a 1 h - Mise à jour le 26.06.2026 - Propos recueillis par Yannick Pons - 4 min  - vu 34 fois

L'INTERVIEW Clara Jauvart-Lacoste : « J’ai toujours voulu faire du théâtre »

Clara Jauvart-Lacoste

- @Ugo Bussi

À 28 ans, Clara Jauvart-Lacoste a quitté le droit des affaires avant même d’y entrer. Originaire de Rochefort-du-Gard, formée au cours Florent, elle a écrit, mis en scène et joue dans Hubris, relecture contemporaine de L’Iliade. Coup de cœur Avignon Off 2025 de Culture Avignon, prix du spectacle indépendant, la pièce revient cet été dans le Off, à La Factory, du 3 au 25 juillet.

Objectif Gard : Vous avez grandi à Rochefort-du-Gard, loin du théâtre professionnel. D’où vient cette envie de scène ?

Clara Jauvart-Lacoste : J’ai fait toute mon enfance, mon adolescence et une partie de ma jeunesse adulte à Rochefort-du-Gard. J’ai été à la maternelle Le Jardinet, puis à Saint-Exupéry, à l’école du Vieux-Moulin, au lycée Jean-Vilar aux Angles, avant cinq ans de droit à l'université d'Avignon puis à Lyon 3. Le théâtre, je crois que ça vient de très loin. J’avais quatre ans quand j’ai dit à ma mère que je voulais faire ça, parce que je voyais des acteurs à la télévision. Je regardais aussi les bêtisiers à la fin des DVD. Ce qui me plaisait, c’était de voir les équipes rire sur des scènes parfois très tristes. Je pense que c’est tout ce que le théâtre apporte. Raconter des histoires, travailler à plusieurs, venir d’horizons différents et défendre une même pièce.

Avant Hubris, il y a donc eu le droit. Que s'est-il passé ?

J’ai toujours voulu faire du théâtre. À la sortie du bac, mes parents m’ont dit oui, mais non. Ils voulaient que je passe d’abord un diplôme. Si je voulais encore faire du théâtre après, je pourrais le faire. C’est exactement ce qui s'est passé. À la fin de mes études, je faisais un stage dans un cabinet d’avocats à Agroparc, Socojur. Ils m’ont proposé un CDI de juriste en droit des affaires. Je l’ai refusé. Je suis partie à Paris en 2020, au cours Florent. Une partie du début de mon apprentissage s’est faite pendant la crise sanitaire. Mais c’est là que tout a commencé.

Comment Hubris est né ?

En troisième année au cours Florent, on peut faire un travail de fin d'études sur la base du volontariat. Il faut passer deux sélections, une sur dossier, puis une scène de quinze minutes. On peut adapter une pièce, proposer une lecture, faire ce qu’on veut. Moi, j’ai décidé d’écrire ma propre pièce. Je savais qu’à la sortie de l’école, personne n’allait m’attendre. Je suis la fille de personne, je n’ai pas de nom. J’ai donc écrit Hubris, puis je l’ai mis en scène. À la fin des trois ans, avec mon équipe, on l’a sorti. C’est devenu notre porte d’entrée dans le milieu professionnel. Au départ, je ne jouais pas dedans. J’avais écrit et mis en scène les cinq comédiens. Puis une comédienne est partie, juste avant une première… Je me suis dit que si j’avais dû me donner un rôle, ça aurait été celui-là. L’équipe m’a accueillie à bras ouverts. Mais aujourd’hui, je joue Briséis.

L’hubris, c’est quoi exactement ?

C’est un concept philosophique grec. L’idée que l’humain peut se prendre pour un dieu. C’est le moment où l’on outrepasse sa condition humaine dans ses actions. Dans Hubris, on est dans le mythe de l'Iliade, dans la guerre de Troie, mais on se concentre sur le camp grec, sur Achille, Patrocle et trois femmes, Thétis, Briséis et Chryséis. Elles racontent l’épopée d’une manière plus humaine. Elles témoignent de ce qu’elles vivent. Ce qui m’intéresse, ce sont les conséquences de l’orgueil des puissants, de ceux qui pensent être maîtres du monde, sur l’humanité de ceux qui subissent la guerre. Ce n’est pas seulement l’homme au masculin. C’est l’Homme au sens large. L’humain. Homme, femme, enfant. C’est surtout une pièce sur l’excès, la démesure, et les conséquence de tous ces choix.

Comment cette guerre de Troie arrive-t-elle sur scène ?

C’est un texte original, inspiré de L’Iliade. La mise en scène est très épurée. Il n’y a presque rien, seulement une grande tente comme décor principal. On joue dessous, puis dessus, puisqu’elle tombe pendant la pièce. Elle représente le monde des personnages qui s’effondre pendant 1h20. On suit Achille, Patrocle, Thétis, Briséis et Chryséis. Achille, je l’ai écrit comme l’orgueil dans la démesure. Patrocle, c’est l’humanité. Thétis, c’est le lien maternel, jusqu’où un parent peut aller pour sauver son fils unique de la mort. Briséis, c’est le pardon. Chryséis, c’est la vengeance. Chaque personnage fait un choix. Et chaque choix a une conséquence sur la destinée des autres. On peut avoir le même point de départ, mais pas le même destin.

À quel moment sentez-vous le public réagir ?

C’est très différent selon les spectateurs. Les thèmes sont humains, donc chacun réagit selon ce qu’il a vécu. Il y a deux soldats dans Hubris qui prennent le contre-pied du tragique. Ils apportent de l’humour, de la respiration, et permettent de garder le fil de l’histoire. Certains réagissent beaucoup à ces soldats. D’autres s’accrochent à Thétis, qui veut sauver son fils. Certains la comprennent, d’autres la trouvent horrible. Les parents réagissent souvent au lien maternel de Thétis et Achille. Des femmes plus jeunes peuvent être touchées par la relation d’amour et de pardon entre Briséis et Achille. D’autres comprennent davantage l’humanité de Patrocle. Hubris ne laisse pas indifférent. Qu’on aime ou non, ce n’est pas vraiment le sujet. La pièce provoque une réaction. Elle résonne quelque part dans la vie des spectateurs.

Quel est votre moment préféré dans la pièce ?

En tant que metteuse en scène, c’est la romance entre Achille et Briséis. Deux ennemis qui choisissent de s’unir. Depuis le début, j’adore cette scène. C’est mon côté romantique. En tant que comédienne, c’est la scène de trahison entre les deux sœurs. La sœur de Briséis, qui n’est pas vraiment sa sœur mais qui l’est presque, découvre sa liaison avec Achille. Elles ont le même point de départ. Toutes deux sont Troyennes, captives, esclaves d’un Grec. Mais elles n’ont pas eu le même destin, parce qu’elles n’ont pas été traitées de la même manière. L’une va se venger, l’autre pardonner. Les deux histoires se valent. J’adore jouer cette scène.

Distribution
Hubris est interprété par Adrien Bensmaine en alternance avec Mathéo Krzyzyk-Brand.

Cécile Garnier, Corentin Gerold, Clara Jauvart-Lacoste et Léa Michelot.

Infos pratiques
Hubris, du 3 au 25 juillet, relâche les 9, 16 et 23 juillet.

À 14h55, durée 1h20.

La Factory, 2-Roseau Teinturiers, salle 1, 164 places.

Spectacle en français, tout public à partir de 12 ans.

Avertissements signalés par la compagnie concernant la violence physique, la présence de sang ou de scènes de torture, ainsi que la violence sexuelle.

Paiement par carte bancaire ou espèces.

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