Publié il y a 1 h - Mise à jour le 06.06.2026 - Propos recueillis par Romain Fiore - 6 min  - vu 80 fois

L'INTERVIEW Romain Dumas : « Je n’aurais jamais imaginé un jour avoir ma propre équipe au Mans »

Cévennes Race Track 2025 Pôle Mécanique

Romain Dumas, vainqueur du CRT Hill Climb, et sa Porsche 997 GT3 RS 4.0

- RF

Romain Dumas, pilote alésien et figure emblématique de l’endurance, s’apprête à vivre ses 24es 24 Heures du Mans, cette fois à la tête de sa propre écurie, RD Limited. Une première pour lui, qui a toujours couru pour des constructeurs. Entre l’émotion de participer avec son équipe, les défis organisationnels et la fierté de représenter le pôle mécanique d’Alès, il revient sur ce parcours unique.

Objectif Gard : Vous allez participer à vos 24es 24 Heures du Mans, une course que vous avez déjà remportée. Est-ce que l’émotion est différente cette année avec votre propre écurie, RD Limited ?

Romain Dumas : Oui, c’est complètement différent. Je n’aurais jamais imaginé un jour avoir ma propre équipe au Mans. Quand tu cours pour un constructeur, tu n’as qu’à conduire le plus vite possible, alors que là, avec RD Limited, c’est un challenge organisationnel immense. J’ai beau connaître la course sur le bout des doigts, découvrir les coulisses logistiques et humaines, c’est un autre niveau. Même après le Dakar ou d’autres défis, rien ne prépare à ça. C’est la première fois qu’on gère tout de A à Z, et c’est à la fois excitant et très exigeant.

Romain Dumas
Romain Dumas en Porsche aux 24h du Mans lors des précédentes éditions. DR

Et vous, ça change votre manière d’aborder la course ?

Forcément. Là, je suis encore à Pikes Peak, aux États-Unis, et je passe mes nuits avec le téléphone à côté pour gérer les problèmes à distance. L’équipe est déjà sur place et je les rejoindrai dimanche. On a essayé de tout anticiper, mais on reste des novices face à des structures déjà existantes depuis des années. À chaque édition, il y a deux nouvelles équipes : la marque Genesis, épaulée par Hyundai, et nous (rires). Forcément, ce n’est pas la même structure. Être sélectionné, c’est déjà une victoire, car ce n’est jamais acquis. Cette année, on est là, mais l’année prochaine ? On ne sait pas. L’important, c’est de prendre cette participation comme un cadeau, sans se mettre la pression sur le résultat. On sait que ce sera compliqué, mais il faut y aller.

« RD Limited est à mon image, on court partout et on s'adapte »

Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis la création de RD Limited jusqu’à aujourd’hui, avec cette participation au Mans ?

C’est fou de se dire qu’on en est là. RD Limited, c’est un peu à mon image : on court partout, on s’adapte, et aujourd’hui, on se retrouve au Mans. Je suis la cheville ouvrière, le nom de l’équipe, mais je ne suis pas présent au quotidien. Ma vie, c’est la course, et ça crée des opportunités pour RD Limited, que je conduise ou non. En quelques années, on a fait le Dakar, des rallyes et maintenant Le Mans… C’est assez sympa, non ?

Romain Dumas
Romain Dumas et son Ford Raptor avec lequel il a disputé le Dakar 2026. • D.R.

Et pour vous, ce serait quoi un bon résultat ?

Terminer. (rires) La première année, en Pro/Am, avec deux pilotes professionnels et un amateur dans l’équipage, ce serait déjà un exploit. Le Mans, c’est toujours très difficile. Chaque fois que tu prends le départ avec un constructeur, tu veux gagner. Mais là, on se dit que si on arrive au bout, ce sera déjà bien. Comme en course au large : le simple fait de finir le tour du monde, c’est déjà une victoire. Après, il y a tellement d’aléas que c’est difficile à dire, mais un beau résultat, ce serait déjà d’être performants.

Pourquoi avoir choisi d’implanter RD Limited au Pôle mécanique d’Alès ? C’était une évidence pour vous ?

Ah oui, sans le pôle, RD Limited n’existerait pas. Je suis l’enfant du pôle, j’y ai grandi, j’y ai commencé avec mon karting sur le parking des Mines. Aujourd’hui, le pôle offre une chance inouïe en termes de développement, d’essais et de réactivité. Sans cette infrastructure, on n’en serait pas là. Et à l’inverse, je pense qu’avec RD Limited, on contribue aussi à tirer le pôle vers le haut.

«Aujourd’hui, le pôle offre une chance inouïe en termes de développement, d’essais et de réactivité»

Aujourd’hui, combien de personnes travaillent autour de la structure ?

En permanence, on est très peu : quatre personnes. Moi, je ne suis même pas inclus, car ma valeur ajoutée, c’est de trouver des idées et de les faire aboutir. Si je devais passer mon temps à serrer des boulons, je ne pourrais pas développer l’équipe. En revanche, quand on monte une opération comme le Dakar ou Le Mans, on peut aller jusqu’à 15 ou 16 personnes, avec beaucoup de freelances. Ce sont souvent les mêmes, et c’est tant mieux. Certains viennent des écoles de mécanique françaises, et les emmener au Dakar ou au Mans, c’est un rêve pour eux.

