Il est 3h55 du matin lorsque Samy Benzid aperçoit, au loin, un important panache de fumée noire. Alors qu'il rentre chez lui après avoir passé la soirée avec son père, agent de sécurité, le jeune Alésien décide de faire un détour par Saint-Martin-de-Valgalgues pour comprendre ce qui se passe. Un choix qui va probablement sauver plusieurs vies.
« Quand je suis arrivé, la maison était déjà en feu. Les flammes étaient concentrées au rez-de-chaussée et j'ai entendu des personnes crier : "Au secours, on est coincés !" », raconte le jeune homme de 26 ans originaire d'Alès, étudiant en école d'infirmier à Aubenas et sapeur-pompier volontaire depuis douze ans.
Une évacuation improvisée sans aucun matériel
En descendant de son véhicule, Samy découvre plusieurs voisins impuissants face à l'incendie. Sans hésiter, il prend les commandes de la situation. « J'ai demandé à un voisin d'appeler les pompiers, à un autre de sortir un tuyau d'arrosage et de me trouver rapidement une échelle. »
Le jeune pompier tente d'abord d'emprunter la porte d'entrée, mais comprend rapidement que la situation est critique. « L'escalier était totalement en feu et s'était effondré. Les occupants étaient bloqués à l'étage. Ils n'avaient plus aucun moyen de sortir. »
Une voisine finit par lui apporter une échelle. Grâce à une lampe qu'il avait dans sa voiture, Samy repère une petite ouverture dans le mur.« Il y avait une mère et deux adolescents de 17 ans. Les deux jeunes ont pu passer par cette ouverture. Je les ai réceptionnés en haut de l'échelle. »
"Trois minutes de plus et ils perdaient connaissance."
Restait la mère de famille, incapable de passer par cette ouverture. « J'ai déplacé l'échelle jusqu'au balcon. En dessous, les deux fenêtres du rez-de-chaussée étaient entièrement embrasées. J'ai dû poser l'échelle juste au-dessus des flammes. » Le jeune homme grimpe alors jusqu'à la victime.« L'échelle n'était pas assez longue. Je l'ai portée à bout de bras en redescendant. Elle a failli tomber mais j'ai réussi à la rattraper et à la mettre en sécurité. »
Il n'oublie pas le dernier occupant des lieux : le chien de la famille, qu'il parvient également à évacuer. Une fois tout le monde dehors, Samy conduit les victimes chez des voisins. « Ils avaient inhalé beaucoup de fumée. La mère et les deux enfants étaient complètement sous le choc. Vu la quantité de fumée qui montait à l'étage, je pense que trois ou quatre minutes de plus et ils perdaient connaissance. »
Les pompiers prennent le relais
Une dizaine de minutes après l'évacuation, les premiers secours arrivent sur place. Au total, 26 sapeurs-pompiers et onze véhicules sont mobilisés. Grâce à leur intervention, l'incendie est rapidement contenu au rez-de-chaussée du bâtiment. Deux occupants, incommodés par les fumées, sont transportés au centre hospitalier d'Alès. L'opération durera près de deux heures.
Avant de quitter les lieux, Samy transmet toutes les informations au commandant des opérations de secours. « Je leur ai expliqué que les trois personnes et le chien avaient été évacués, qu'il n'y avait plus personne à l'intérieur et qu'il n'y avait pas de risque particulier. Ensuite, ils ont pris le relais. »
"J'ai juste eu le réflexe de pompier"
Malgré les félicitations reçues du capitaine présent sur l'intervention, le jeune homme refuse de se présenter comme un héros. « C'était le réflexe de pompier. Après, j'étais quand même complètement démuni. Je n'avais aucun matériel, rien du tout. Il fallait garder son sang-froid."
Mais il reconnaît avoir pris des risques. « J'ai senti la chaleur des flammes quand je suis monté sur l'échelle. Oui, j'ai engagé mon intégrité physique, mais avec la formation que j'ai reçue, c'était le minimum que je pouvais faire. »
Si la reconnaissance de la famille est restée discrète, c'est avant tout parce que la mère et ses deux enfants étaient encore en état de choc lorsque Samy Benzid les a quittés. Le jeune homme garde néanmoins en mémoire leur simple « merci », ainsi que les félicitations du commandant des opérations de secours, venues saluer son intervention. Une reconnaissance qui lui suffit largement. Et qui sait ? En découvrant cet article, la famille aura peut-être l'occasion de reprendre contact avec lui pour le remercier de vive voix.