Objectif Gard : Vous venez de réussir le concours d'infirmier anesthésiste. C'est quoi exactement ce métier et pourquoi vous y avez postulé ?
Hugo Pierens : C'est vraiment une spécialisation infirmière. J'adore les urgences, j'adore ce que je fais, et c'est justement ça qui m'a donné le goût d'approfondir mes connaissances, surtout dans les domaines de l'anesthésie et de la réanimation. Aux urgences, on fait du déchoquage, c'est-à-dire les services intensifs où arrivent les gros accidents de voiture, par exemple. Et là, j'ai commencé à me rendre compte que je trouvais ça super intéressant, tous les soins techniques liés à l'anesthésie et à la réanimation. Quand on est infirmier anesthésiste, c'est leur quotidien. Toute la journée au bloc opératoire, avec des machines, des scopes, des équipements qui coûtent extrêmement cher, pour endormir le patient, le surveiller, le sauver. C'est tout ce suivi qui m'a poussé à m'orienter vers ce concours.
C'est un concours difficile ?
Très sélectif. On était un peu moins d'une centaine de candidats et j'ai réussi en liste principale, ce qui veut dire que je suis sûr d'avoir une place. Je fais partie des 15 premiers. Le concours reprend tout ce qu'on apprend en trois ans d'infirmier, plus des notions de première année de médecine. Je l'ai préparé pendant cinq à six mois. Et le fait d'avoir travaillé aux urgences était clairement un avantage. On connaît déjà certains médicaments, le fonctionnement de certaines machines, les situations d'urgence. Quelqu'un qui vient d'un service de médecine générale classique est moins confronté à tout ça.
Vous avez 28 ans, ça fait déjà cinq ans que vous êtes aux urgences. Pourquoi se lancer maintenant ?
J'ai commencé à me renseigner sur le métier d'infirmier anesthésiste et j'ai vu que c'était vraiment quelque chose qui m'intéressait. La formation dure deux ans. J'ai 28 ans, donc je rentrerai à l'école entre 29 et 30 ans, ce qui me ferait sortir à 31 ou 32 ans. Je me dis que c'est encore jeune. Je pense que ça peut être un peu plus compliqué quand on a 40, 45 ou 50 ans.
Et là, le problème, c'est le financement. Que s'est-il passé ?
Mon établissement, le CHU de Nîmes, a dû faire des choix. Il y avait plusieurs candidatures et malheureusement, je ne fais pas partie des personnes qui ont été financées. Je comprends leur position, parce que les urgences manquent aussi d'infirmiers, l'afflux est croissant, on bat les records de fréquentation chaque année. Mais sans financement par un employeur, je n'ai pas de maintien de salaire pendant les deux ans de formation. Et le coût total, formation plus vie courante, c'est environ 70 000 euros sur deux ans.
Avez-vous cherché d'autres solutions avant la cagnotte ?
Oui. Je me suis d'abord tourné vers ma banque pour un crédit étudiant. Mais comme j'ai déjà un crédit immobilier, les 70 000 euros n'ont pas été acceptés. J'ai aussi contacté plusieurs cliniques et hôpitaux périphériques pour voir s'ils seraient intéressés pour me financer en échange d'un engagement à travailler chez eux après la formation. À ce jour, je n'ai pas eu de réponse malgré plusieurs relances. C'est mes collègues qui m'ont dit de tenter le tout pour le tout avec une cagnotte.
Elle en est où cette cagnotte aujourd'hui ?
On est à 2 100 euros pour l'instant sur les 70 000 visés. Pour le moment, c'est surtout mon entourage et mes collègues de travail qui ont contribué. Mais l'objectif, c'est que ça se diffuse au-delà de mon cercle proche.
Il y a une deadline ?
Mon concours est valable pour la rentrée de septembre 2026. Et si je n'arrive pas à financer d'ici là, la place est réservée jusqu'à septembre 2027, à condition que je justifie d'un problème financier. Donc j'ai jusqu'à septembre 2027 pour trouver une solution. Après cette date, je devrais tout recommencer et repasser le concours.
Un dernier mot pour les jeunes qui hésiteraient à se lancer dans ce métier ?
Le métier d'infirmier, c'est mille conditions d'exercice différentes. Aux urgences, en réanimation, en psychiatrie, en libéral, dans des foyers, dans l'armée, chez les pompiers, même sur des bateaux de croisière. On peut exercer en clinique, à l'hôpital, partout. Et chaque profil y trouve sa place parce que chaque service est différent. Aux urgences, il y a beaucoup de technique et un relationnel rapide et intense. En psychiatrie, c'est l'inverse. Au bloc, c'est encore autre chose. C'est vraiment un métier qui s'adapte aux personnalités. Et avec la crise du système de santé, les infirmiers vont avoir un rôle de plus en plus important. Des infirmiers au chômage, on n'en connaît pas beaucoup.
*La cagnotte de Hugo Pierens est accessible sur le site onparticipe.fr