Les visages et les attitudes surgissent à travers les dessins de Guy Le Besnerais, souvent accompagnés d’une parole et des réflexions de l’autrice. Dans ce récit, Gaëlle Paty raconte son immersion dans la salle d’audience pendant sept semaines, ainsi que ses réflexions. Elle évoque la douleur, l’épuisement et ce moment où l’après-procès ouvre l’horizon d’une nouvelle vie.
Objectif Gard : Votre livre Samuel Paty, un procès pour l’avenir se présente comme un livre d’histoire à trois voix racontant le procès des responsables de l’assassinat de votre frère.
Gaëlle Paty : C’est un document de société. Un livre qui restitue ce que nous avons vécu au procès, au quotidien, pendant plusieurs semaines. On s'y croirait. On a essayé de construire un livre qui soit préparatoire, même si ce sont des faits sont très durs à entendre. Cependant, on espère qu'à la lecture, une fois qu'on referme le livre, on se sente un peu plus léger, un peu réparé, un peu plus prêt à recommencer à vivre. Le format à trois voix, texte, dessins, réactions, est né de deux rencontres.
Vous parlez de l'historienne Valérie Igounet et du dessinateur Guy Le Besnerais ?
En effet, nous nous connaissons depuis Crayon noir, le roman graphique qu’ils ont édité, qui expliquait déjà l’enchaînement ayant conduit à l’assassinat de Samuel. Pendant le procès, nous étions présents aux audiences tous les jours, ensemble. Ce livre prolonge cette présence. Il mêle des extraits d’audiences choisis par Valérie, des dessins de Guy, et mon regard personnel, parce que c’est ainsi que nous avons traversé ces journées.
Vous dites attendre beaucoup de la justice. Qu’est-ce que vous veniez chercher dans ce procès ?
J’attendais que la justice dise les responsabilités de chacun. Je voulais qu’elle établisse ce qui revient aux accusés. Alors que ces personnes n’ont pas été en contact direct avec le terroriste, et c’est nouveau, la justice a considéré l’idée d’une association de malfaiteurs terroriste (AMT). Chacun des accusés a apporté une pierre nécessaire pour que l’attentat se produise.
Ils ont été condamnés. Vous insistez sur le fait que ce procès est important, pour l’avenir. Mais pour qui, concrètement ?
Pour la famille, c’est évident. Et pour toutes les personnes concernées, de près ou de loin, par cette histoire. Pour les collègues de Samuel aussi. Je les ai vus trois mois après le procès, ils ne sont plus les mêmes. Ils peuvent enfin repartir de l’avant. Cela change beaucoup de choses, même si cela ne suffit pas, parce que le traumatisme est énorme. Sans la justice, ce serait pire. Ce livre est une immersion dans la salle d'audience.
Votre livre n’est donc pas un contre-procès, ni une réponse à la justice ?
L’idée n’était pas de corriger ce que la justice n’aurait pas fait. C’était plutôt de mettre en valeur le travail de la justice, et ce que cela permet pour les victimes, et plus largement pour la société. Les entretiens de fin vont aussi dans ce sens, en montrant ce que le procès produit dans différents domaines, comme celui de Joëlle Alazard qui raconte qu'après le procès, elle a reçu énormément de retours de la part des enseignants, de remerciements et de témoignages de soulagement.
Dans les établissements scolaires, les minutes de silence ont parfois été très tendues. Vous avez mené des actions dans certains établissements, quel est votre regard ?
Une minute de silence, en frontal, face à une classe, c’est violent pour tout le monde. Cela n’a pas de rôle pédagogique ou éducatif. Le sujet est extrêmement sensible. Il faut tout un environnement pédagogique. Il faut du temps, de l’écoute, des discussions, un cadre. Parfois des intervenants extérieurs, parce que la relation élèves-professeurs est difficile. Moi, je veux qu'aujourd'hui la mort de mon frère soit utilisée afin que l’on puisse aussi renouer du dialogue dans les établissements scolaires.
Le site du festival de la biographie de Nîmes ici.