Romain Dumas
Photo d'archives. Romain Dumas et son copilote Max Delfino. (Photo Facebook Romain Dumas)

Est-ce que vous avez le sentiment que RD Limited participe au développement économique local ?

Oui, on fait travailler beaucoup d’entreprises locales. Que ce soit pour les stickers, l’usinage, la peinture… On sous-traite énormément sur le bassin alésien. Je dirais que 60 à 70 % des partenaires qui travaillent avec nous sont d’Alès ou des environs. C’est super, et ça montre l’attractivité du territoire.

« Les erreurs humaines, il faut les éviter à tout prix »

En tant que pilote expérimenté, ressentez-vous toujours la pression au départ des 24 Heures du Mans ?

La même, voire plus cette année. Parce que je sais l’effort qu’il a fallu fournir pour être là. Après, comparé à mes 23 autres participations, j’ai peut-être moins le stress du résultat, mais il reste celui de ne pas faire d’erreur.

Quels sont les principaux défis pour RD Limited, qui découvre l’épreuve ?

Ne pas faire d’erreur humaine, tout simplement. Une casse mécanique, on ne peut rien y faire, mais les erreurs humaines, il faut les éviter à tout prix. Une roue mal serrée, une bêtise de pilote… L’erreur humaine peut être fatale. Donc il faut les éviter à tout prix.

Vous avez dévoilé la livrée de la voiture (Oreca 07-Gibson) cette semaine. Vous l’avez déjà essayée ?

Romain Dumas
La livrée de la voiture Oreca 07-Gibson pour l'écurie RD Limited des 24 heures du Mans. (Photo Facebook Romain Dumas)

Oui, on connaît bien ce modèle. On a un désavantage par rapport à nos concurrents : eux sont déjà rodés, car Le Mans, c’est sur invitation, et cette année, il n’y a que deux nouvelles équipes. Donc nos adversaires ont forcément plus d’expérience. Mais si on n’y va jamais, on n’apprendra jamais. La voiture, on la connaît, et c’est déjà un bon point.

Vous allez repartir aux États-Unis juste après Le Mans pour Pikes Peak. Comment gérez-vous ces deux défis si différents ?

Pikes Peak, c’est toujours aussi fou, aussi beau. Je suis là depuis huit jours, et le lieu est génial. C’est une course extrême, avec très peu de règles : l’objectif, c’est d’aller du point A au point B le plus vite possible. Ça me passionne toujours autant. Physiquement, c’est sûr que les années passent et que la famille grandit… Quatre semaines à l’étranger, c’est long, mais ça fait partie du jeu. C’est une vie un peu de bohémien, mais c’est comme ça.

Romain Dumas
Romain Dumas cette semaine à Pikes Peak avant de revenir ce dimanche au Mans. (Photo Facebook Romain Dumas)

Cette année, vous visez la victoire à Pikes Peak ?

J’espère ! On a trois bons concurrents. Moi, j’y vais pour gagner, mais il y en a un ou deux qui ont du meilleur matériel que nous. Notre voiture a deux ans, elle est un peu dépassée. Dans notre catégorie, on peut viser la victoire, mais au général, ce sera compliqué.

« Le pôle fait vivre une bonne partie des Alésiens, et si on l’enlevait, ça ferait un sacré trou »

Quel regard portez-vous sur l’évolution du Pôle mécanique d’Alès, que vous avez vu grandir ?

Quand on parle d’Alès à l’étranger, on dit souvent : « Ah oui, c’est là où il y a le circuit ! » Être connu pour un pôle de développement, sans forcément avoir de grandes courses, c’est gratifiant. Le pôle fait vivre une bonne partie des Alésiens, et si on l’enlevait, ça ferait un sacré trou. Aujourd’hui, il n’y a plus de bâtiments inoccupés sur le pôle : si tu veux t’y installer, il n’y a plus de place. C’est la preuve que ça fonctionne. Le Pôle emploie presque un millier de personnes. Il y a souvent des gens qui ne voient pas ça ou qui ne le comprennent pas, mais la vérité est là. Donc moi, en tout cas, je pense qu’on a une chance, qu’on aime ou non les engins motorisés, que ces véhicules puissent être développés sur le Pôle mécanique.

Et ça contribue à changer l’image du bassin alésien, longtemps associé à son passé minier ?

Oui, forcément. Il y a 30 ans, Alès, c’était une ville minière. Aujourd’hui, ce n’est plus que ça. Quand tu vois que tous les bâtiments du pôle sont occupés, que chaque week-end il y a des événements, tu te dis que ça marche. Après, on peut aimer ou non les sports mécaniques, mais l’important, c’est que les gens soient contents. Si tous les événements culturels, sportifs ou traditionnels à Alès font le plein, c’est une belle victoire.

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